Canicule : une moisson des céréales en surchauffe du champ au silo
Les céréales continuent de rentrer dans les silos malgré des conditions caniculaires et des arrêtés préfectoraux réduisant les plages de travail. Les organismes stockeurs s’adaptent pour faire face à une situation inédite.
Les céréales continuent de rentrer dans les silos malgré des conditions caniculaires et des arrêtés préfectoraux réduisant les plages de travail. Les organismes stockeurs s’adaptent pour faire face à une situation inédite.
Horaires élargis, équipes mobilisées la nuit, matériel en surchauffe : la collecte des céréales se déroule sous forte tension dans beaucoup de régions. Pour les coopératives et négoces, l’enjeu est de maintenir la réception des grains tout en s’adaptant aux restrictions préfectorales et aux conditions de travail extrêmes.
Des plages de collecte élargies
« Nous mettons un point d’honneur à servir nos clients malgré les conditions, énonce Lill Meter, responsable de la partie exploitation chez Néolis. Le négoce collecte sur plusieurs départements du Poitou-Charentes, soumis à des arrêtés d’interdiction de moisson, avec des plages horaires différentes. « Les arrêtés tombent très rapidement, nous devons nous adapter », explique-t-elle.
En temps normal, les sites de collecte du négociant sont ouverts de 8 à 23 heures, mais les créneaux ont été élargis avec des équipes mobilisées jusqu’à 4 heures du matin. « Il faut continuer à dégager les sites de collecte la journée, tout en allant chercher les bennes aux champs la nuit, explique la responsable. Cela engendre des coûts supplémentaires, notamment en main-d’œuvre (majoration de nuit pour les chauffeurs). »
À la coopérative de La Tricherie basée dans la Vienne, toutes les équipes sont également « sur le pont », indique Benjamin Bichon, son directeur. « Nous ouvrons plus tôt, nous fermons plus tard, vers une heure du matin, car les agriculteurs commencent à couper à 20 heures » Et même si les horaires d’interdiction courent de 14 à 19 heures pour les travaux agricoles, « certains salariés restent présents l’après-midi pour continuer d’expédier les blés à nos clients. »
En Normandie, les silos de la coopérative NatUp, qui collecte du Havre à Paris et d’Amiens à Chartres, sont fermés entre 14 et 18 heures, indique son directeur agricole Pierre Ouvry. « Nous n'avons pas attendu que les arrêtés tombent. Nous l'avons fait pour des raisons de sécurité face au risque élevé d'incendie et pour le bien-être de nos équipes. » Le directeur explique qu'il a fallu faire beaucoup de pédagogie, notamment quand des organismes stockeurs voisins restent ouverts l'après-midi (en l'absence d'arrêté). « 95 % de nos adhérents l'ont accepté sans problème, surtout qu'il n'y a pas d'urgence à récolter sur nos secteurs. »
Une surveillance renforcée du personnel
L’encadrement est pleinement mobilisé chez Néolis pour passer voir régulièrement les salariés qui sont seuls parfois sur certaines plateformes de collecte. Lill Meter se réjouit d’avoir climatisé tous les bungalows présents sur les sites. « Nous sommes confrontés à des salariés qui présentent des symptômes d’insolations. Nous sommes très vigilants », assure la responsable. Mêmes précautions prises chez NatUp, où tous les sites sont désormais climatisés, indique Pierre Oury.
À la Tricherie, Benjamin Bichon indique qu’il y a toujours un salarié permanent présent sur les zones de collecte, pour ne pas laisser de saisonniers seuls. « Dans les silos, la chaleur est étouffante. Nous sommes confrontés à une problématique de bien être au travail. »
Le directeur de NatUp évoque aussi le droit du travail qui encadre les temps de présence des salariés. « Les équipes se rendent très disponibles mais elles ne peuvent faire des horaires à rallonge. Pour répondre aux besoins, nous mobilisons tous le monde, aussi bien les technico-commerciaux que les gens du siège. »
Chez Néolis, face aux températures de plus en plus extrêmes, et à une gestion des plannings compliquée, Lill Meter indique que les horaires ont été réadaptés pour ménager les salariés, avec un arrêt des allers-retours aux champs des camions la nuit et un démarrage à 6 heures pour accueillir les premières bennes. « Les agriculteurs battent entre 22 heures et 4 heures du matin. Ils fatiguent eux aussi et vont moins vite. Les moissons ont pris du retard, ça rentre très doucement et la collecte va durer alors qu’elle avait démarré très tôt. » Le constat est le même à La Tricherie, avec une collecte qui « n’est pas très avancée », car les agriculteurs coupent là aussi moins vite.
Des installations qui tombent en panne
« Les outils de silo, notamment les compresseurs d’air, souffrent avec des pannes qui peuvent arriver à tout moment, se désole Benjamin Bichon. Et dans les champs, les moteurs des camions sont en surchauffe. » Le constat est le même chez NatUp et Néolis. « Les machines nous lâchent, notamment les télescopiques. Les installations électriques montent en température avec des risques de départ de feu », indique Lill Meter qui ajoute que les appareils d’agréage présents dans les bungalows sur les plateformes de collecte supportent mal la chaleur, « ils disfonctionnent alors qu’ils sont indispensables pour payer l’agriculteur. »
À tout cela s’ajoute le fait que le grain rentre très chaud. « Chez Néolis nous avons des groupes froids pour le descendre en température. Tout va bien pour l’instant, mes thermomètres ne sont pas entrain de s’affoler », indique Lill Meter. Les grains sont aussi pour certains très petits, conséquences de problèmes de remplissage, nécessitant une adaptation des grilles d’agréage. Ainsi, si la protéine est très bonne, le rendement est en dessous de celui attendu.
À La Tricherie, avec des blés qui rentrent à 8,5 d’humidité, Benjamin Bichon fait lui aussi le constat de perte de rendement, d’environ 5 %, qui s’ajoute aux conséquences du coup de chaud de mai, au manque d’eau, et à une fin de cycle difficile sur certains secteurs (-10 à -15 % de perte au global en blé).