Le raisin de table français sur la piste du sans pépin
Face à une consommation résolument orientée vers le sans pépin, l’offre française de raisin de table est sous pression. Les producteurs du Sud-Ouest ressentent un besoin urgent d’évoluer et se mobilisent pour accélérer.
Face à une consommation résolument orientée vers le sans pépin, l’offre française de raisin de table est sous pression. Les producteurs du Sud-Ouest ressentent un besoin urgent d’évoluer et se mobilisent pour accélérer.
Les Français aiment le raisin, 7e fruit consommé en volume... mais de préférence sans pépin. Le dynamisme de ce fruit profite donc aux importations. Car à ce jour, la production de raisins de table français est essentiellement avec pépins.
Pour la toute jeune Association interprofessionnelle des raisins du Sud-Ouest (Airso), en action depuis fin juillet 2025, il n’est plus temps d’attendre. « Depuis six à sept ans, le chasselas perd des parts de marché or c’est 42 % de notre volume. On est dans le dur. On n’a pas le choix. Il faut changer de cap », expose Julien Custody, producteur de raisin de table installé à Cazes-Mondenard et coprésident de l’Airso.
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Pour l’Airso, les variétés apyrènes sont donc la voie à emprunter pour rester dans le jeu du raisin. L’ambition de cette association, qui représente plus de 80 % des producteurs du bassin Sud-Ouest, est de doubler la part du sans pépin dans la production d’ici 2030. Soit un saut de 20 % à 40 %.
Un objectif à plus long terme en bassin Sud-Est
Dans le bassin Sud-Est, qui concentre 70 % de la production française de raisin de table, l’urgence est moins ressentie. L’offre est moins exposée à la concurrence féroce des raisins blancs méditerranéens car elle est concentrée à 75 % sur le raisin rouge. « Les metteurs en marché du Sud-Est recherchent des variétés apyrènes spécifiques à l’offre française, pose Alexandra Lacoste, directrice de l’AOP raisin de table, pour ne pas se retrouver en concurrence avec des prix décalés ». Ces professionnels sont donc en attente de créations variétales pour élargir la gamme.
« Nous on est historiquement sur le blanc », rappelle Sébastien Bernadou, producteur du Gaec Les Fruits d’Autan à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne.
« Nous n’avons pas du tout la même chronologie, pointe Florent Darios, coprésident de l’Airso et gérant associé de la société distributrice Apifood. Le chasselas correspond moins aux attentes des jeunes consommateurs. Ses pépins et ses petites baies jouent en sa défaveur ».
Un choix encore limité de variétés à cultiver
Certains producteurs ont déjà pris le train du sans pépin. Le Gaec Fruits d’Autan cultive par exemple depuis quinze ans du Centennial seedless et du Regal depuis 2019. Le Centennial seedless constitue aujourd’hui l’essentiel de l’offre sans pépin française. Pour Alexandra Lacoste, cette variété a l’avantage d’être spécifique. « On n’a pas assez communiqué sur cette variété. Il faut la faire goûter », lance-t-elle. Mais elle reconnaît qu'il y a besoin d'améliorer sa conduite et que « ça serait bien d’avoir une gamme sans pépin ». Des producteurs se lancent dans des variétés sous licence via des contrats tripartites entre producteurs, obtenteurs et metteurs en marché. Ils ont besoin d’atteindre des rendements réguliers à 20-25 t/ha, bien supérieurs à ceux du chasselas.
« Techniquement c’est compliqué. On cherche de la régularité mais ces variétés ne sont pas créées pour nos conditions de culture, donc on prend des risques. Sur nos terroirs qui ont de la réserve, il faut maîtriser la vigueur On n’arrive pas toujours à expliquer les carences même avec des analyses de feuilles et de sol. On apprend sur le tas », témoigne Sébastien Bernadou. « Il faut plus d’oligoéléments, plus d’azote, la taille a un gros impact sur les rendements », illustre Julien Custody. Il signale aussi qu’en Espagne, « ils ramassent plus tôt et peuvent avoir des vignes plus chargées. Ils ont des rendements de 40 à 60 t/ha. Nous, on récolte quand les journées sont plus courtes et peuvent être pluvieuses. Les coûts de main d’œuvre font aussi la différence ».
Mutualiser les informations pour accélérer
Pour le producteur et coprésident de l’Airso, l’une des clés de l’accélération va reposer sur la mutualisation des connaissances et des essais. Un groupe technique est donc constitué avec des producteurs et des techniciens des structures adhérentes de l’Airso. « Il faut communiquer entre nous. Notre concurrent n’est pas celui qui est de l’autre côté de la route », insiste Julien Custody. Des rencontres bouts de rang sur les structures de palissage, la nutrition ou encore les variétés sont envisagées. La montée en compétences rapide est nécessaire face aux investissements pour planter une nouvelle parcelle, « entre 50 000 et 70 000 euros par hectare », précise le coprésident.
Optimiser la commercialisation du sans pépin français
La stratégie sans pépin de l’Airso repose aussi sur une approche commerciale. L'association a tâté le terrain auprès des principales enseignes de grande distribution en organisant des tables rondes entre janvier et avril 2026. Les coprésidents disent avoir reçu un bon accueil de plusieurs acteurs. « L’idée est de coconstruire avec une réassurance sur leur soutien », confie Florent Darios. Centraliser les informations sur les variétés et les volumes est l’un des objectifs de l’Airso, dont le bureau est composé à parité de producteurs et metteurs en marché. L’association est désormais en mesure de « bâtir un calendrier donnant de la visibilité sur les volumes 2026 qui seront disponibles dans le Sud-Ouest », se félicite le coprésident. Une avancée appréciée par les enseignes et qui devrait permettre d’améliorer la commercialisation du sans pépin français. Elle reste encore difficile du fait du manque de volume ou de visibilité. L’Airso n’intervient pas dans les relations commerciales mais joue un rôle de plateforme, précise Florent Darios. « Nous n’arriverons pas à nous aligner sur le raisin espagnol ou italien », reconnaît-il mais il estime que les réflexions et l’action d’Airso peuvent permettre de gagner en compétitivité.
Basculer du chasselas au sans pépin
Dans le bassin Sud-Ouest, la montée en puissance du sans pépin va se réaliser par un basculement des vignes de chasselas vers des variétés sans pépin. Le volume viendra des rendements plus élevés. Mais le chasselas, production emblématique du Tarn-et-Garonne portée par l'AOP Chasselas de Moissac, ne va pas disparaître rassurent les acteurs de la filière interrogés. Tous citent l’exemple de la prune reine-claude qui a eu sa traversée du désert mais « redevient rémunératrice », selon Julien Custody. « Dans quelques années, peut être le chasselas reviendra car son goût est unique, il a des bienfaits nutritionnels prouvés », projette Sébastien Bernadou. Mais pour l’heure, c’est au sans pépin que revient le rôle de redynamiser le marché du raisin français. On peut allier tradition et modernité, conclut Florent Darios.