Loi d’urgence agricole
L’adoption d’un amendement LFI sur l’interdiction d’importer des produits agricoles traités avec des substances interdites en France fait réagir
L’Assemblée nationale a adopté le 20 mai un amendement déposé par LFI interdisant l'importation en France de tout produit agricole traité avec un produit interdit en France. Une mesure de la loi d’urgence agricole qui a suscité des réactions contrastées.
L’Assemblée nationale a adopté le 20 mai un amendement déposé par LFI interdisant l'importation en France de tout produit agricole traité avec un produit interdit en France. Une mesure de la loi d’urgence agricole qui a suscité des réactions contrastées.
[avec Agra Presse]
Dans la nuit de mercredi 20 à jeudi 21 mai, les voix combinées des députés RN, LFI et écologistes ont réécrit de façon bien plus stricte l'article 2 de la loi d’urgence agricole, en interdisant toute importation de denrée produite avec un pesticide prohibé en France.
L’amendement déposé par LFI et adopté le 20 mai à l’Assemblée nationale est ainsi rédigé : « Sont interdits à l’introduction, à l’importation ou à la mise sur le marché national les denrées alimentaires, produits agricoles, produits horticoles ou aliments pour animaux ayant été produits à l’aide de substances actives phytopharmaceutiques ou de médicaments vétérinaires dont l’utilisation est interdite en France pour des motifs liés à la protection de la santé humaine, animale ou de l’environnement ».
Victoire magnifique. Un amendement LFI adopté interdit d'importation en France tout produit agricole traité avec un produit interdit en France. Macronistes et PS unis ont échoué à faire le jeu de l'agriculture chimique. pic.twitter.com/4bETn38A8C
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) May 21, 2026
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Réaction ulcérée d’Annie Genevard
La réaction courroucée d’Annie Genevard , ministre de l’Agriculture, ne s’est pas fait attendre. « La honte : LFI et RN se sont alliés pour vider de sa substance l’article 2 du projet de loi permettant de lutter contre la concurrence déloyale. Cet article devait me permettre d’interdire les importations de produits traités avec des substances interdites en Europe : du bon sens. Mais LFI et RN ont souhaité, en toute connaissance de cause, remplacer tout cela par une mesure grossièrement contraire au droit européen. C’est se moquer des agriculteurs et des consommateurs. Leur mesure ne tiendra pas deux minutes devant le juge. Un gros recul pour la lutte contre la concurrence déloyale », a-t-elle écrit sur X.
La honte : LFI et RN se sont alliés pour vider de sa substance l’article 2 du projet de loi permettant de lutter contre la concurrence déloyale.
Cet article devait me permettre d’interdire les importations de produits traités avec des substances interdites en Europe : du bon…— Annie Genevard (@AnnieGenevard) May 21, 2026
LFI « n’accepte pas le droit européen existant »
Aurélie Trouvé, députée LFI, a répondu, via son compte X, à la ministre de l’Agriculture que l’amendement « est une insoumission à l'Europe néolibérale ». Et d’ajouter : « Nous n'acceptons pas le droit européen existant ». Selon elle, « rien dans ce que nous avons voté n'empêchera d'interdire des aliments traités avec des pesticides interdits en Europe. Bien au contraire. De même que rien ne vous empêchait de le faire jusqu'à présent, malheureusement vous ne l'avez jamais fait. Vous n'avez jamais activé non plus la clause de sauvegarde, vous n'avez jamais pris vos responsabilités ». Et d'ajouter : « Et s'il y a des contentieux le juge se prononcera et la France devra agir à Bruxelles. En attendant notre droit français s'appliquera souverainement ».
Mon amendement est au contraire une grande victoire pour la santé humaine et l'agriculture familiale, Mme la Ministre !
Notre amendement est une insoumission à l'Europe néolibérale. Nous n'acceptons pas le droit européen existant.
Nous devons tout faire pour que notre santé,… https://t.co/VaB1MIk92P— Aurélie Trouvé (@TrouveAurelie) May 21, 2026
Lire aussi : Résidus de pesticides : quels aliments concernés d’après l’autorité de sécurité alimentaire européenne ?
L’amendement de LFI reprend un article de la loi Egalim dont les compétences relèvent de l’Union européenne
Il faut préciser que l’amendement déposé par LFI reprend plus ou moins l'article 44 de la loi Egalim adopté fin 2018 qui affirme qu’il est interdit de vendre ou de distribuer des aliments « ayant fait l’objet d’un traitement ou issus d’un mode de production non autorisé par les réglementations européennes ou ne respectant pas les exigences d’identification et de traçabilité imposées par lesdites réglementations ». Pourtant, depuis l’entrée en vigueur de la loi Egalim, rien de tel ne s’est produit parce que ces mesures ne concernent pas les compétences de la France, mais celles de l’Union européenne. Le texte corédigé par les parlementaires serait donc en l'état inapplicable.
A relire : Résidus de pesticides dans l’alimentation européenne : quels produits concernés ?
Qu’en sera-t-il des noisettes, du café ou du cacao ?
Outre les sorties politiques des uns et des autres, certains s’interrogent sur la portée de l’amendement de LFI. Ainsi sur son compte X, Antoine Thibault, éleveur laitier dans l’Eure, alias Agriskippy, a posté un avis partagé : « Alors ça paraît sympa en soi comme idée mais dans la réalité, si c'est appliqué strictement, il nous sera impossible d'acheter des noisettes, du café, du cacao... ». Et de souligner : « Un alinéa "quand la production nationale est possible" aurait été judicieux ».
Alors ça paraît sympa en soi comme idée mais dans la réalité, si c'est appliqué strictement, il nous sera impossible d'acheter des noisettes, du café, du cacao...
Un alinéa "quand la production nationale est possible" aurait été judicieux. https://t.co/unbKexgGTu— Antoine Thibault (@AgriSkippy) May 21, 2026
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