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Fruits et légumes : « En cuivre, on ne sait pas dans quel sens va le vent », juge la Fnab

En bio comme en conventionnel, maraîchers et arboriculteurs sont dans l’incertitude sur l’avenir du cuivre. Faire remonter les éventuelles impasses techniques est une priorité.

<em class="placeholder">Fruits / Arboriculture / Verger de pommiers basses-tiges de la variété Gala</em>
En arboriculture comme en maraîchage, les producteurs peuvent faire remonter leurs éventuelles impasses techniques à leurs groupements et réseaux.
© Réussir

Vigilance sur le cuivre. Alors que plusieurs produits phytopharmaceutiques cupriques ont été retirés par l’Anses ou renouvelés avec des restrictions, notamment en juillet 2025, cela augure-t-il en fruits et légumes un mouvement de durcissement généralisé sur cette substance fongicide et bactéricide ? « Non, estime la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), contactée par Réussir Fruits et Légumes. La situation n’est ni alarmante ni rassurante, on ne sait pas dans quel sens va le vent. » À la suite de ses décisions estivales, l’Anses a précisé dans ses communications que « seul un usage ne dispose plus d’autorisation, le houblon ». « Cela signifie que, sauf pour le houblon, les producteurs sont censés bénéficier d’une solution alternative x ou y, précise la Fnab. Nous ferons remonter les difficultés à l’Anses si l’on sent que certains usages ne sont pas garantis en pratique. C’est pourquoi il est important que les producteurs, en bio comme en conventionnel, communiquent avec leurs groupements et réseaux. » Un usage est, au sens officiel, l’association d’une culture avec un mode d’application et une cible (maladie, ravageur, fonction telle que nouaison). Exemples : Tomate - Parties aériennes - Mildiou ; Fruits à pépins - Parties aériennes - Tavelure.

Des alertes en pomme de terre bio

Dans ce contexte d’incertitude, la Fnab a commencé un travail de recensement auprès de ses adhérents pour évaluer les impacts des décisions de l’Anses. « Là où c’est très clair et univoque en viticulture, explique la fédération, puisque des bassins entiers dépendent entièrement du cuivre contre le mildiou, l’évaluation est plus complexe en maraîchage car il y a une grande diversité de situations. »

Des éléments saillants ressortent tout de même des premiers échanges avec le terrain. « Des difficultés risquent d’intervenir en pomme de terre, rapporte la Fnab. Cela notamment à cause du retrait du Champ Flo sur cette culture, lié à un risque de dépassement des limites maximales de résidus [LMR]. Ces LMR sont susceptibles d’être rehaussées, ce qui permettrait peut-être de réautoriser le produit. »

La fédération a aussi eu quelques alertes de ses adhérents en tomate et dans une moindre mesure en melon, haricot et échalote. « Mais pas de grandes broncas localement », assure la Fnab. Le cuivre est notamment utilisé en tomate et melon contre le mildiou, les bactérioses et les taches brunes, et en échalote contre le mildiou. Face à ces enjeux, des retraits inquiètent, comme la Super Bouillie Macclesfield 80 en juillet et le Bormix en mai.

Des ZNT qui s’allongent

En arboriculture biologique, l’ingénieur d’expérimentation du Grab Gilles Libourel, également référent technique Arbo Bio Sud Paca, redoute que les conditions d’utilisation deviennent plus strictes, aboutissant à des impossibilités d’utilisation, ce qui est déjà le cas depuis près d’une décennie selon lui, au fil des réexamens des spécialités commerciales. « La ZNT s’allonge systématiquement, illustre-t-il. Avec des ZNT de 50 mètres par exemple, c’est très compliqué pour les vergers, qui se trouvent souvent près de cours d’eau. Néanmoins les filières ne sont pas encore dans l’impasse, mais sur la pente actuelle cela ne tardera pas, par exemple sur les bactérioses à pseudomonas ou à xanthomonas, ou la tavelure du poirier en AB. » Les restrictions peuvent porter sur la dose homologuée, le nombre d’applications par an ou encore les intervalles minimum entre deux applications. « La possibilité de lissage disparaît lors des réexamens, poursuit l’expert. Or l’absence de lissage est un facteur limitant. Quatre kilos stricts par an, au lieu de 28 kilos lissés sur sept ans, ça change beaucoup de choses, par exemple face à une année exceptionnellement favorable aux maladies. » À noter que les deux bouillies bordelaises RSR et Manica, très utilisées, peuvent toujours être lissées sur sept ans. Pour calmer les esprits suite à ses décisions de juillet, l’Anses a précisé qu’elle n’a pas déterminé elle-même les doses et nombres d’applications retenus car elle a, écrit-elle sur son site, « évalué les demandes d’AMM pour les usages, doses apportées et nombre d’applications qui étaient demandés et documentés dans le dossier déposé par chaque entreprise demandant une AMM ». En matière de phytos cependant, les demandeurs peuvent ne pas solliciter les conditions qu’ils savent vouées au refus. Parmi les retraits en juillet, on peut citer Funguran Oh et Funguran Oh 300 SC (bactérioses en fruits à noyaux et à coque, chancre européen en fruits à pépins) en plus de Super Bouillie Macclesfield 80 (entre autres bactérioses en cerisier, cucurbitacées à peau non comestible, laitue, fraisiers, fruits à coque ; bactériose et mildiou en tomate et aubergine ; tavelure, chancre européen et bactérioses en fruits à pépins).

Un rôle important en bio et en conventionnel

Si les autorités serrent la vis sur le cuivre, cela affectera le bio, où cette matière active est incontournable, mais aussi le conventionnel. « Le cuivre est important en conventionnel notamment en raison de retraits de molécules de contact multisite, c’est-à-dire qui agissent sur différents sites du pathogène, rappelle Sébastien Ballion, directeur adjoint du Centre d’expérimentation en fruits et légumes du bassin Sud-Ouest (Cefel). Par exemple le thirame en 2019, le Mancozèbe en 2021, et les évolutions réglementaires récentes autour du captane. » Le cuivre peut ainsi être associé avec des molécules uni-site pour une stratégie efficace. « Quand des molécules multisite de synthèse ont été retirées, nos expérimentations au Cefel se sont tournées vers le cuivre mais, selon la réglementation qui se dessinera, ces essais pourraient perdre un peu de leur sens. »

Le bon réflexe

Il est recommandé de se renseigner rapidement et régulièrement auprès de ses fournisseurs sur les produits cupriques autorisés. Et de consulter l’incontournable site Ephy de l’Anses.

Se passer de cuivre ?

PARiCi en bio (vigne, poire, pomme de terre), un projet Parsada lancé en mai 2025, cherche des solutions pour produire en bio sans cuivre. Autre exemple, le Cefel travaille sur des stratégies sans cuivre avec du biocontrôle ou des produits sous dérogation 120 jours comme le fongicide Curatio (polysulfure de calcium). « Le Curatio est prometteur, rapporte Sébastien Ballion, directeur adjoint du Cefel, notamment contre la tavelure et l’oïdium en pomme. Des producteurs l’utilisent sur la rouille du prunier avec de bons résultats. Mais globalement, dès qu’on retire le cuivre de nos stratégies, notamment en forte pression de tavelure, l’efficacité de la stratégie a tendance à s’éroder, et nous n’avons pas de candidat à la substitution au cuivre avec une efficacité similaire. » S’ajoute une problématique de maladies émergentes ou réémergentes. « On le voit dans des vergers où on utilise peu de cuivre, observe-t-il, avec Marssonina par exemple. »

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