Suite au décès brutal de son associé, Cyril Mignon a dû aménager la charge de travail sur son exploitation. La ferme produisait alors 720 000 litres de lait en conventionnel. « L’hiver 2023-2024 a été très compliqué, entre le décès de mon associé, la tempête Ciaran qui a fait de nombreux dégâts, j’avais l’impression de ne plus voir le jour : je devais réagir assez vite et prendre les bonnes décisions », se remémore l’éleveur installé depuis 2016. Pour cela, il se fait accompagner par les conseillers de la chambre d’agriculture.
« J’ai rapidement envisagé la monotraitesur une partie de l’année. Mon système en place, assez pâturant, avec un coût alimentaire assez faible, un troupeau Procross très sain, notamment en leucocytes, avec seulement 6 500 litres livrés par vache et par an me le permettait. Nous avions déjà supprimé la traite du dimanche soir. Il fallait franchir le dernier pas. Ainsi, lorsque les travaux des champs ont commencé le 20 avril, je suis passé en monotraite. »La production de lait chute alors de l’ordre de 30 % sans évolution des leucocytes.
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Dégager une bonne marge brute grâce à un système pâturant
« Cela change fondamentalement l’approche du métier. À 10 h 30 tous les jours, l’astreinte de la journée est terminée, de quoi nous laisser le temps pour avancer sur les autres tâches saisonnières. Pour aller au bout des choses, j’ai arrêté de distribuer du maïs pendant un mois et demi. Nous avons repris la bi-traite le 10 octobre. Les vaches nous ont fait comprendre qu’il était temps. Les conditions météo se dégradaient, l’herbe était moins poussante, et moins appétante. Il a fallu dix jours pour retrouver le niveau d’étable initial. Je n’ai vraiment aucun regret concernant notre première campagne. »
Si, dans certaines exploitations pratiquant la monotraite, la baisse de volume par vache présente peut se compenser par l’augmentation du nombre d’animaux, ceci n’était pas possible chez Cyril en raison d’un bâtiment déjà saturé, et de la pression azotée à l’échelle de l’exploitation.
La stratégie fourragère n’évoluera pas non plus à court terme. En raison du chargement élevé, et des aléas climatiques qui se succèdent, la sécurité reste le maître mot. Cependant, suivant l’évolution de contractualisation des MAEC, certaines exploitations peuvent parfois revoir leur copie.
Maintenir un EBE hors main-d’œuvre suffisant
Une baisse de l’EBE de 25 000 € en passant à la monotraite partielle
Résultats technico-économiques sur un an
Système précédent
Monotraite 6 mois dans l’année
Lait livré
720 000 l
650 000 l
Lait/UTH
288 000 l
216 000 l
Niveau de production
6 260 l/VL
5 652 l/VL
TB/TP (g/l)
43,3/33,3
43,6/33,4
Coût alimentaire VL
100 €/1 000 l
111 €/1 000 l
Marge brute
256 578 €
204 434 €
EBE hors main-d’œuvre
133 913 €
108 933 €
Source : Cyril Mignon
L’aspect financier représente le premier frein pour l’allègement de l’astreinte. Avec des montants de reprise parfois importants, ou bien en raison d’investissements liés à la modernisation de l’outil de production, les annuités bancaires sont souvent élevées en début de carrière.
« Malgré un système de production qui ne nécessitait pas beaucoup d’investissements, nos annuités s’élevaient à 32 000 €, soit 45 €/1 000 l », témoigne Cyril. La salle de traite a été changée en 2020 pour gagner en confort de travail. Coût : 80 000 €. Un nouveau hangar de stockage a également été construit. « L’efficacité économique du système en place nous permettait d’autofinancer une partie de ces investissements. Pour autant, la marge de manœuvre n’est pas assez importante pour me permettre de perdre 30 % de lait. »
D’autant plus que la masse salariale a augmenté entretemps. Son frère Florent qui était à mi-temps est passé à plein temps. Ophélie, sa compagne, les a rejoints à plein temps également. L’exploitation compte aujourd’hui 3 UTH dont 2 UTH salariées. Pour pallier à ces différents postes, l’EBE hors main-d’œuvre doit se situer aux alentours de 110 000 €.
Faut-il grouper les vêlages ?
Avec la mise en place de la monotraite, partielle ou non, l’aboutissement serait le groupage des vêlages. Si d’accoutumée, ils se font plutôt au printemps, calés sur la pousse de l’herbe, les vêlages groupés d’automne pourraient avoir des avantages dans de tels systèmes. La ration hivernale est généralement plus coûteuse en raison de la part de fourrages stockés et de correcteur azotés dans la ration. Certains éleveurs cherchent la rentabilité économique avec un mois moyen plus bas sur cette période. Ramenée aux litres vendus, cette ration coûte alors moins cher.
De plus, du point de vue organisation du travail, des vêlages de septembre-octobre entraînent mathématiquement des tarissements de juin-juillet, de quoi alléger l’astreinte en période estivale propice aux congés. Cyril Mignon ne l’envisage pas pour autant pour l’instant : « nous avons fait le choix des vêlages étalés car nous préférons lisser les pics d’activité liés aux vêlages et nous n’avons pas une nurserie suffisamment grande pour travailler avec un nombre important de veaux ».