Comment l’enseignement agricole s’adapte à tous les profils d’éleveurs ?
Enfants d’agriculteurs ou néoruraux, les profils des futurs éleveurs caprins se diversifient. Face à cette évolution, les établissements agricoles s’adaptent. L’assemblée générale de l’Anicap faisait le point hier.
Enfants d’agriculteurs ou néoruraux, les profils des futurs éleveurs caprins se diversifient. Face à cette évolution, les établissements agricoles s’adaptent. L’assemblée générale de l’Anicap faisait le point hier.
Les futurs éleveurs de chèvres n’ont jamais été aussi divers. Héritiers d’exploitations familiales, enfants d’agriculteurs sans projet initial de reprise, ruraux en quête de sens ou cadres en reconversion : cette diversité des parcours modifie les pratiques pédagogiques des établissements agricoles. Lors d’une table ronde organisée à Paris le 23 juin dans le cadre de l’assemblée générale de l’Anicap, enseignants et responsables de formation ont partagé leurs expériences pour accompagner ces nouveaux profils vers l’installation.
Diversité sociale des nouveaux installés
L’étude Agrinovo présentés par Bertille Thareau de l’ESA d’Angers a mis en évidence la diversité des profils d’agriculteurs. L’enseignante-chercheuse en sociologie classe ainsi les jeunes installés parmi les « héritiers bien préparés » (34 %), les « héritier(e)s sans vocation » (22 %), les « classes populaires rurales » (16 %), les « reconvertis des classes moyennes » (20 %) et les « reconvertis des classes supérieures » (8%)
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« Il y a une forte diversité sociale des installés, y compris chez les éleveurs ovins-caprins. On a l’image déformé des cadres supérieurs reconvertis dans l’élevage de chèvres mais on ne les retrouve pas surreprésenté dans notre étude ».
Interrogés sur leurs motivations avant de s’installer, les éleveurs d’ovins et de caprins mettent en avant le fait de travailler dehors et en contact avec les animaux. Ne pas être sous les ordres de quelqu’un est aussi une motivation forte. Une fois installé, les insatisfactions liées au revenu et à l'astreinte du travail ressortent particulièrement chez les éleveurs de petits ruminants.
Des élèves attirés par le caprin
Cette diversité de profils d’agriculteurs se retrouve dans les établissements de formation invités à la table-ronde. Ainsi, au Campus Terres et Paysages de Melle dans les Deux-Sèvres, Émilie Bonneau-Wimmer, enseignante en productions animales, estime que seuls 20 à 35 % des étudiants du BTS Métiers de l’élevage sont issus de familles agricoles. Une proportion comparable concerne désormais des jeunes sans origine agricole mais porteurs d’un véritable projet d’installation. « On voit aussi des sauts de génération, avec des jeunes dont les grands-parents étaient agriculteurs », souligne-t-elle.
Même constat à l’Agro Campus des Deux Vallées de Vendôme dans le Loir-et-Cher. « Nous accueillons de plus en plus de jeunes attirés par la filière caprine alors qu’ils ne sont pas issus du milieu agricole », observe Pauline Dartois Yacovleff.
Montrer tous les maillons de la chaîne
Dans les centres de formation pour adultes, la tendance est encore plus marquée. Au CFPPA Olivier de Serres du Pradel en Ardèche, Valérie Fichepain voit arriver majoritairement des adultes en reconversion. « Nous accueillons de plus en plus de personnes ayant un niveau d’études élevé, souvent d’anciens cadres qui ne se retrouvaient plus dans leur métier précédent », explique-t-elle. Les promotions sont également très féminisées. Cette année, la spécialisation caprine comptait ainsi exclusivement des femmes.
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Face à cette diversité, les enseignants cherchent moins à transmettre un modèle unique qu’à faire découvrir toute la richesse de la filière. À Vendôme, Pauline Dartois multiplie les visites d’exploitations, découverte des différents maillons de la chaîne et rencontres avec les acteurs du secteur. « L’objectif est d’aider les étudiants à identifier la place qui leur correspond. Certains veulent s’installer, d’autres deviendront salariés ou travailleront dans le conseil. Nous essayons de leur montrer l’ensemble des possibilités. »
De la technique face à une vision idéalisée
À Melle, les groupes mélangent systématiquement jeunes issus et non issus du milieu agricole afin de favoriser les échanges d’expériences. « Quand nous réalisons des travaux pratiques comme le parage, les élèves les plus expérimentés accompagnent ceux qui découvrent l’élevage. C’est très formateur pour tout le monde », témoigne l’enseignante.
Les nouveaux entrants arrivent souvent avec une vision idéalisée du métier. L’un des rôles des formateurs consiste donc à confronter ces représentations à la réalité de l’élevage. Au Pradel, certains sujets suscitent parfois des débats animés, notamment autour de l’insémination artificielle ou de l’abattage des chevreaux. « Nous voulons qu’ils connaissent toutes les options techniques avant de se faire une opinion, insiste Valérie Fichepain. On veut leur ouvrir esprit à toutes méthodes qui pourraient un jour leur être utile ». Avec ces nouveaux installés rétifs à une certaine technicité, Jean-Philippe Bonnefoy, fromager fermier de Saône-et-Loire et vice-président de la Fnec, craint « d’avoir deux réseaux parallèles qui ne se parlent pas. Avec les réseaux sociaux, plus tu écoutes ce que tu as envie d’entendre et plus tu risques de t’enfoncer davantage dans l’ornière. Or ce n’est pas quand on a la tête dans le guidon que l’on peut faire des formations. »
S’insérer dans un milieu professionnel
Les équipes pédagogiques encouragent également fortement les futurs installés à acquérir de l’expérience salariée avant de se lancer, dans les services de remplacement surtout. « Lorsqu’ils n’ont aucune expérience, quelques années de salariat permettent de gagner en technicité, de découvrir différents systèmes et de construire un réseau », estime Valérie Fichepain.
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Au-delà des compétences techniques, Sylvain Boiron, éleveur dans l’Indre et secrétaire général de la Fnec, insiste sur la dimension collective d’une installation : « Les futurs installés sont motivés par le fait d’être autonome. C’est très bien mais attention car l’indépendance peut vite se transformer en solitude. Or, en tant qu’éleveur, on a tout intérêt à savoir ce qui se passe autour de soi, à s’insérer dans le milieu professionnel, à faire partie d’un réseau où l’on peut échanger avec ses pairs et ne pas se retrouver seul face aux difficultés. »
Des stagiaires qui partent vers les structures ovines
Les responsables de formation souligne l’importance de faire rencontrer aux étudiants l’ensemble des acteurs de la filière : organismes techniques, interprofessions, coopératives, structures de conseil ou de recherche. Les stages constituent à ce titre un levier essentiel. « Mais on a du mal à faire entrer en fait nos étudiants en stage dans des organismes caprins, regrettent Pauline Dartois et Emilie Bonneau-Wimmer. On a des profils très intéressants qui partent vers la filière ovine, faute de trouver un accueil dans les structures caprines. »
« Notre rôle est d’accueillir, d’encourager et d’accompagner les jeunes pour qu’ils réussissent leurs installations », a conclu Mickaël Lamy, éleveur du Maine-et-Loire et président de l'Anicap, en plaidant pour un renforcement des liens entre l’enseignement agricole et les interprofessions régionales et nationale.
Rapport d’activité de l'Anicap 2025 en ligne
L’assemblée générale de l’Anicap a dressé un bilan de ses activités réalisés en 2025 à travers son rapport d'activité annuel et une vidéo à retrouver sur anicap.org. Ces documents reviennent notamment sur les conférences de la souveraineté alimentaire, l’augmentation des fréquences d’analyse du lait, le déploiement de Cap’Well, les défis du changement climatique, la promotion collective des produits à base de lait de chèvre ou le challenge caprin de France Terre de Lait des lycées agricoles.