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Changement climatique en Nouvelle-Aquitaine : « Une ferme charentaise descend de 8 km vers le sud tous les ans »

En 2050, les températures en Charente seront celles du sud de l’Espagne aujourd’hui, mais le volume de précipitation sera proche de celui que l’on connaît actuellement, prévoit Météo France. Frédéric Levrault, expert en changement climatique à la chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine, explique les conséquences des évolutions climatiques sur les grandes cultures.

<em class="placeholder">Culture de tournesol soufrant de la sécheresse.</em>
Le cumul de précipitations devrait rester stable mais l'évapotranspiration va augmenter sous l’effet de la hausse des températures.
© G.Lefèvre

Les températures ont augmenté de 2 degrés depuis les années 1970

Le réchauffement est très rapide. Du début des années 1970 à aujourd’hui, les températures moyennes sont passées de 11,5 degrés à 14,5 degrés dans une ville comme Angoulême (station météo de La Couronne) en Charente. « Cela correspond à un réchauffement de 4 degrés par siècle », explique Frédéric Levrault, et le constat est le même partout en France, avec une hausse d’environ 2 degrés des températures moyennes. À côté de cela, « le nombre de jours de gel entre les mois de novembre et de mars diminue de trois jours par décennie depuis 1970 », avec une date de dernière gelée en sortie d’hiver qui se précocifie. Ainsi, « les gels qui causent des dégâts sur les cultures sont liés non pas à des épisodes plus tardifs mais à des stades culturaux de plus en plus précoces », explique l’expert.

Depuis les années 1990, les jours chauds font plafonner les rendements en grandes cultures

Le nombre de jours chauds ou « échaudant », c’est-à-dire supérieurs à 25 degrés (seuil de l’échaudage thermique en céréale), augmente partout en France, de l’ordre de 1,5 jour par décennie. « Si en 1970, il y avait 10 jours chauds sur le mois de juin, il y en a aujourd’hui plus de 15 », indique Frédéric Levrault. Les jours échaudant viennent pénaliser le remplissage des grains et donc les rendements. Si le gain de rendement en blé tendre a été de 1,07 quintal (q) par hectare (ha) et par an entre 1960 et 1990, il n’est plus que de 0,01 q/ha/an depuis le milieu des années 1990, selon les chiffres d’Arvalis. Les conséquences de cette hausse des températures sont un accroissement de la disponibilité thermique (nombre de degrés-jours) mais aussi de l’évapotranspiration (ETP) qui augmente de 20 à 30 mm par décennie, entraînant un stress hydrique plus élevé pour les plantes.

Par contre, côté précipitations, depuis les années 1970, aucune évolution en tendance n’est constatée en France. « Le schéma que l’on pourrait supposer, avec de plus en plus de pluies en hiver et moins en moins en été, n’émerge pas pour le moment », révèle Frédéric Levrault. Concernant les épisodes de grêle, qui semblent plus fréquents, celui-ci indique que l’on ne dispose pas de données historiques exploitables. Seul constat, les déclarations de dégâts de grêle augmentent, mais on ne sait pas si cela est lié à une hausse du nombre de phénomène ou de celui des biens assurés. Pour contextualiser l’impact de ces changements climatiques, l’expert illustre les choses ainsi : « la ferme charentaise descend de 8 km vers le sud tous les ans ».

À l’avenir, les céréales vont manquer de jours froids pour faire leur cycle

Dans les 25 prochaines années, les jours de gel seront plus rares, environ deux fois moins nombreux à l’horizon 2050. Les besoins en froid, ou en jours de vernalisation, pour les blés tendres et les orges, risquent donc de ne pas être couverts partout. Les plantes bénéficieront moins de l’effet prophylactique du froid avec ses conséquences positives sur les maladies et parasites. À l’inverse, les jours chauds seront plus nombreux. « En 2050, il est admis par les climatologues que le record annuel sera proche de 50 degrés dans un département comme la Charente. Pour limiter le risque d’échaudage, il faudra implanter des variétés à cycle court ».

Le régime saisonnier des pluies n’évoluera quasiment pas d’ici 2050

La Charente continuera à recevoir 700 mm de pluies par an en 2050, mais subira des températures proches de celles que connaissent aujourd’hui les régions entre Madrid et Séville. Par contre, les précipitations utiles (différence entre précipitation et évaporation) vont diminuer sous l’effet de la hausse des températures. Les années seront soit chaudes et humides, soit chaudes et sèches, explique Frédéric Levrault. Enfin, les évènements extrêmes, type grêle, tempête, deviendront plus violents, même si « on ne sait pas quand, et à quelle fréquence ». Le changement climatique, c’est donc « une combinaison simultanée » d’un réchauffement et d’aléas plus forts sur des temps très courts.

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