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T’Rhéa : un archipel de PME de l’engraissement à la distribution de viande bovine

T’Rhéa développe un réseau de PME avec plusieurs outils d’abattage de taille intermédiaire et un approvisionnement de proximité. Centré sur les races allaitantes, le groupe recourt à la contractualisation et possède trois grands centres d’engraissement.

Bien qu’il naisse officiellement en 2020, T’Rhéa résulte de la stratégie déployée par René Imbert, fondateur de la société Saprimex et du groupe Carnivor, et par Olivier Aubert, actuel directeur général. Un premier événement majeur est l’acquisition en 2010 de la Compagnie d’abattage de Bourg-en-Bresse (CAB) aux côtés de la coopérative Bovi Coop. Le développement de la filière bovine du groupe Carnivor démarre ainsi autour des races charolaise et montbéliarde. Elle s’étend en 2018 à la limousine avec le rachat de la société Covilim, basée à Limoges et spécialisée dans l’export de viandes fraîches et de jeunes bovins.

Les prémices d’un développement au long cours

« La reprise de Covilim a été notre porte d’entrée pour faire connaissance avec les acteurs du Limousin, toujours dans la même démarche : valoriser les races allaitantes et le territoire avec des modes d’élevage basés sur l’herbe », explique Pascal Nowak, chargé de mission développement des territoires à T’Rhéa. Le groupe valorise ainsi toute une gamme de produits de qualité issus du bassin limousin, du veau sous la mère à la génisse de boucherie en passant par la vache de réforme.

Dans la foulée de la création de T’Rhéa, le groupe fait de nouvelles acquisitions. À la suite du dépôt de bilan d’Arcadie Sud-Ouest, il reprend les établissements d’abattage et de découpe de Brive et de Thiviers. « L’idée était de s’implanter dans le local pour faire du local. On a construit des partenariats avec des OP, des apporteurs locaux et toute une palette de clients intéressés par ce type de valorisation. » 5 millions d’euros sont investis pour rénover le site de Brive.

Des abattoirs au cœur du bassin allaitant

En 2023, le groupe ajoute à son actif l’abattoir de Montmorillon, propriété depuis 2012 de la coopérative Celmar. « L’objectif était de couvrir le Massif central, tout en étant dans une logique de PME avec des outils de taille intermédiaire et un approvisionnement à proximité. » Les abattoirs sont principalement alimentés par les élevages environnants. En moyenne, les animaux proviennent d’un rayon allant, selon les sites, de 75 à 100 km. « Si on veut être des clients privilégiés des OP et des commerçants privés, il faut avoir la capacité de jouer la proximité avec eux. Les éleveurs y sont sensibles. »

Saturer les outils et sécuriser les relations avec les apporteurs

Propriétaire de plusieurs abattoirs, T’Rhéa doit assurer à chacun d’eux des apports suffisants et réguliers pour les amener à saturation, a fortiori en contexte de décapitalisation. Le groupe a développé à cette fin trois principales stratégies. La première consiste à optimiser les flux d’animaux. « On a travaillé sur la synergie des sites. Quand on a repris Montmorillon, les ovins abattus à Thiviers y ont été transférés, car la chaîne était mieux adaptée. Les porcs abattus initialement à la CAB ont été orientés vers l’abattoir des Crêts. Quant aux jeunes bovins, ils ne sont plus abattus à Thiviers. Ils ont été redirigés vers Montmorillon, Limoges, Brive, et un peu Bourg. »

Pour garantir la viabilité économique de chaque site, T’Rhéa a également dissocié les parties productives et marchandes. « Les comptes des abattoirs doivent être à l’équilibre pour pouvoir continuer à investir chaque année, sans avoir à subir les aléas du commerce. Chaque site est autonome, dans le respect des valeurs du groupe. » Certains abattoirs ont développé en complément une activité de prestation d’abattage pour le compte d’autres entreprises, avec lesquelles ils sont par ailleurs en concurrence. « Depuis deux ans, on a un partenariat avec SVA qui abat à Thiviers une centaine de bêtes par semaine. Ça leur évite de transporter les animaux jusqu’à Vitré et de redescendre les carcasses pour leurs marchés dans le Sud-Ouest. On est concurrent, mais quand on a un intérêt commun, on travaille ensemble. »

Une deuxième stratégie repose sur la consolidation des liens avec les organisations de producteurs. D’une part en développant la contractualisation (pas au sens Egalim du terme), le portage financier des animaux contractualisés avoisinant à ce jour les 14 millions d’euros, d’autre part en permettant une prise de participation aux coopératives partenaires. De la même manière que Bovi Coop est actionnaire de la société Viandes de Bresse, la coopérative Celmar possède 35 % de parts dans la société Viandes de la Marche.

Une volonté de répondre aux transformations du monde agricole

Une troisième stratégie consiste à développer l’engraissement. T’Rhéa a commencé par acquérir en 2021 la « ferme des mille veaux » située à Saint-Martial-le-Vieux en Corrèze. Devenu « Terre de Crecoli », le centre possède une capacité de 800 places dédiées à l’engraissement des jeunes bovins de race limousine. « Ce que les éleveurs précédents ont fait autour de ce projet avait du sens. Mais ils ont souffert d’aléas et d’une forte contestation qui les a mis à terre. On a décidé de reprendre l’outil. »

Un an plus tard, c’est au tour du Domaine Chapon d’intégrer le groupe. « C’est un éleveur-affineur de 62 ans, apporteur historique de Viandes de Bresse, qui se posait la question de sa succession. » Spécialisé dans la finition des bovins charolais, le site dispose de 500 places et de 160 hectares d’espace herbager sur lesquels les animaux pâturent durant la belle saison.

Dernière acquisition en date et non des moindres, le centre de Peyrilhac en Haute-Vienne, rebaptisé « Terres de Chavaignac ». D’abord pensé pour accueillir 3 100 bovins, le projet a fait l’objet d’une vive contestation locale et a été retoqué en 2023 par la préfecture. Après une révision à la baisse du nombre d’animaux et de nouvelles études d’impact, il a récemment obtenu le feu vert des autorités. « D’un côté, on veut travailler sur les mâles en engraissant les jeunes bovins pour remplacer progressivement une partie des vaches de réforme qui vont manquer sur le marché intérieur. De l’autre, on veut travailler sur les génisses avec un modèle de bêtes vieillies à l’herbe et finies en bâtiment. »

Le centre de Peyrilhac possède désormais une capacité de 2 100 places en bâtiment et de 600 animaux au pâturage, sur environ 600 hectares. « Ce qu’on veut faire, c’est anticiper un besoin inhérent à la mutation du monde agricole. La pyramide des âges étant ce qu’elle est, on va vivre un tsunami de départs à la retraite. Sans compter que la décapitalisation va continuer. Il faut développer un programme ambitieux de création de centres d’engraissement en France. C’est ce qu’on essaye de faire. »

Un portefeuille diversifié

La GMS représente 20 % des débouchés de T’Rhéa, les détaillants 35 %, les grossistes 35 % et l’industrie agroalimentaire 10 %. Le groupe approvisionne ses clients grâce à plusieurs sociétés de vente en gros et de distribution : Pedavia qui, outre son activité de découpe, fournit les professionnels de la restauration, Les Boucheries Périgourdines, TSA Viandes, Sup Viandes et Saprimex.

Quatre abattoirs de bovins

Les abattoirs de Brive et Bourg-en-Bresse sont spécialisés dans l’abattage de bovins. Ils traitent respectivement 10 500 et 18 800 tonnes annuelles. Les sites de Thiviers et Montmorillon sont multiespèces (bovins, agneaux et cochons pour le premier ; bovins et agneaux pour le second). Ils atteignent respectivement 15 500 et 9 000 tonnes. L’abattoir des Crêts en Bresse est spécialisé dans l’abattage de porcins et représente 35 000 tonnes annuelles. Le groupe possède également plusieurs ateliers de découpe et de transformation : Les Ateliers dans les Bouches-du-Rhône, Salaisons de Jastres en Ardèche et Pedavia dans les Pyrénées-Atlantiques. Enfin, T’Rhéa possède la société Cuirs de Caracterre qui centralise et traite les peaux issues des cinq abattoirs du groupe.

Rédaction Réussir

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