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Fatah Bendali, vétérinaire à l'Institut de l'Elevage
"Privilégier une gestion raisonnée des traitements des animaux"

Il faut aller vers une gestion plus raisonnée des traitements, aussi bien pour des raisons économiques que d’efficacité, estime un des auteurs de l’étude sur les frais vétérinaires des Réseaux d'élevage des Chambres d'agriculture et de l’Institut de l’élevage.

Pour qu'une maladie se déclenche, il faut au moins trois facteurs : l'agent pathogène, un animal fragile, et l'environnement qui lui est favorable.
Pour qu'une maladie se déclenche, il faut au moins trois facteurs : l'agent pathogène, un animal fragile, et l'environnement qui lui est favorable.
© B. Griffoul

Dans l’étude sur les pratiques sanitaires à laquelle vous avez participé, vous n’observez pas de différences de résultats sanitaires entre les éleveurs qui traitent de manière systématique et ceux qui ciblent leurs interventions. Comment expliquez-vous cela ?


Fatah Bendali - Ce travail n’est pas une enquête épidémiologique mais une étude descriptive des pratiques des éleveurs. Quand on ne voit pas de différence de résultats entre les éleveurs qui vaccinent et ceux qui ne vaccinent pas, il y a fort à parier qu’il y a un gros biais d’indication initial. Prenons l’exemple d’un éleveur qui a des problèmes de gastro-entérite et qui se met à vacciner. S’il ne remet pas en cause sa stratégie en pensant que le vaccin résout tout les problèmes, il va réduire de manière significative la prévalence de la maladie, mais, il conservera un niveau de risque plus élevé qu’un élevage qui ne vaccine pas et qui n’a pas de problèmes parce qu’il a mis en oeuvre les leviers qui permettent de les éviter. Ce n’est pas la vaccination qui fait qu’il a plus de risques mais le fait qu’il avait des problèmes antérieurement et qu’il n’a pas encore cassé le cercle vicieux à l’origine de ces difficultés. Ce que le vaccin tout seul ne peut pas faire.


Vous estimez néanmoins que les stratégies de traitements devraient être mieux raisonnées…


F. B. - La systématisation d’un traitement préventif n’est pas efficace – c’est encore plus vrai pour le parasitisme que pour le reste – parce que, pour qu’une maladie se déclenche, il faut au moins trois facteurs : l’agent pathogène, un animal fragile et sensible et l’environnement qui lui est favorable. Ces trois facteurs ne se réunissent pas de manière systématique chaque année, à la même période et dans les mêmes circonstances... Plutôt que la fausse sécurité des traitements systématiques, il vaut mieux privilégier une gestion raisonnée et au cas par cas dans un but économique et d’efficacité. Sans parler de l’image des éleveurs et de leurs productions auprès des consommateurs qui est un sujet de plus en plus sensible. Tout le monde est de plus en plus conscient de ce virage qui est amorcé depuis quelques années vers le conseil, les stratégies préventives en amont, des pratiques plus raisonnées.


Quelles recommandations pratiques formulez-vous ?


F. B. - Sur le parasitisme, nous préconisons une gestion raisonnée et concertée entre l’éleveur et son vétérinaire en se posant plusieurs questions : premièrement, est-ce qu’il y a un réel problème de parasitisme ; deuxièmement, à quel type de parasitisme est-on confronté ; troisièmement, de quels outils et moyens disposet- on pour le gérer ? Pour les pathologies néo-natales, le vaccin ne devrait être envisagé que dans les cas de grandes catastrophes pour atténuer l’ampleur du problème. On dispose de leviers de pratiques d’élevage également efficaces (environnement et hygiène des locaux, gestion du colostrum, s’assurer que les mères sont vaccinées pour transmettre l’immunité…) que le bons sens voudrait qu’on mette en oeuvre au préalable. Vacciner tout en laissant tout le reste inchangé est une fausse sécurité.

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