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Espagne : « Je privilégie l’achat de broutards issus d’élevages à proximité »

À Puigcerdà, en Cerdagne, Joseph Altemiras engraisse 2 000 jeunes bovins par an destinés au marché de cheville, avec le soin et le professionnalisme d’un artisan, tel qu’il se réclame. Une partie de ses broutards provient de l’Hexagone, dont il apprécie les qualités de race et la conformation.

Il faut passer ce qui reste de frontière entre la Catalogne nord et la Catalogne sud, sans même changer de terroir. La ferme de Joseph Altemiras, en système naisseur engraisseur, se situe à Puigcerdà, sur le plateau cerdan. Il est aujourd’hui à la tête d’une dizaine d’exploitations dans ce secteur de montagne à plus de 1 000 mètres d’altitude, rassemblant un troupeau de 400 mères et de quoi engraisser 2 000 bovins par an. Joseph Altemiras est aussi le gérant de trois boucheries traditionnelles à Barcelone qui détaillent une partie des animaux qu’il produit. L’affaire est d’ailleurs résolument familiale, son arrière-grand-père était déjà de la partie, son père faisait du négoce de bestiaux et la famille a toujours travaillé avec la Coopérative catalane des éleveurs.

Lire aussi : Regards croisés d’exportateurs français sur le marché espagnol : « Ils trouvent toujours des portes de sortie »

Sur les 2 000 jeunes bovins qu’il engraisse annuellement, 600 sont à destination de la filière bio. L’exploitant engraisse également des vaches issues de son cheptel qu’il destine pour partie à l’abattoir de Perpignan et les établissements Guash. « Pour l’engraissement, j’achète 60 % des animaux en Espagne et le reste en France, auprès de la Coopérative catalane des éleveurs. » Y a-t-il une différence entre les broutards français et espagnols ? « Oui, c’est une question de génétique, en France il y a moins de croisés, plus de conformation », apprécie Joseph Altemiras, en comparant les animaux dans les boxes. On y trouve le panel presque complet des races françaises présentes en zone de montagne, limousine, aubrac, gasconne des Pyrénées, blonde d’Aquitaine… quelques croisés viennent compléter les lots.

Des temps de trajet aussi courts que possible

Joseph Altemiras achète les broutards à 8 mois, pour un poids compris entre 220 et 250 kg dans l’objectif de les pousser jusqu’à 600 kg vif en moyenne pour les mâles de 8 à 9 mois et jusqu’à 500 kg vif pour les femelles de 5 à 6 mois. « C’est difficile de faire des moyennes, tout dépend un peu de l’état des veaux à l’arrivée. C’est pour cela que j’essaye d’acheter des animaux non loin d’ici. Ainsi, quand ils arrivent, ils n’ont pas fait trop de route. » Bref, ils ne sont pas trop affaiblis par le transport et ont moins de chance de présenter des problèmes sanitaires. « Dès leur entrée, les nouveaux pensionnaires sont vaccinés, rispoval et miloxan, puis ils reçoivent les rappels 21 jours après et c’est fini. Nous faisons venir le vétérinaire s’il y a autre chose mais c’est rare. »

Contrairement à une partie de ses confrères espagnols, Joseph Altemiras ne travaille pas « en bande » mais sélectionne les animaux quand ils sont prêts en appréciant leur état à l’œil. « Je les fais partir quand ils sont bien finis plutôt que d’envoyer tout le box à l’abattoir en même temps. Je suis plutôt un engraisseur artisanal et j’aime que le travail soit bien fait. » Il n’y a pas de suivi de la prise de poids, les animaux sont pesés à leur arrivée dans l’atelier et à la sortie, et ce qu’il vise c’est une classification R3 ou U3. L’éleveur fonctionne de la même manière pour les vaches qu’il vend principalement en France, parce qu’elles sont mieux payées. Il faut alors qu’elles soient très bien finies, après quatre à six mois à l’aliment. « Cela dépend de l’âge et de la génétique mais elles font en général entre 350 et 500 kg de carcasse. »

Un coût alimentaire de 120 à 150 euros par animal

L’aliment lui est servi à volonté. Foin de Cerdagne, avoine et granulés ou farines composent la ration d’engraissement. Joseph Altemiras ne connaît pas la composition exacte des granulés ou de la farine, il fait confiance à ses deux fournisseurs avec lesquels il travaille de longue date et jongle avec le prix des matières premières pour la composition. « Les animaux grossissent en moyenne de 1,3 à 1,4 kg par jour, pour les femelles, et 1,4 à 1,6 kg, pour les mâles. Une femelle va consommer entre 1,4 et 1,6 tonne d’aliments pendant la phase d’engraissement, un mâle entre 1,8 et 2,2 tonnes. » Pour un coût d’aliment qu’il estime de 120 à 150 euros par animal selon le sexe mais c’est un peu plus cher en bio naturellement. L’aliment provient majoritairement d’Espagne, sauf en cette année très difficile dans le pays à cause de la sécheresse. Début juillet 2023, Joseph Altemiras avait déjà fait venir douze camions de foin depuis la France.

Lire aussi | Espagne : « La surveillance renforcée dès l’arrivée des veaux fait partie des clés de la réussite »

Limite de rentabilité

L’année précédente, la hausse des coûts de l’aliment et l’inflation en général avaient été compensées par le prix de la viande, mais cette année, le marché a décroché. Quand les bovins se vendaient jusqu’à 5,70 euros/kg de carcasse en 2022, leurs prix plafonnaient à 5,30 ou 5,20 euros au moment d’écrire ces lignes, en août 2023 – ces niveaux tarifaires restent peu ou prou valables cet automne. Et même si le prix de la farine a baissé, celui de la paille, du foin et de l’avoine ont eux fortement progressé (+ 35 à 50 % sur un an) et la rentabilité n’est plus vraiment assurée. « Si le prix de la viande descend encore un peu, alors on va perdre de l’argent, assure l’éleveur cerdan. La consommation a beaucoup baissé ici en Espagne pour les questions de pouvoir d’achat, les consommateurs se sont tournés vers d’autres viandes, le porc, le poulet, qui sont moins onéreuses. C’est pour cette raison que les prix de la viande bovine ne se sont pas tenus à bon niveau. Ce sont ces fluctuations de marché qui sont difficiles à encaisser, en plus des problèmes de paperasse et de réglementation. On peut faire zéro bénéfice par bête comme 200 euros. Ce n’est pas stabilisé, on ne fait pas ce travail pour être riche mais pour gagner un peu d’argent quand même. »

Chiffres clés

1 cheptel naisseur de 400 vaches allaitantes
2 000 jeunes bovins engraissés chaque année, dont 600 à destination de la filière bio

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