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Élevage bovins viande en Pologne : « Nous partageons beaucoup de problématiques avec les éleveurs français »

En Pologne, les races françaises limousine et charolaise sont les plus populaires chez les éleveurs de bovins viande. Visite de deux élevages, l’un naisseur-engraisseur et l’autre plutôt orienté sur la vente de reproducteurs, qui présentent bon nombre de points communs avec les systèmes français.

L’élevage allaitant polonais est récent. Dans ce pays de grande tradition laitière, de nombreux troupeaux de bovins viande ont été créés dans les années 90 et 2000. La filière reste de taille modeste, dénombrant au total 250 000 vaches allaitantes. Aujourd’hui, régis par un contexte réglementaire de la PAC similaire et des cours des bovins qui ont rattrapé le niveau des autres pays européens, les éleveurs polonais partagent bien des problématiques avec les éleveurs français.

L’élevage allaitant Ecoterra représente bien cette trajectoire. Il a été créé en 2007, trois ans après l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, en partant de zéro. Sur la commune de Swietajno, en Varmie-Mazurie – au cœur d’une région de lacs et de forêts du nord-est de la Pologne – un noyau de trente charolaises a été importé de France et un premier bâtiment a été monté. En 2011 et 2012, d’autres bâtiments ont vu le jour et ont accompagné la croissance du cheptel ainsi que la création d’un atelier d’engraissement de génisses et de jeunes bovins de race à viande.

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C’est en 2015 que les premières limousines sont arrivées, et elles sont maintenant majoritaires dans le troupeau. « Le cheptel compte 240 vaches allaitantes dont 87 charolaises », présente Jaroslaw Olszewski, zootechnicien spécialisé dans la sélection génétique de l’association polonaise des éleveurs et producteurs de bovins de boucherie à l’occasion de la visite d’un groupe d’éleveurs français organisée par Feder Coop.

240 vaches allaitantes et quatre unités de main-d’œuvre

Cet élevage fait partie d’une grande structure. L’exploitation appartenant à Leslaw Moritz porte au total sur environ 1 000 hectares, et emploie huit personnes. Une partie est dédiée, sur 400 hectares, à la production de céréales et la production de semences. La partie élevage allaitant emploie quatre personnes et valorise un peu plus de 200 hectares. « Cent hectares sont en prairies temporaires (luzerne, trèfles…) et cent hectares sont des pâtures sur des prairies naturelles. Nous cultivons à peu près dix hectares par an de maïs ensilage », explique Paulina Taraszkiewicz, zootechnicienne salariée qui gère l’élevage.

Les vêlages se déroulent dans un bâtiment de 250 places à partir de décembre, et les dernières naissances interviennent en juin. Ce même bâtiment loge ensuite des jeunes bovins durant l’autre moitié de l’année. « Nous achetons des broutards de 280 à 300 kg à des élevages plus petits qui n’engraissent pas. Cet automne, les cours des mâles se situaient autour de 16 zlotys le kilo vif, soit 3,68 euros. » Les génisses sont vendues à 750 kg vifs et les mâles autour de 850 kg vifs entre 18 et 20 mois d’âge.

Vente des bovins en direct aux abattoirs

Ces deux catégories d’animaux sont parties en septembre 2024 à 4,83 euros le kilo de carcasse. « Les prix avoisinent les 5 euros par kilo de carcasse pour les mâles destinés à l’Italie. Ceux qui partent en Turquie sont achetés moins cher », précise Paulina Taraszkiewicz. « La plupart du temps, nous vendons les animaux en direct à l’abattoir qui nous offre le meilleur prix. Nous n’avons pas de relation commerciale particulière avec une des entreprises. » La jeune femme construit les rations avec un nutritionniste à base d’ensilage de maïs, ensilage d’herbe et de concentrés distribuées à la mélangeuse. Une partie des mâles nés sur l’exploitation sont castrés à l’âge de 5 semaines à l’élastique pour pouvoir être logés avec des génisses, et aussi pour viser une meilleure valorisation de leur viande.

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Travail sur la génétique limousine

Paulina Taraszkiewicz travaille également pour l’élevage de limousines situé sur la commune de Kukowko, à quelques dizaines de kilomètres de la Lituanie et de l’exclave russe de Kaliningrad. Celui-ci appartient à Iwona Marchewka, qui possède aussi d’autres domaines agricoles, une distillerie et une entreprise de fabrication de mobilier. Il compte 140 vaches limousines et 3 000 places d’engraissement de porcs sur une SAU de 250 ha. Sur ce site, trois personnes sont employées à plein temps.

Les vêlages se déroulent de janvier à mai dans un bâtiment construit en 2018. La conduite du troupeau limousin est tournée vers la vente de reproducteurs. Quatre taureaux – deux français et deux polonais issus de français – sont en service. « Nous avons un certain nombre de souches sans cornes maintenant. Nous sélectionnons après génotypage chaque année une trentaine de jeunes mâles, et une partie d’entre eux est vendue en reproducteur, autour de 3 500 euros », présente la zootechnicienne. Tous les animaux sont pesés une fois par mois en croissance et en engraissement. « Nous n’achetons que des minéraux et des vitamines. Les rations sont équilibrées avec les drèches de la distillerie. »

Les prix avoisinaient les 5 euros par kilo de carcasse pour les jeunes bovins destinés à l’Italie en septembre 2024

Des facteurs de production différents pour les élevages polonais

En Pologne, le prix du carburant est très inférieur à celui de la France. Le coût de la main-d’œuvre aussi, mais les éleveurs insistent sur le fait qu’il est très difficile en Pologne de recruter pour travailler en élevage, et encore plus avec un troupeau de bovins viande. Très peu de terres sont disponibles à la location, et dans la région de ces deux élevages, le prix du foncier s’établit en moyenne entre 8 000 et 10 000 euros par hectare. Les élevages sont impactés par la variation du taux de conversion du Zloty. Quand l’euro est cher, cela leur est favorable. En 2024, l’euro a baissé de 10 %.

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