« Nous visons l’autonomie protéique et fourragère », dans les Deux-Sèvres
Au Gaec La Vergne dans les Deux-Sèvres, les associés jouent la carte de la diversification des fourrages avec des méteils, de la luzerne, du ray-grass hybride/trèfle violet, du maïs épi, du sorgho… À la clé, une bonne autonomie et de la résilience face aux aléas climatiques.
Au Gaec La Vergne dans les Deux-Sèvres, les associés jouent la carte de la diversification des fourrages avec des méteils, de la luzerne, du ray-grass hybride/trèfle violet, du maïs épi, du sorgho… À la clé, une bonne autonomie et de la résilience face aux aléas climatiques.
« En 2020, nous n’avions que 120 hectares pour 110 vaches laitières, explique Xavier Bruneau, responsable de l’atelier lait du Gaec La Vergne. De plus, nous livrons notre lait à la Laiterie de Pamplie pour la fabrication de beurre AOP Charentes-Poitou, dont le cahier des charges limite les quantités de concentré. Cela nous a amenés depuis longtemps à travailler la qualité des fourrages pour une autonomie protéique la plus élevée possible. »
Si le Gaec dispose aujourd’hui de 240 hectares pour 125 vaches laitières et 1,250 million de litres de lait, l’objectif pour les quatre associés est toujours de valoriser au maximum les fourrages et d’être résilients face aux aléas climatiques. « Aujourd’hui, le chargement n’est plus que de 1,03 UGB/ha de SFP, ce qui nous donne plus de souplesse, se réjouit Xavier Bruneau. Mais nous avons beaucoup de prairies naturelles et pas d’irrigation. »
Fiche élevage
Diversifier les fourrages disponibles
Sur les 240 hectares, répartis sur quatre communes et donc assez morcelés, 52 hectares sont des prairies naturelles valorisées par les génisses et les vaches taries. La stabulation ne disposant que de 4 hectares accessibles, l’alimentation des vaches laitières se base quant à elle sur des fourrages récoltés.
Un point clé pour les éleveurs est la diversification des fourrages. Au-delà des 49 hectares de maïs non irrigués et implantés sur les terres les plus profondes, le Gaec cultive 28 hectares de luzerne, 20 hectares de méteil et 14 hectares de ray-grass hybride/trèfle violet. « Tous ces fourrages, qui produisent plus ou moins bien selon les années, sont importants pour notre autonomie », souligne Xavier Bruneau. S’y ajoutent depuis deux ans 7 hectares de sorgho semés en dérobé après méteil et récoltés en une coupe mi-septembre. « Le sorgho, qui pousse vite et nécessite peu d’eau, permet de sécuriser notre système les années sèches, qui sont de plus en plus fréquentes. Nous le semons dans les terres les plus séchantes. Toutefois, il n’apporte pas d’amidon et est distribué surtout aux génisses. »
Le Gaec cultive également des couverts d’été et d’hiver, à base de seigle, trèfles, ray-grass italien, sorgho, tournesol, radis, phacélie…, qui peuvent être laissés pour enrichir le sol ou récoltés si besoin. Autre initiative : le semis de méteil dans une luzerne en quatrième année. « Nous semons du méteil dans les trous de la luzernière. Cela booste la luzerne qui se ramifie et repart en production. »
Récolter de l’herbe riche en protéines
Un point central est aussi la qualité des fourrages. Pour le maïs, l’objectif est d’avoir un fourrage riche en énergie. « Avec des fourrages riches en protéines, il faut densifier la ration en énergie », estime l’éleveur. Sur 49 hectares de maïs, 34 hectares sont récoltés en ensilage avec une coupe assez haute, à 0,93 UFL/kg MS, et 15 hectares en maïs épi à 1,15 UFL/kg MS. « Dans le cahier des charges de l’AOP, le maïs épi est considéré comme un fourrage, à la différence du maïs humide qui est comptabilisé dans les concentrés », précise Xavier Bruneau.
Une partie de la luzerne et les prairies de ray-grass hybride/trèfle violet sont récoltées en petites coupes toutes les cinq-six semaines, à raison de 3-4 t MS/ha à chaque coupe, pour viser la richesse en protéines.
Un gros travail a été fait aussi sur les méteils, cultivés depuis 2006. « Au départ, nous semions des méteils avec beaucoup de céréales, de la féverole, du pois, explique Xavier Bruneau. Le rendement était élevé, mais les méteils étaient pauvres en protéines et énergie et produisaient peu de lait. Avec notre fournisseur de semences et la chambre d’agriculture, nous avons réalisé de nombreux essais pour trouver les espèces et les associations adaptées à notre terroir et notre système. L’objectif était d’avoir un méteil à 16 % MAT et 0,85 UFL/kg MS, avec une large plage de récolte en ensilage. »
Du lisier avant méteil et luzerne
Les méteils, qui sont semés en direct, tout comme la luzerne, sont désormais constitués de vesce velue à 45 kg/ha, de trèfle squarrosum qui permet une large plage d’ensilage, à 18-20 kg/ha, et d’avoine à 20 kg/ha. Le méteil est récolté en début de floraison de la vesce, avec une coupe à 13 cm du sol pour ne pas rapporter de terre dans les silos. Le rendement est en moyenne de 5-7 t/ha. L’avoine et la vesce sont semées en semences fermières, ce qui limite le coût des méteils. Avant méteil, comme avant luzerne, du lisier de bovins ou de lapins est apporté sur la parcelle, à raison de 40-45 m³/ha avant méteil (60 m³/ha avant luzerne). « Nous avons la chance d’avoir beaucoup de lisier, qui booste les fourrages au printemps », souligne Xavier Bruneau. Une attention particulière est ensuite portée à la conservation des fourrages, par une confection soignée des silos et l’utilisation systématique de conservateurs. Au final, le Gaec La Vergne parvient ainsi à une bonne autonomie fourragère et protéique permettant une marge sur coût alimentaire de 11,4 €/vache traite/jour.
Un objectif à 1,4 million de litres de lait
À l’heure actuelle, les deux robots du Gaec ne sont pas optimisés, car les associés manquent de place en bâtiment. « Or la traite robotisée tend à augmenter la production. C’est pourquoi, en 2026-2027, nous allons créer un nouveau bâtiment pour les vaches taries », exposent les éleveurs. Cela permettra de saturer les robots en passant à 145 vaches laitières, avec un objectif de 1,4 million de litres de lait.
À cette occasion, deux nouveaux silos de 35 mètres de long sur 9 mètres de large vont être construits, pour stocker de l’ensilage de luzerne, qui se substituera à l’enrubannage de luzerne récoltée aujourd’hui.
Alice Auffrais, chambre d’agriculture Charente-Maritime Deux-Sèvres.
« Des silos sandwich assurent une ration régulière sur l’année. »
Coté éco
Une conservation des fourrages au top et des stocks d’avance
La sécurisation du système fourrager passe aussi par une bonne conservation des fourrages et suffisamment de stocks.
La recherche d’autonomie du Gaec La Vergne passe aussi par la grande attention accordée à la conservation des fourrages. Les méteils comme le maïs sont coupés en brins de 10 mm. Une vigilance particulière est portée à la confection des silos et à leur tassage. La coupe courte permet d’étaler le fourrage sur une large surface en couches fines et de bien tasser. Depuis trois ans, un conservateur (Herb’Innov) reposant sur une combinaison spécifique de bactéries lactiques adaptées aux herbes à forte teneur en sucres est également ajouté à tous les fourrages. « Il acidifie l’ensilage puis bloque l’acidité à un certain niveau, explique Jean-Yves Lhériau. Il permet ainsi une production d’acide acétique plus rapide, ce qui rend le fourrage plus appétent, et empêche la production d’acide butyrique, qui réduit l’appétence. » Depuis peu, de l’eau est également rajoutée dans la mélangeuse pour homogénéiser la ration.
Arrêter l’enrubannage de luzerne
Le Gaec dispose actuellement de quatre silos de 120 mètres au total sur 8,5 mètres permettant 1,5 à 2 mois de stock d’ensilage. Par manque de place en silo, l’herbe comme le maïs sont ensilés en silos sandwichs alternant les couches de ray-grass hybride/trèfle violet, méteil et luzerne ou de maïs ensilage et maïs épi. « Cette organisation représente beaucoup de travail de bâchage et débâchage et implique d’être rigoureux, note Alice Auffrais, de la chambre d’agriculture Charente-Maritime Deux-Sèvres. En contrepartie, cela assure une ration régulière sur l’année. »
Une grande partie de la luzerne est enrubannée et le Gaec a en permanence 10-12 mois de stock d’enrubannage. « Mais notre objectif dans l’avenir est d’arrêter l’enrubannage de luzerne, qui a un fort encombrement et n’est pas facile à conserver, indique Xavier Bruneau. L’enrubannage représente par ailleurs beaucoup de travail, consomme beaucoup d’énergie et produit beaucoup de déchets. « Comme les méteils apportent suffisamment de fibres pour la rumination, nous récolterons la luzerne sous forme d’ensilage. Les vaches y gagneront en ingestion, ce qui nous permettra d’améliorer notre marge sur coût alimentaire de 1 €/VL/jour », espère Xavier Bruneau.