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Géomyze sur maïs : que faire en cas d’attaques dans l’Ouest ?

La période de froid qui a stoppé la croissance des maïs a créé les conditions idéales pour la géomyze, une mouche qui s’attaque aux semis. De nombreux dégâts sont signalés en Bretagne et Pays de la Loire. Comment évaluer leur ampleur et décider de ressemer ou non ?

<em class="placeholder">Pieds de maïs touché par la Geomyze.</em>
La larve attaque le bourgeon terminal, entrainant un arrêt de la croissance du maïs.
© Arvalis

Des attaques de geomyzes sur maïs d’une ampleur jamais vue depuis celles de 2016 : le printemps 2026 a offert les conditions idéales pour le développement de cette petite mouche dans certaines régions de l’ouest de la France. Mesurant 3,5 mm et reconnaissable aux trois points qui ornent ses ailes, ce diptère ne devient dangereux que lorsque le vol et la ponte des adultes (à partir de 10 °C de température au sol) coïncident avec des maïs en stade jeune qui végètent.

Ces conditions ont été réunies dans de nombreuses parcelles fin mai, en Bretagne, Pays de la Loire et les départements de l’ex-région Basse-Normandie, indique Anne-Sophie Colart, animatrice filière maïs fourrage chez Arvalis. « La geomyze concerne des semis de maïs réalisés dans de bonnes conditions entre le 20 avril et le 25 avril. Grâce au chaud, les plantules ont levé rapidement, mais l’épisode de froid d’une quinzaine de jours qui a suivi a paralysé leur croissance, les rendant vulnérables. »

En Ille-et-Vilaine, Stéphanie Montagne, ingénieur agronome à la chambre d’agriculture de Bretagne, indique que certaines parcelles sont localement impactées sur 80 % de leur surface, tandis que le président de la chambre d’agriculture de la Mayenne, estimait au 1er juin sur les ondes de Radio France, qu'« environ 80 % des parcelles de maïs de son département étaient touchées », avec néanmoins beaucoup de disparité (entre 25 et 90 % de dégâts).

Diagnostiquer les réels dégâts de géomyze sur maïs

Anne-Sophie Colart indique de son côté, que les surfaces réellement touchées restent à estimer. Elle précise que cela concerne principalement du maïs fourrage très présent dans ces régions. Le premier signe visible d’attaque de géomyzes est le flétrissement de la dernière feuille déroulée, puis de toutes les feuilles. La plante se dessèche et meurt rapidement, ou bien reste bloquée à 3-4 feuilles sans se développer davantage. Autre symptôme typique : un gonflement du collet ou « poireautage », plus ou moins prononcé selon les cas.

La seule protection efficace contre la géomyze est le traitement de semences avec le produit Lumiposa (autorisé en dérogation). Anne-Sophie Colart précise que certains agriculteurs ont protégé leurs surfaces de cette façon. L’épisode de chaud des derniers jours de mai a permis une reprise de croissance des maïs et une meilleure lisibilité des pieds réellement perdus. Pour un diagnostic solide, Arvalis recommande de réaliser au minimum une dizaine de comptages sur des placettes de 10 m² (soit 13,3 mètres linéaires sur un rang à 75 cm d’écartement), réparties dans des zones représentatives de la parcelle (selon exposition, proximité de haies, de bois).

Dans quels cas est-il conseillé de ressemer son maïs après une attaque de geomyzes ?

Arvalis estime qu’un ressemis est intéressant s’il reste dans la parcelle moins de la moitié du peuplement prévu initialement. D’autres paramètres entrent en jeu : la régularité de la distribution des plantes compte autant que la densité moyenne. 50 000 pieds bien répartis pèsent davantage sur le rendement final que des zones entières dégarnies. Un ressemis a un coût non négligeable, de l’ordre de « 450 à 500 €/ha » selon Stéphanie Montagne, et ne se justifie pas dans toutes les situations.

Sur les exploitations d’élevage, la question se pose en termes de besoins alimentaires. « Les agriculteurs en production porcine qui font tout leur aliment à la ferme ont ressemé à partir de 30 à 40 % des plantes attaquées. C’est aussi le cas d’éleveurs laitiers qui sont un peu limite en surface de maïs », indique Stéphanie Montagne. Du côté des purs céréaliers, la trésorerie n’est pas toujours là dans le contexte actuel.

Quelles sont les précautions à prendre en cas de ressemis de maïs ?

Si le ressemis s’impose, Arvalis recommande de détruire au préalable les plantes restantes, dont l’ombrage pourrait concurrencer le nouveau semis. Pour le choix variétal, mieux vaut privilégier une variété d’indice très précoce, accompagnée d’une réduction de densité adaptée au potentiel d’un semis tardif. « On sèmera à pas plus de 95 000 pieds par hectare dans les sols séchants notamment », préconise Stéphanie Montagne. Dans l’ouest de la France, le ressemis est envisageable jusqu’à la mi-juin

Le travail du sol doit être adapté à la situation herbicide de la parcelle. Si une pendiméthaline a été appliquée en prélevée, Arvalis recommande un labour pour enfouir le film herbicide. Avec les autres molécules racinaires courantes (DMTA-P, isoxaflutole, clomazone), un travail à 10 centimètres peut suffire. Seule la mésotrione n’impose pas de contrainte particulière de travail du sol. Sur le nouveau semis une application d’herbicide de postlevée est généralement plus adaptée à cette date tardive qu’une intervention de prélevée.

Un mois de juin humide comme en 2016 peut compenser les pertes

Des pieds avec des symptômes visibles peuvent survivre et faire une talle secondaire qui donnera un épi. En 2016, année de forte attaque, Arvalis rappelle que le mois de juin très humide avait permis une production de grains significative sur les plantes redémarrées. Mais ce phénomène compensatoire n’est possible que si le méristème n’est pas totalement détruit, ce qui est difficile à anticiper à la seule vue des symptômes. Stéphanie Montagne indique également que des plantes mieux espacées peuvent développer un deuxième épi, ce qui participe « partiellement » à la compensation.

L’incidence de l’attaque va être très dépendante des conditions de croissance à venir. Les ressemis vont nécessiter d’adapter la suite de l’itinéraire technique. « Nous allons avoir des parcelles avec des floraisons étalées et des dates de récoltes différentes, pas toujours facile à gérer », estime Anne-Sophie Colart.

« J’ai ressemé 3 ha de maïs fourrage dans les Côtes d’Armor »

François-Henri Châtel, éleveur laitier à Tréveneuc (22), a été touché sur ses maïs semés les plus tôt pendant la période sèche du mois d’avril, soit sur 50 % de sa surface de maïs (13 ha). Après un très bon démarrage, les plantes ont végété à cause du froid, les rendant vulnérables aux attaques de geomyzes. « Les dégâts sont très disparates selon les parcelles. Cela dépend de leur exposition au vent, de la proximité de haies. Les maïs situés dans les petites parcelles, à l’abri, sont moins concernés. » L’éleveur a identifié, avec l’aide d’un technicien, les plantes les plus touchées par leur facilité à s’enlever à la main.

« J’ai pris la décision de ressemer 3 hectares la semaine dernière. J’ai fait uniquement un passage de herse rotative et j’ai utilisé des semences qu’il me restait, ce qui a limité le coût du ressemis. » François-Henri Châtel précise qu’il n’avait pas encore désherbé, ce qui a aussi limité la perte. Il lui reste quelques parcelles à surveiller pour décider de nouveaux ressemis ou non, mais reste assez optimiste quant au redémarrage possible des pieds touchés au vu des conditions météo actuelles.

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