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Des repères pour l’engraissement des vaches bio

Les essais réalisés de 2000 à 2015 sur le troupeau limousin de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou — soit une base de données de 356 vaches finies à l’auge — ont été synthétisés afin d’en tirer des recommandations.

L’engraissement des vaches en bio demeure assez difficile à maîtriser. En effet, les fourrages produits sur les élevages ont une valeur alimentaire très variable et difficile à évaluer. Et les concentrés ne doivent pas représenter plus de 40 % de la matière sèche ingérée journalière. Ceux produits sur les élevages — céréales et protéagineux — apportent un amidon rapidement dégradable, et les concentrés bio achetés ont un prix élevé. Autant de verrous techniques avec lesquels il faut bien se débrouiller.

Sur l’ensemble des essais réalisés à la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou dans le Maine-et-Loire, le premier constat est celui de l’hétérogénéité des performances pour les vaches d’un même essai, et d’un essai à l’autre. « Pour une moyenne de 878 g/jour, les croissances ont pu varier de 520 g/jour à 1230 g/jour », entame Jean-Paul Coutard, responsable de la ferme expérimentale. Autre constat, entre le début et la fin des essais, les vaches ont bien changé. De 2000 à 2015, le poids moyen de carcasse a progressé de 46 kg et la durée de finition s’est allongée de 56 jours. Le rendement carcasse a progressé de 1,1 point, de façon classique avec le poids de carcasse. Dans le même temps, la note d’état corporel initial a baissé d’un demi-point. Elle était de 2,3 sur les années 2000 à 2004 contre 1,8 sur les années 2013 à 2015. « Cela conduit à s’interroger sur les conséquences de la sélection génétique sur le niveau de précocité des vaches allaitantes », estime Jean-Paul Coutard. « Sur cette période, nous sommes passés de 3,7 à 5,1 kg MS de concentrés distribués par jour sans que dans le même temps le GMQ n’ait progressé. La finition des vaches d’aujourd’hui coûte cher. C’est un effet problématique de la sélection sur toujours plus de croissance et toujours plus de squelette. »

Chute de la prise de poids en fin d’engraissement

Ces essais ont amené également à s’interroger sur l’opportunité de faire prendre aux vaches leurs derniers kilos. La courbe de croissance est en effet plus « aplatie » au-delà de 135 jours d’engraissement que ce que la bibliographie indique. Après 135 jours d’engraissement, les gains journaliers de carcasse des vaches n’ont pas dépassé 400 g/jour, et même 340 g/jour pour celles âgées de plus de six ans. « Nous poursuivons les essais pour évaluer l’intérêt de ne pas dépasser 130 jours d’engraissement afin d’obtenir une meilleure marge sur coût alimentaire, tout en vérifiant que les carcasses correspondent à la demande de la filière. Résultats dans trois ans. »

Trois régimes ont donné satisfaction à Thorigné d’Anjou. D’abord, l’enrubannage de prairies à flore variée avec une récolte précoce permet de supprimer le recours à un concentré azoté. Il n’y a dans ce cas qu’un seul fourrage et un seul concentré (une céréale) à distribuer. Ensuite, les régimes basés sur six kilos de matière sèche d’ensilage d’une association céréales-protéagineux ou d’ensilage de maïs permettent des performances proches. Dans ce cas, il faut distribuer aussi du foin. Enfin, les régimes à base de foins et d’ensilage de prairies à flore variée conviennent à condition de disposer de fourrages de qualité.

Le calcul des apports azotés au plus juste – à 90 g PDI/UF – semble présenter des risques à cause de l’incertitude sur la valeur alimentaire des fourrages. « À la ferme expérimentale, tous les fourrages sont analysés et malgré tout, on a des surprises. Avec 100 g PDI/UF, on se garantit une sécurité suffisante par rapport à cette incertitude sans gaspiller l’azote », conclut Jean-Paul Coutard. D’autre part, le risque d’acidose semble limité avec ce type de rations. Le pH ruminal a été mesuré grâce à des bolus sur dix vaches, alimentées avec un régime présentant un très fort risque acidogène : enrubannage de prairie à flore variée à volonté et mélange triticale et pois, soit 6 kg de concentrés distribués en deux repas. « Nous avons observé que le pH baisse après chaque repas de concentré, mais il reste au-dessus de 6. Avec ce type de ration, le pH du rumen des vaches n’entre donc pas techniquement dans une plage problématique pour son fonctionnement. »

En bref

Le troupeau Limousin de Thorigné d'Anjou

Double période de vêlage avec premier vêlage à trente mois
Orientation génétique mixte viande (DMsev des vaches de 106,6 et DSsev de 96,8)
Taux de renouvellement de 35 %
Production de vaches de 420 à 440 kilos de carcasse de moyenne sur la période 2013-2016

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