Aubrac : « On a gagné 30 vaches sans un hectare de plus grâce au pâturage tournant jusque dans les estives »
Dans l’Aveyron, le Gaec de Nolorgues a poussé très loin la logique du pâturage tournant à temps de séjour courts. Avec une conduite fine des rotations, les quatre associés ont réussi à passer de 150 à 180 vaches tout en sécurisant leur autonomie fourragère.
Dans l’Aveyron, le Gaec de Nolorgues a poussé très loin la logique du pâturage tournant à temps de séjour courts. Avec une conduite fine des rotations, les quatre associés ont réussi à passer de 150 à 180 vaches tout en sécurisant leur autonomie fourragère.
Installés à quatre sur le Gaec, François et Françoise et leurs fils Guillaume et Gauthier conduisent aujourd’hui 180 vaches aubrac sur 350 hectares. Un système typique de moyenne montagne aveyronnaise, mais avec une particularité : la mise en place d’un suivi et de maîtrise du pâturage. « Notre exploitation dépend en tout point de vue de la production des prairies. On a donc tout fait pour rationaliser notre système fourrager, résume Guillaume. On a mis des années à construire notre système de pâturage tournant à temps de séjour courts. Aujourd’hui, on sait que ça fonctionne. Mais il faut rester vigilant et observer l’herbe, afin de s’adapter. » Sur les 350 hectares de SAU, 250 sont en prairies naturelles, dont 150 hectares d’estives à plus de 1 000 mètres d’altitude. Le reste est composé de cultures intégrées dans des rotations longues avec des prairies temporaires. L’objectif est clair : produire un maximum d’herbe et en tirer le meilleur, tout en limitant les achats extérieurs. « On cherche à être autonome, et pour atteindre cet objectif l’herbe est notre levier principal. »
Fiche élevage
180 vaches aubrac
350 ha de SAU dont 100 ha en rotation blé-méteil-prairies temporaires et 250 ha de prairies naturelles en estives
3 UTH
Pâturer au bon moment et au bon rythme
Le système repose sur un pâturage tournant à temps de séjours courts, avec une règle simple. « On reste trois jours sur les parcelles. Il faut que l’herbe soit bien consommée, mais sans aller au surpâturage », détaille Gauthier. L’idée n’est pas de faire manger ras, mais de valoriser au bon stade sans pénaliser la repousse derrière. Pour ce faire, le Gaec s’appuie sur un fichier Excel. Grâce à cet outil mis en place par la chambre d’Agriculture de l’Aveyron, ils ont réussi à augmenter le chargement et à augmenter les stocks. « Là, on va sortir les mères avec les veaux mâles et on va mettre en place notre plan de pâturage avec un chargement volontairement élevé. Avec 45 couples mères-veaux on compte 67,5 UGB dans un même lot. On va mettre les animaux à tourner sur environ 31 hectares répartis en neuf paddocks. Le cycle complet durera 27 jours, avec un changement de paddocks tous les trois jours, nous explique Gauthier. On sait toujours à peu près où on va, mais on ajuste selon la pousse. Pour savoir quand on peut retourner dans la parcelle, nous nous appuyons sur un tableau avec le temps de repousse moyen des parcelles. Nous les avons calculées à partir des moyennes du département. C’est un outil de pilotage. On s’appuie sur un suivi précis des parcelles, en renseignant les surfaces, le chargement et les durées de pâturage. On note tout. Ça permet de savoir où on en est, et d’anticiper. » Chaque îlot est ainsi piloté en fonction de sa production estimée. « On ajuste en permanence. Si ça pousse fort, on accélère. Si ça ralentit, on allonge les rotations. » Cette capacité d’adaptation est essentielle pour tenir le système. « On entend souvent dire qu’il faut moins d’animaux par hectare. Nous, on pense l’inverse. Il faut mieux les répartir et gérer les rotations. » Pour eux, tout repose sur le respect du végétal. « Si on surpâture, on met en péril la prairie. Et derrière, on perd en production. »
Du pâturage tournant aussi sur les estives
« On fait pâturer la première coupe pour nos prairies naturelles. Puis pour la seconde, on fait du foin. » Pour ce faire, on sort les animaux dès la mi-mars sur les parcelles les plus précoces, autour de 600 mètres d’altitude. Derrière, la règle est toujours la même : intervenir au bon stade. « On vise le stade trois feuilles. Si on est trop tôt ou trop tard, on perd en qualité et en repousse, et donc dans notre capacité à multiplier ensuite les coupes. » La conduite du troupeau suit directement la pousse de l’herbe et le relief. Sur les 250 hectares de prairies naturelles, 100 hectares sont situés autour de 600 mètres et 150 hectares en estives, au-dessus de 1 000 mètres d’altitude. « On commence en bas, puis on monte. C’est l’herbe qui dicte le calendrier. » Entre le 15 avril et le 15 mai, les vaches et leurs veaux restent autour du siège, sur les meilleures parcelles. « C’est là qu’on valorise le potentiel au maximum. À partir du 15 mai, les lots partent en estive pour un premier tour de pâturage, puis enchaînent sur un second tour jusqu’au 1er août. » Le fonctionnement reste le même qu’en plaine : des paddocks, des passages courts et une rotation organisée. « Même en estive, on reste sur du pâturage tournant dans des paddocks de 10 hectares. Ce n’est pas du lâcher comme avant. » À partir du mois d’août, les broutards sont retirés, ce qui réduit les besoins. « Avec l’aubrac, une période de sécheresse et de baisse de la disponibilité en fourrage sur pied, ça passe sans problème. Ainsi le mois d’août se passe sans encombre. Pendant que nos animaux pâturent les estives, nous on fait au moins une coupe de foin sur les prairies naturelles et temporaires à 600 mètres. » Le retour en plaine s’effectue autour du 15 octobre. Les animaux repartent alors sur des paddocks jusqu’au 1er décembre. « On a une vraie arrière-saison. Certaines années, on pâture presque jusqu’à l’hiver. » Un levier important pour économiser les stocks. Le sol est également au cœur de la réflexion. Très peu travaillé, il bénéficie d’apports réguliers et d’une forte activité biologique liée au pâturage. « On a des sols vivants, et ça se voit sur la production. »
Anticiper les aléas et sécuriser les stocks
Face aux évolutions climatiques, les éleveurs ont adapté leurs pratiques. « On a des périodes de sec qu’on n’avait pas avant. Il faut s’adapter. » Cela passe par des interventions plus précoces : semis, récoltes, ensilage. Mais surtout, tout repose sur la capacité à faire du stock au printemps. « Si on ne fait pas de stock au printemps, on met en péril toute l’année. » Les années favorables permettent de sécuriser l’alimentation du troupeau, mais aussi de gagner en souplesse. À l’inverse, une bonne arrière-saison permet de prolonger le pâturage et de limiter les distributions hivernales.
Produire plus sans augmenter la surface
L’un des résultats les plus parlants reste l’évolution du troupeau. En quelques années, le Gaec est passé d’environ 150 vaches à plus de 180 vaches, sans augmenter la surface. « On a pris 30 vaches sans un hectare de plus. C’est la technique de pâturage et les nouvelles rotations qui ont fait la différence. » En effet, 100 hectares de cultures sont intégrés dans des rotations longues. Ils sont conduits sur des cycles de trois à six ans, avec céréales, méteils, sorgho et prairies temporaires multiespèces. Les mélanges associent ray-grass, fétuque, dactyle et jusqu’à 30 % de légumineuses (trèfles blanc et violet). « L’objectif, c’est de produire le plus de matières protéiques. » Les méteils, composés de blé, triticale et seigle, viennent sécuriser la production. « On a ajusté les mélanges avec le temps. On garde ce qui fonctionne chez nous. On a supprimé l’avoine et l’orge. » Grâce à cette organisation, l’exploitation est autonome à 100 % en fourrages et en céréales, avec « seulement 35 tonnes de tourteaux achetées pour compléter les besoins en protéines », nous indique Guillaume.