Cinq ans que la Commission européenne s’est engagée à interdire l’élevage en cage, sans aucune avancée. Pour le CIWF, la France a tout intérêt à porter le dossier au niveau communautaire, afin de protéger ses éleveurs, notamment dans la filière porc et œufs, et de leur donner de la visibilité.
5 ans après ses engagements, la Commission européenne semble remettre le dossier de l’interdiction de l’élevage en cage sur la table. Elle devrait présenter à l'automne 2026 ses propositions concernant les poules pondeuses, puis au deuxième trimestre 2027 celles relatives aux truies.
Pour Agathe Gignoux, responsable des affaires publiques et juridiques pour CIWF France, « règlementer au niveau européen permettra de protéger les éleveurs français ». C’est pourquoi l’ONG welfariste (qui défend le bien-être animal sans vouloir abolir l’élevage) s’adresse aux décideurs. « Cinq ministres1 vont recevoir, sur leur bureau, des témoignages d’une dizaine d’éleveurs qui ont mené la transition » explique-t-elle. L’ONG a mis en place une campagne originale appelant les citoyens à leur envoyer des cartes postales, « la voix des éleveurs compte ».
1 Sébastien Lecornu, Annie Genevard, Roland Lescure (Economie), Serge Papin (PME et Commerce) et Monique Barbut (Transition écologique)
Les éleveurs favorables à la fin des cages
L’ONG considère que les éleveurs européens sont favorables à une transition hors des cages. Elle a mené un sondage auprès de 200 éleveurs en France, Italie, Espagne et Pologne, et 88 % des éleveurs français répondent être favorables à la fin des cages, avec des fonds publics pour les accompagner. « Mais à condition que l’Europe avance vite, avec une date définitive et le soutien du gouvernement » continue la responsable au CIWF.
« La France a tout intérêt à être proactive sur la transition puisque ses professionnels sont déjà bien engagés »
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Et c’est là tout le discours de l’association : « La France a tout intérêt à être proactive sur la transition puisque ses professionnels sont déjà bien engagés, le flou les dessert ! ». Comme l’a précisé Yves-Marie Beaudet au SPACE, éleveur lui-même et président de l’Interprofession des œufs (CNPO) : « il ne reste en France que 143 éleveurs en activité avec des poules élevées en cages ».
Selon Agathe Gignoux, « les éleveurs de porcs sont dans les starting-blocks pour investir » dans des équipements hors-cage pour les truies en maternité. Mais difficile d’investir dans un contexte réglementaire flou. 34 % des éleveurs français identifient l'incertitude réglementaire européenne comme le principal frein à leur transition abonde le CIWF. Un sentiment partagé par les éleveurs allemands, dont les principaux syndicats demandent le report des échéances de transformation des verrateries et maternités pour s’aligner sur le calendrier européen et de pas être seuls à supporter contraintes et investissements supplémentaires, quand leurs voisins s’en affranchissent.
Garantir la réciprocité des importations
A la question du retour des œufs de code 3 dans les paniers des Français en juin, Agathe Gignoux rétorque « les importations en profitent. Nous demandons des mesures de réciprocité, et ce verrou commence à tomber comme on a pu le constater avec le Brésil. Ainsi au contraire, interdire convenablement la cage au niveau UE protégera les producteurs d’œufs français qui ont avancé dans la transition ». C’est un des arguments présentés à la ministre de l’Agriculture : « le statu quo arrange l’Espagne, la Pologne et l’Italie » tranche-t-elle.
Pour le CIWF, l’important c’est de mobiliser les politiques français pour qu’ils appellent l’UE à interdire la cage. « La voix de la France n’est pas du tout entendue ! L’Allemagne a été seule sur la question pendant 10 ans, il est temps d’avancer » insiste la militante.