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Quelle stratégie agricole propose Agri2050, la communauté émanant du Shift Project, dans son manifeste en vue de la présidentielle ?

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Les shifteurs d’Auvergne sont présents cette semaine au Sommet de l’élevage pour présenter le manifeste d’Agri2050. Crédits : © Shift Project

A l’occasion de l’élection présidentielle, la communauté Agri2050 coordonnée par le Shift Project, think tank de Jean-Marc Jancovici compte peser sur le débat agricole à travers un manifeste. Un texte promu cette semaine sur le Sommet de l’élevage.

Avec son initiative Un commun accord, lancée mi-septembre à Paris, Jean-Marc Jancovici, expert médiatique de la transition climatique, compte bien nourrir le débat à l’occasion de l’élection présidentielle avec les propositions émergeant de l’assemblée citoyenne qu’il a créée.  

Sur le thème de l’agriculture plus spécifiquement, c’est la communauté Agri2050, lancée en novembre dernier en présence de l’expert et coordonnée par des salariés du Shift Project qui est aux manettes. Son comité de pilotage vient d’élaborer un manifeste dont elle mesure actuellement son niveau d’adéquation aux attentes des agriculteurs en le proposant à la signature et à la société en général en proposant aux citoyens, acteurs du monde agricole et corps intermédiaires de le soutenir. Un manifeste présenté en ce moment au Sommet de l’élevage par le réseau des Shifters d’Auvergne.

Cette démarche, « apartisane et asyndicale », « ne vise ni à promouvoir un modèle agricole unique, à juger ce à quoi doit ressembler une ferme en 2050, ni à opposer les différentes formes d’agriculture. La diversité des productions, des territoires et des systèmes est une richesse » peut-on lire dans le manifeste.

A travers son manifeste, la communauté Agri2050 qui regroupe actuellement quelque 500 agriculteurs, affirme plutôt appeler à « l’élaboration d’une stratégie agricole française de long terme, construite avec les agricultrices et agriculteurs, fixant des objectifs clairs en matière de résilience climatique, de décarbonation, d’environnement et de souveraineté ».

Lire aussi : Comment la communauté Agri2050, coordonnée par le Shift Project, compte influencer la campagne présidentielle sur l’agriculture ?

Quelles sont les principales revendications du manifeste d’Agri2050 ?

Un cadre de financement massif en faveur de la transition écologique

Si les solutions pour améliorer la résilience des exploitations agricoles sont aujourd’hui largement connues (diversification, allongement des rotations, autonomie fourragère, réduction de la consommation et dépendance aux intrants…), « de nombreuses agricultrices et agriculteurs, malgré leur volonté de changer, se heurtent à des contraintes économiques mal alignées avec ces objectifs », souligne tout d’abord le manifeste d’Agri2050.

La communauté réclame ainsi « la mise en place d’un cadre de financement massif, lisible et pérenne, capable de combiner aides à l’investissement, accompagnement des périodes de transition, partage du risque (entre les différents maillons de la chaine agricole et alimentaire), contrats pluriannuels et rémunération des pratiques favorables à la résilience et à la transition agroécologique ».

Lire aussi : Jean-Marc Jancovici : quel scénario pour l’agriculture à 2050 préconise le Shift project ?

Mieux diffuser l’expertise des pionniers et redonner sa place à la science

Pour développer plus largement les pratiques agroécologiques le manifeste Agri2050 estime que les solutions de transition enseignées en formations initiales et continues doivent être adaptées aux productions, aux sols, au climat, aux filières et aux contraintes propres à chaque territoire et donc « partir du terrain ». « Les pionniers, déjà nombreux, ont investi beaucoup de temps et d’énergie à se former par eux-mêmes et s’informer, à tester, échouer et recommencer », rappelle le manifeste dont les auteurs estiment que « les acteurs techniques accompagnant les agricultrices et agriculteurs » maîtrisent insuffisamment les compétences qu’ils ont acquis. Et de souligner que l’effort d’accompagnement en faveur des secteurs de la polyculture-élevage, des légumineuses, ou encore du maraîchage de petite surface doit être renforcé. 

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Agri2050 appelle aussi à repositionner les débats agricoles, environnementaux et sanitaires, « sur la rationalité et la science », « pour sortir des controverses idéologiques et poser des bases communes ».

Lire aussi : [VIDEO] Jean-Marc Jancovici et les éleveurs : comment réagissent-ils à son plan de décarbonation ?

Redonner du poids aux agriculteurs, « maillon le plus faible dans la chaine de valeur »

Jugeant que les agriculteurs « sont le maillon faible dans la chaine de valeur », Agri2050 se montre sévère dans son manifeste par rapport à l’amont agricole « dont le prix des fournitures augmente très souvent plus fortement que le prix de vente de nos productions », et dénonce des effets d’aubaine avec des augmentations « corrélées à des aides et subventions octroyées à l’origine aux agriculteurs et agricultrices pour pouvoir s’équiper en matériel spécifique à la transition agricole ou s’approvisionner en intrants lorsque la conjoncture leur est particulièrement défavorable ». Le manifeste dénonce aussi le modèle basé sur les prix bas imposé par la grande distribution.

« Tous les acteurs de la chaine ont une responsabilité dans la transition […] », peut-on lire dans le manifeste qui souligne « qu’il devient absolument nécessaire de rééquilibrer un rapport de force » profondément « défavorable » aux agriculteurs, en renforçant par exemple les sanctions pour ceux qui ne respectent pas les règles du jeu, d’Egalim notamment.

Lire aussi : Agri2050 lancé avec Jean-Marc Jancovici le 29 novembre dans une ferme : quel est l’objectif de cette communauté ?

La France doit défendre en Europe « une agriculture plus exigeante, plus protectrice et mieux-disante »

« Prétendre que l’agriculture française peut rivaliser aujourd’hui avec des pays moins exigeants est un leurre. Entretenir cette illusion empêche de repenser le système et conduit à renoncer automatiquement à toute mesure qui nuirait à cette compétitivité », poursuit le manifeste. Agri2050 y affirme refuser « de renoncer aux normes sociales et environnementales françaises au nom de la compétitivité » et estime qu’en Europe « la France peut être force de proposition » et « contribuer à tirer l’Europe vers une agriculture plus exigeante, plus protectrice et mieux-disante à condition que ce cadre protège les agriculteurs qui s’engagent dans cette voie ».

Lire aussi : « Les agriculteurs français sont confrontés à une concurrence déloyale de la part d’autres pays » estiment plus de neuf Français sur dix

Les consommateurs ont aussi un rôle à jouer

Ce message est souvent relayé par Jean-Marc Jancovici, lui-même : les auteurs du manifeste estiment que les consommateurs, qui consacrent une part toujours plus faible de leurs budgets à l’alimentation, ont « évidemment un rôle à jouer ». Pour autant les politiques publiques, la restauration collective et la distribution doivent les y aider en rendant « une alimentation locale, durable et de qualité accessible au plus grand nombre ». 

Lire aussi : Jean-Marc Jancovici : « Les Français aiment les agriculteurs mais pas l’agriculture »

Enfin le manifeste se termine par « un discours plus politique », en affirmant que les « enjeux de transition sont encore trop globalement beaucoup trop absents » des lignes officielles des syndicats agricoles ou encore que le modèle économique des coopératives « doit évoluer pour prendre en compte des considérations de long terme, et favoriser l’évolution des pratiques de leurs adhérentes ».

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