Afin de s’adapter au changement climatique, le groupe coopératif Arterris et la start-up montpelliéraine GuaTecs ont mis en place une nouvelle culture en Occitanie : le guayule, un arbuste adapté aux conditions semi-désertiques producteur de latex naturel. Les premiers essais étant concluants, les deux partenaires souhaitent développer la filière.
Originaire du désert mexicain, le guayule est un petit arbuste qui produit naturellement un latex de haute qualité, identique à celui de l’hévéa, mais surtout non allergisant. C’est sur cette culture qu’ont décidé de miser le groupe coopératif Arterris et la start-up montpelliéraine GuaTecs en réponse aux défis climatiques et à la déprise agricole.
Une première parcelle expérimentale de 0,5 hectare
En 2023, GuaTecs, une start-up montpelliéraine spécialisée dans la production de caoutchouc naturel à partir de latex de guayule, recherche des partenaires agricoles pour tester la culture en conditions réelles avant son déploiement industriel. Arterris Innovation répond à l'appel et implante, dès 2024, une première parcelle expérimentale d’un demi hectare dans sa ferme expérimentale de Bonanza, à Alzonne (Aude).
Les résultats expérimentaux étant encourageants, Arterreis va planter 3,2 hectares supplémentaires
Plusieurs objectifs s’imposaient alors : vérifier l'adaptation de la plante aux conditions pédoclimatiques du Sud et du Sud-Ouest de la France, tester les itinéraires culturaux et étudier les solutions de mécanisation de la récolte. Cette dernière constitue en effet l'un des principaux enjeux techniques de la filière. Le guayule doit être travaillé en usine dans des délais courts après la récolte, afin de ne pas pénaliser l’extraction du latex. Les premiers résultats étant encourageants, Arterris Innovation a accepté, à la demande de GuaTecs, de planter 3,2 hectares supplémentaires.
Il faut dire que, particulièrement adapté aux environnements semi-arides, le guayule présente une caractéristique remarquable : plus la plante est soumise au stress thermique et hydrique, plus elle maximise sa teneur en polyisoprène, le composant naturel du latex. Exploitable pendant environ huit ans, le guayule peut faire l'objet de plusieurs récoltes espacées de deux ans avant que la plante ne s'épuise. Il s'accommode de sols pauvres, calcaires ou caillouteux et ne connaît, à ce jour et dans la région, ni ravageurs ni maladies.
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Au-delà de la structuration de la production agricole, GuaTecs ambitionne de bâtir une véritable filière industrielle française du guayule pour répondre aux besoins de certains marchés de niche à forte valeur ajoutée (médical, luxe, cosmétique, certaines branches du transport…), aujourd'hui fortement dépendants du latex d'hévéa importé d'Asie. La prochaine étape consistera à passer à l'échelle démonstrateur avant l’industrialisation. Pour financer cette montée en puissance, la start-up recherche actuellement des investisseurs afin de réunir une enveloppe de 3 millions d'euros en fonds propres, auquel s’ajouteront des aides publiques.
Plusieurs dizaines de milliers d’hectares seront nécessaires si la filière se développe
D’ici cinq ans, GuaTecs ambitionne de produire 10 000 tonnes de polyisoprène par an, soit près de 10 % du marché européen, grâce au développement de plusieurs dizaines de milliers d’hectares de guayule.
L'Espagne est actuellement en train de construire une filière similaire autour du guayule
« L'Espagne est actuellement en train de construire une filière similaire autour du guayule, ce qui montre qu'il existe une véritable volonté de souveraineté européenne sur ce sujet. Le latex de guayule a par ailleurs été labellisée par la Fondation Solar Impulse, qui favorise le déploiement de solutions à la fois propres et rentables. Cette reconnaissance vient également conforter notre démarche », souligne Michel Dorget, président de GuaTecs.