Après un été particulièrement sec, l’activité biologique des sols a fortement ralenti et les résidus de culture se sont peu dégradés. Lors du retour des pluies, la reprise de la minéralisation pourrait être rapide et modifier la disponibilité de l’azote. Une situation à prendre en compte pour le pilotage de la fertilisation du colza et des céréales semées à l’automne.
La sécheresse prolongée de l’été 2026 a ralenti le fonctionnement biologique des sols. « Les micro-organismes responsables de la minéralisation de la matière organique voient leur activité fortement impactée », explique Romain Tscheiller, ingénieur gestion durable des sols chez Arvalis.
Les températures élevées sont plutôt favorables à la minéralisation. « Le taux de minéralisation est multiplié par trois tous les dix degrés, précise Thibaut Déplanche, directeur de Célesta-lab. Mais le manque d’humidité devient progressivement limitant lorsque la sécheresse se prolonge. » Ainsi cette année, « le sol s’est mis en pause beaucoup plus tôt que d’habitude », indique Matthieu Archambeaud, président d’Icosystème. Cela ne signifie pas pour autant que la matière organique a été détruite, car des températures très élevées à la surface du sol n’ont pas d’impact sur celle-ci. La matière organique présente dans les sols avant l’été est restée en l’état.
L’été sec a aussi retardé la dégradation des résidus de récolte. Même si un déchaumage a été effectué, le manque d’eau est resté limitant. « Il n’y a pas eu de dégradation des pailles par le sol, car il faut de l’eau, de l’oxygène et de la chaleur pour que ça se décompose », rappelle Thibaut Déplanche. Avec leur rapport C/N élevé, les pailles mobilisent de l’azote minéral lors de leur décomposition. La présence de reliquats azotés dans le sol peut donc favoriser leur dégradation. À l’inverse, si le reliquat est faible ou si l’automne est froid ou très sec, la décomposition des pailles peut être pénalisée, explique Romain Tscheiller.
Des reliquats d’azote potentiellement élevés
Une autre conséquence de la sécheresse concerne l’azote apporté à la culture précédente, dont une partie a pu rester dans le sol faute d’avoir été absorbée. « La sécheresse est arrivée tôt, rappelle Romain Tscheiller. Sur certaines parcelles, les apports printaniers ont pu être insuffisamment valorisés par une culture dont la croissance était au ralenti. En conséquence, on aura parfois des reliquats assez élevés qui n’ont pas bougé pendant l’été. »
La situation sera toutefois très variable selon les parcelles et évoluera avec la météo automnale. Lors de la réhumectation, la reprise de l’activité biologique peut être rapide, puisque l’inertie des sols fait qu’ils vont rester chauds longtemps. Thibaut Déplanche parle d’un « flash de minéralisation ». Le phénomène peut être particulièrement marqué si les pluies reviennent brutalement après une longue période sèche, précise Matthieu Archambeaud.
Son ampleur et ses conséquences sur la disponibilité de l’azote restent difficiles à prévoir. « Avec le retour de l’humidité dans les sols, comme ils sont très chauds, ce qui se passe sur trois ou quatre mois va se concentrer sur un mois, dans le bon comme dans le mauvais : libération ou immobilisation d’azote », explique Thibaut Déplanche. Tout va dépendre du rapport C/N des matières organiques présentes dans le sol. « Un C/N bas favorise une libération d’azote lors de la minéralisation. À l’inverse, la décomposition de matières à C/N élevé peut entraîner une immobilisation temporaire de l’azote par les micro-organismes. Ce qui compte, c’est donc la présence de matière organique à C/N bas. »
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Colza et couverts mieux placés pour capter l’azote
La libération d’azote liée à la reprise de l’activité biologique ne correspond pas nécessairement au moment où les cultures en ont le plus besoin. « S’il y a du colza qui valorise bien tous les excès d’azote ou des couverts végétaux, il sera utilisé. Mais en sol nu ou avec un semis de blé, il peut y avoir des pertes importantes d’azote », prévient Thibaut Déplanche. Cette situation pourrait être favorable à la réussite des couverts d’intercultures longues. Le devenir de l’azote dépendra largement de la météo. « Si l’automne est sec, une partie de ce reliquat peut tout à fait être valorisable en sortie d’hiver. Si l’automne est pluvieux, il peut être perdu, résume Romain Tscheiller. Tout dépendra de la dynamique dans le sol pendant l’automne, si l’azote est remobilisé par le sol ou non. »
Difficile de définir un impact général de la sécheresse. Elle ne modifie pas fondamentalement le potentiel de minéralisation propre à chaque sol, mais elle modifie le moment où le phénomène s’exprime. Pour Thibaut Déplanche, la première question à se poser reste : « Quelle est la minéralisation naturelle de mon sol en conditions normales ? » Malgré le caractère exceptionnel de l’été, « le sol reste dans la même gamme de minéralisation ». Les éléments limitants à la minéralisation seront l’eau, si la sécheresse se prolonge et/ou les températures basses à l’approche de l’hiver.
Dans ce contexte variable, des analyses de sol seront utiles pour connaître la quantité d’azote disponible. Thibaut Déplanche recommande de réaliser les prélèvements lorsque « les sols ont été réhumectés depuis au moins deux semaines », afin que les processus biologiques aient redémarré. Romain Tscheiller considère qu’il sera ensuite indispensable d’utiliser des outils de pilotage de la fertilisation des cultures (reliquats sortie hiver, plan de fumure, OAD…) pour adapter les apports. La disponibilité de l’azote dépendra à la fois des reliquats laissés par la campagne précédente, de la reprise de la minéralisation et des conditions pluviométriques de l’automne.
Sols argileux : attention au retour des pluies
En se desséchant, les sols riches en argile se rétractent et peuvent se fissurer profondément. Lors de pluies fortes, ces fissures créent des voies de circulation préférentielles : l’eau peut descendre rapidement dans le profil sans réhumidifier uniformément les horizons supérieurs et favorisant les transferts de nitrates en profondeur, explique Romain Tscheiller d’Arvalis. Avec des pluies progressives, les argiles ont davantage le temps de se réhydrater. Cette fissuration crée aussi de la porosité, potentiellement favorable à l’enracinement de la culture suivante.
Matthieu Archambeaud d’Icosystème appelle donc à la prudence : « Il faut faire attention à ne pas trop travailler les sols argileux, où la rétraction des argiles pendant la période de sécheresse a permis une restructuration du sol en profondeur, car il y a un risque de descendre de la terre fine très profondément. » Le phénomène peut également concerner certains limons argileux.