Réunis à Cahors sur les terres du rocamadour, le Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol) observe une stabilisation de la production des fromages de chèvre AOP après plusieurs années de baisse. Mais confrontés aux conséquences de la sécheresse et aux menaces qui pèsent sur le lait cru, les fromages sous appellation appellent les consommateurs à les soutenir.
Après plusieurs années de recul, les fromages AOP au lait de chèvre semblent avoir retrouvé un point d’équilibre. En 2025, 6 459 tonnes ont été commercialisées, soit un volume quasiment stable par rapport aux 6 442 tonnes de 2024. Sur dix ans, le bilan reste toutefois négatif, avec un recul de 4 %.
Des dynamiques très contrastées
Derrière cette stabilisation globale, les situations diffèrent fortement selon les appellations. Certaines filières retrouvent une dynamique positive. Le mâconnais progresse de 21 % en 2025, le banon de 14 % et le charolais de 8 %. Première appellation caprine, le sainte-maure de Touraine progresse de 5 % avec 1 925 tonnes produites en 2025. Deuxième appellation caprine en volume, le rocamadour, qui accueillait le congrès du Cnaol à Cahors les 24 et 25 septembre dernier à l’occasion des 30 ans de son AOP, reste quasiment stable à 1 244 tonnes, contre 1 261 tonnes en 2024.
À l’inverse, plusieurs appellations continuent de perdre du terrain. Le chevrotin recule de 16 %, le chabichou du Poitou de 13 %, le valençay de 7 % et le pouligny-saint-pierre de 6 %. (voir tableau ci-dessous)
Le lait cru, un enjeu majeur
Au-delà des volumes, les appellations caprines sont directement concernées par les débats autour du lait cru puisque 100 % des AOP au lait de chèvre sont fabriquées au lait cru.
Lire aussi : Fromages au lait cru : Le Cnaol, la Fnec et la FNPL appellent à un plan de sauvegarde national
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Pour le Cnaol, le lait cru constitue bien davantage qu'un mode de fabrication. « Il participe à l’expression des terroirs, à la diversité des goûts et aux savoir-faire qui font la singularité des fromages AOP », rappelle le Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol) dans un communiqué du 28 septembre. Mais la filière attend toujours un signal politique fort pour accompagner le plan de plan de sauvegarde du lait cru. La dernière initiative consiste à inscrire la fabrication des fromages au lait cru dans l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
La sécheresse fragilise les élevages
Autre sujet de préoccupation partagé à Cahors : les conséquences de la sécheresse et des épisodes de fortes chaleurs. Le manque de ressources fourragères et les difficultés à maintenir l'autonomie alimentaire des élevages mettent sous tension les systèmes de production. Or le principe même des indications géographiques repose sur le lien entre un produit, un territoire, des ressources locales et des savoir-faire.
Face à cette situation, 38 des 65 AOP et IGP laitières envisagent de demander une modification temporaire de leur cahier des charges. Le Cnaol précise que ces demandes sont pour beaucoup préventives et qu'elles ne seront pas nécessairement utilisées par toutes les exploitations concernées. L'objectif affiché est d'adapter temporairement les pratiques aux nouvelles contraintes climatiques sans renoncer à ce qui fonde l'identité des appellations.
« Continuez à vous faire plaisir avec nos produits »
Les AOP bénéficient d’un capital de confiance très solide puisque 80 % des Français ont une bonne voire une très bonne confiance vis-à-vis du label AOP. Dans ce contexte, les fromages sous appellation rappellent l’enjeu du maintien de la consommation. « Nous avons besoin des consommateurs, avertit Hubert Dubien, président du Cnaol. Continuer à choisir un fromage, un beurre ou une crème AOP ou IGP, c’est permettre à des producteurs et à des entreprises de continuer à les fabriquer, et à des savoir-faire profondément liés à nos territoires de continuer à vivre. »
57 millions de litres de lait de chèvre, soit 11,5 % de la collecte française, ont servi à la fabrication de fromages de chèvre en 2025
| Fromage AOP | Volume 2025 (tonnes) | Évolution 2025/2024 | Évolution 2025/2015 |
| Banon | 84 | 14% | 12% |
| Chabichou du Poitou | 164 | −13 % | −59 % |
| Charolais | 96 | 8% | 52% |
| Chavignol | 661 | 1% | −15 % |
| Chevrotin | 69 | −16 % | 5% |
| Mâconnais | 63 | 21% | −16 % |
| Pélardon | 249 | −2 % | 11% |
| Picodon | 447 | 2% | −8 % |
| Pouligny-Saint-Pierre | 143 | −6 % | −51 % |
| Rigotte de Condrieu | 33 | 2% | −65 % |
| Rocamadour | 1 244 | −1 % | 5% |
| Sainte-Maure de Touraine | 1 925 | 5% | 20% |
| Selles-sur-Cher | 987 | −3 % | −2 % |
| Valençay | 278 | −7 % | −24 % |
| TOTAL | 6 459 | ≈ 0 % | −4 % |