Les bons plans pour optimiser le coût d’un bâtiment en élevage laitier

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La réduction des hauteurs de murs dans la partie logement et traite est une importante source d’économies. Crédits : © F. Mechekour

Un temps de réflexion suffisant, plusieurs devis mais pas trop, de la maçonnerie sans excès, un recours modéré à l’autoconstruction, du conseil indépendant, des visites d’élevages sont autant de leviers efficaces pour ne pas voir son budget final déraper.

Prendre le temps de mûrir son projet, se faire aider par des conseillers indépendants, visiter des élevages, étudier poste par poste toutes les sources d’économies mais sans rogner sur l’indispensable (le confort des animaux, l’organisation du travail…), faire marcher la concurrence, être clair sur ce que vous pouvez investir sans mettre les finances de l’exploitation dans le rouge… Plusieurs conseillers en bâtiment font le point sur les leviers qui permettent d’aboutir à un bâtiment qui répond à vos attentes et au budget que vous vous étiez fixé.

Prendre le temps de mûrir son projet

 

 
L’extension d’un bâtiment peut parfois coûter presque aussi cher que du neuf. D’où l’intérêt de bien se faire accompagner en bâtissant son projet à partir de ...
L’extension d’un bâtiment peut parfois coûter presque aussi cher que du neuf. D’où l’intérêt de bien se faire accompagner en bâtissant son projet à partir de ce que l’on peut investir. © F. Mechekour

Neuf, aménagement de l’existant, autoconstruction… Il faut étudier les différentes solutions en tenant compte de l’évolution possible de l’effectif de vaches, du système d’élevage, de la place disponible, mais aussi de son impact sur le coût de fonctionnement (électricité, eau, achat de paille…). « Il arrive que des éleveurs demandent des devis sans être complètement au clair sur ce qu’ils veulent. Or, il faut prendre le temps de faire des visites d’élevages et d’envisager plusieurs hypothèses, de laisser mûrir le projet », expose Dominique Lagel, du BTPL. Cela permet ensuite d’élaborer un plan plus précis qui correspond à ses attentes, d’estimer le coût et d’éviter les surcoûts ultérieurs. « Il faut prendre le temps de vérifier que le coût entre dans le budget que l’on s’est fixé avant de demander des devis. Si ce n’est pas le cas, le plan du bâtiment doit être réajusté. »

Le conseiller du BTPL met également en garde contre la tentation d’aller trop vite pour obtenir des subventions pour une échéance arrêtée. « C’est très dangereux de fonctionner comme ça. Toutes les personnes impliquées dans le projet, éleveurs compris, vont perdre du temps parce que vous allez présenter un projet inabouti pour obtenir des subventions. Et les modifications ultérieures sont quasi inévitables. »

Être accompagné par des conseillers indépendants

 

 
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Bertrand Fagoo, de l’Idele. « Il faut se faire accompagner par un conseiller indépendant pour avoir un projet adapté à ses besoins et bénéficier d'un œil extérieur. » © Idele

« L’accompagnement par des conseillers indépendants est indispensable pour réaliser une étude économique précise et fiable. Un chiffrage détaillé à partir d’un plan précis permet ensuite de réaliser des devis sur les mêmes bases et de réduire la part des aléas », souligne Tanguy Morel, de l’Idele. L’accompagnement est d’autant plus nécessaire qu’il n’existe pas de modèle standard. Chaque projet est unique. « Parfois l’extension d’un bâtiment peut coûter presque aussi cher que du neuf. D’où l’intérêt de bien se faire accompagner en partant de ce que l’on peut investir », expose à titre d’exemple Pierrick Eouzan, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de Bretagne.

Demander deux ou trois devis, pas plus

Pierrick Eouzan préconise de demander deux ou trois devis. « Au-delà, vous n’avez plus forcément assez de temps pour bien comparer les devis parce que cela prend beaucoup de temps. La comparaison est parfois impossible. Le devis est présenté différemment, avec plus ou moins de translucides, des hauteurs de murs différentes, des sections de charpentes différentes, etc. D’où l’intérêt de réaliser un plan précis avec le plus de détail possible pour éviter les imprécisions. »

Le temp dans la signature des devis a également son importance. Dominique Lagel conseille de ne pas les signer au fur et à mesure. « Les entreprises poussent parfois à signer un devis avant une certaine date. Mais il faut signer les devis en ayant une vision précise de tous les postes en même temps. Cela permet de vérifier que l’on ne dérape pas côté budget. » Pour la même raison, lors de la phase de réalisation des travaux, il faut s’imposer du temps pour suivre les factures au fur et à mesure qu’elles arrivent et comparer par rapport au devis et au budget global.

L’autoconstruction n’est pas toujours économique

 

 
L'autoconstruction a ses limites en termes de sécurité, notamment pour les travaux en hauteur, et de charge de travail.
L'autoconstruction a ses limites en termes de sécurité, notamment pour les travaux en hauteur, et de charge de travail. © F. Mechekour

« C’est un moyen fréquemment utilisé pour réduire les coûts mais qui n’est que très partiel : maçonnerie, bardages, pose des tubulaires… », indique Tanguy Morel. « Attention aussi à bien évaluer en amont la charge de travail et l’organisation avec le quotidien et le travail saisonnier. » Quand vous êtes débordés, le suivi du troupeau en pâtit. L’autoconstruction devient alors une fausse économie.

« Je le déconseille fortement aux éleveurs pour la charpente à cause des risques de chute. Ils ne sont pas aussi bien équipés que les artisans. Cela demande plus de savoir-faire que de la maçonnerie et peut poser des problèmes au niveau de la garantie décennale », souligne Pierrick Eouzan.

Optimiser les caractéristiques du bâtiment

Lorsque la capacité du bâtiment a été bien définie, plusieurs solutions plus ou moins chères sont possibles. « Dès que vous dépassez 17 mètres de portée, un bâtiment coûte plus cher au mètre carré. Il vaut mieux parfois faire deux ou trois bâtiments bipentes de 12 à 15 mètres de largeur plutôt qu’un seul de plus de 30 mètres de large. Cela se réfléchit en amont », prévient Pierrick Eouzan. Idem pour l’installation de filets brise-vent. « Vous pouvez dans un premier temps ne pas en mettre et voir comment cela fonctionne pendant un hiver. » Avec un coût de 100 à 120 €/m2, l’économie peut être conséquente.

Prévoir moins de bâtiments

 

 
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Tanguy Morel, de l’Idele. « Ouvrir les bâtiments permet de réaliser des économies non négligeables tout en conservant, voire en améliorant, l'ambiance. » © Idele

Plusieurs pistes permettent de limiter les besoins en bâtiment. « La solution extrême étant un système de logement presque à 100 % extérieur comme on peut le voir dans certains pays orientés maxi-pâturage où le bâtiment se limite à un bloc traite et des locaux d’isolement », décrit Bertrand Fagoo, de l’Idele. « Cette solution demande beaucoup de surface sans trop charger en animaux pour limiter la dégradation des sols et la pollution des eaux. Et, même si la vache n’est pas sensible au froid, comment abriter les animaux à l’abri de l’humidité en hiver et du soleil en été ? Ce concept est encore marginal », conclut-il.

Une autre solution consiste à couvrir uniquement les zones de couchage et d’alimentation. L’aire d’exercice n’est pas couverte et les eaux souillées sont traitées. « Ce système existe déjà. Le bémol sera la protection des animaux du rayonnement solaire en période chaude. »

Une troisième possibilité, la plus courante, revient à construire des bâtiments plus ouverts avec moins de murs, bardages et portes. Cette piste est à explorer au cas par cas. « Le réchauffement climatique nous aide à ouvrir davantage en acceptant un peu moins de confort pour les travailleurs à certaines périodes », souligne Bertrand Fagoo. Concernant les jeunes animaux, loger les veaux à l’extérieur en igloo plutôt qu’en nurserie offre une autre possibilité de réduire la part de bâtiments construits.

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Réduire les surfaces en mur

 

 
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Pierrick Eouzan, chambre d’agriculture de Bretagne. « La réduction des hauteurs de murs dans la partie traite et logement est une grosse source d’économies dans un projet bâtiment. » © F. Mechekour

Pour Pierrick Eouzan, la réduction des hauteurs des murs pour la partie traite et le logement est une importante source d’économies dans un projet bâtiment. « Réduire les surfaces en murs va dans le bon sens parce que les murs coûtent cher. Ils ont peu d’intérêt et limitent la bonne ventilation du bâtiment. C’est pour cela qu’aujourd’hui, on voit de plus en plus de bâtiments sans maçonnerie ni filet. Juste un toit. »

Optimiser le terrassement

L’un des moyens pour y parvenir est de limiter autant que possible les accès aux différents bâtiments sur un site. « Il faut réaliser des bons accès pour qu’ils tiennent dans le temps », prévient Pierrick Eouzan. Concrètement, le conseiller bâtiment propose d’enlever de la terre végétale sur 30 à 40 cm puis de réempierrier avec du 0/100 sur 30 à 40 cm. Puis de finir avec de l’empierrement plus fin en surface. « Pour une meilleure tenue dans le temps, une pente sur les accès est impératif. »

L’optimisation du terrassement rime également avec bon positionnement du bâtiment en tenant compte des caractéristiques naturelles du site. « Quand le terrain est très pentu, il faut se poser la question de savoir si c’est bien judicieux de le mettre à cet endroit-là. Le remblai coûte cher et engendre un surcoût de maçonnerie pour faire des fondations. » Une construction en déblai remblai est un bon compromis.

Acheter des équipements d’occasion

L’achat de tubulaires et de salle de traite ou robot d’occasion est potentiellement source d’économies. « Il faut demander les résultats des Optitraites et les factures d’entretien comme pour une voiture », prévient Bertrand Fagoo. Autre limite de l’occasion : les robots de traite plus récents sont plus performants et consomment moins d’énergie.

Prendre en compte le coût de fonctionnement

Le coût de fonctionnement lié à la consommation d’eau, d’électricité, de paille, au coût d’épandage, etc. est un paramètre à ne pas négliger. Il est parfois plus économique d’investir plus au départ pour réduire les coûts de fonctionnement. « L’aire de couchage libre sur paille ou miscanthus peut s’avérer intéressante en termes d’investissements, mais désavantageuse si l’on doit acheter chaque année une quantité importante de matériaux de litière », expose à titre d’exemple Tanguy Morel, de l'Idele.

Le système lisier est plus économe que les logettes paillées

« Un système bâtiment lisier coûte moins cher qu’un système logette paillée parce qu’il n’y a qu’une grande fosse à faire. Avec les logettes paillées, il faut construire une fumière et une fosse », indique Pierrick Eouzan, conseiller bâtiment à la chambre d’agriculture de Bretagne. « En système lisier, il faut limiter le nombre de pompes de transfert. Ces dernières coûtent entre 8 000 et 10 000 € HT auxquels il faut ajouter le coût de fonctionnement lié à l’électricité et la maintenance. »

Le saviez-vous ?

« Il y a eu beaucoup de déboires avec les sols en enrobé car c’est difficile à bien réaliser. Si ce n’est pas bien fait, l’enrobé ne dure pas dans le temps », prévient Pierrick Eouzan. « En revanche pour les silos, cela peut éventuellement être une source d’économie. »

Charpente en bois ou métallique ?

Sans devis précis, il est impossible de savoir quelle solution sera la plus économique. Le coût varie selon les régions, les cours des matériaux et les charpentiers.

 

 
Charpente en bois ou métal, pour choisir il faut analyser au cas par cas, selon les régions, les projets et les constructeurs, plus que par type de concept.
Charpente en bois ou métal, pour choisir il faut analyser au cas par cas, selon les régions, les projets et les constructeurs, plus que par type de concept. © F. Mechekour

« Certains charpentiers veulent absolument travailler le bois ou vice versa. Dans ce cas, il propose un devis adapté à ce qu’il préfère faire », souligne Pierrick Eouzan, de la chambre d’agriculture de Bretagne. « Il n’existe pas de solutions miracles selon le type de structure. Il faut analyser au cas par cas, selon les régions, les projets et les constructeurs plus que par type de concept », expose Tanguy Morel, de l’Idele.

Des surcoûts en maçonneries avec l’option métallique

Les dimensions du bâtiment, en particulier sa largeur, peuvent cependant peser dans la balance. « Lorsqu’un bâtiment fait moins de 17 mètres de large, le bois reste compétitif. Entre 15 et 20 mètres, une charpente métallique peut parfois être plus économique. Mais cela peut varier selon les régions », indique Pierrick Eouzan.

Par ailleurs, une charpente métallique engendre des surcoûts en maçonnerie parce qu’elle requiert des fondations plus fortes. « Les deux ou trois euros que vous allez gagner par mètre carré de charpente pourront être largement dépassés en maçonnerie. »

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