Le sevrage sur place booste la croissance des porcelets

- - 6 min
Un point à ne pas négliger : la portance des sols ! Avec un poids de sortie supérieur à 30 kg et parfois 15 porcelets, le poids au m² devient important. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Les consignes de température varient de 22 à 25,5 °C en présence des truies, puis à leur départ, un système d’ailettes à eau chaude permet de chauffer l’ambiance à 28 °C, pour redescendre progressivement à 23 °C. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Benjamin Lefeuvre, le responsable de l’élevage de Ker Angel « Le sevrage sur place permet d’obtenir de très bons résultats de croissance, tout en supprimant un lavage et un transfert d’animaux.» Crédits : © Reussir
L’aliment biscuit, puis le premier âge sont distribués dans des augettes. Ce n’est qu’à trois semaines de vie que les nourrisseurs sont installés dans les cases. L’élevage dispose de deux jeux de nourrisseurs pour trois salles, nécessitant une manipulation toutes les cinq semaines. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Les 180 cases de maternité avec sevrage sur place de la Ferme de Ker Angel mesure 7 m² (2,65 m x 2,65 m). Elles offrent 0,5 m² par porcelet à 14 animaux par case en post-sevrage. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Certaines barres antiécrasement sont trop étroites ou trop proches des cloisons et ne protègent pas correctement les porcelets. Sur la photo, tous les points à risque ont été sécurisés grâce à des dispositifs adaptés. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Des cloisons hautes (75 cm) sont nécessaires pour éviter que les porcelets sevrés ne s’échappent. Du barreaudage, permettant aux truies de se voir entres elles et d’améliorer la perspective dans les salles auraient été un vrai plus. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Aucune circulation entre les rangées de cases, pas de couloir avant, un accès limité à l’arrière des truies, pas de passage d’homme entre les cases et des portillons trop hauts : autant de contraintes qui rendent chaque intervention plus physique et chronophage. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne
Le responsable du site regrette l’installation d’une pipette dans l’auge des truies, souvent remplies d’eau par les truies ou les porcelets qui jouent. Pour limiter le problème, un trou a été percé, permettant à l’eau de s’évacuer. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne

Dans les Côtes d'Armor, Benjamin Lefeuvre, responsable de l’élevage de Ker Angel, estime que le sevrage sur place favorise la croissance des porcelets et réduit la charge de travail. Il souligne l’importance d’un chauffage et d’une alimentation performants pour les truies et les porcelets.

Pas de doute, les résultats techniques sont-là. Après plus de quatre années de fonctionnement, les 180 places de maternité avec sevrage sur place réparties dans trois salles de l’élevage de Ker Angel ont fait leurs preuves.

Benjamin Lefeuvre, le responsable de l’élevage de Ker Angel appartenant à Laurent Dartois, éleveur à Guitté (Côtes d’Armor), a accepté de dresser un bilan de cette conduite, encore atypique aujourd’hui, bien que déjà pratiquée par le passé. Il reconnaît de réels avantages au sevrage sur place : « Cette conduite permet d’obtenir de très bons résultats de croissance, tout en supprimant un lavage et un transfert d’animaux. Le sevrage est plus facile, les porcelets sont moins stressés ». En effet, les résultats GTE parlent d’eux-mêmes, avec un GMQ technique 8-30 kg de 533 grammes par jour, associé à un faible taux de pertes (1,1 %). « Nous avons un excellent démarrage dans la phase de post-sevrage. Les porcelets grandissent particulièrement bien et entrent en engraissement autour des 70 jours d’âge à un poids moyen de 31 kg », indique Benjamin.

Un poids élevé à la mise à l’engraissement

La taille des cases de maternité a été conçue pour offrir 0,5 m² par porcelet à 14 animaux par case, soit bien plus que ce que demande la réglementation à 30 kg. « Au sevrage, les tubulaires sont remontés, permettant de libérer tout l’espace pour les porcelets. Cette opération est simple et peu physique ». Jusqu’à la mise à l’engraissement, les porcelets ne changent pas d’environnement, pas de sanitaire et pas de congénères. Au sevrage, ils savent déjà où manger et boire. « Le sevrage sur place facilite la gestion des porcs à queues longues en réduisant le stress associé au sevrage. Ce comportement reste difficile à canaliser. Mais avec l’expérience, on s’améliore progressivement », précise-t-il.

Maîtriser le chauffage d’ambiance et des porcelets

La réussite de cette conduite passe aussi par une maîtrise fine de la température dans les salles. « Il faut trouver un équilibre entre chauffage localisé et chauffage d’ambiance », souligne Benjamin. « Ce dernier me semble nécessaire pour la phase de post-sevrage ». Des tubes à ailette sont d’ailleurs installés au-dessus de chaque rangée de cases. Des plaques chauffantes électriques amovibles avaient été initialement prévues pour renforcer le confort des porcelets pendant la phase de maternité. « Elles demandaient trop de manipulations, n’étaient pas régulées et se salissaient rapidement, ce qui les rendait difficiles à gérer. Nous avons donc cessé de les utiliser », explique-t-il. Elles ont été remplacées par une lampe chauffante installée dans les cases jusqu’au jour suivant le sevrage. " "J’aurais apprécié l’installation de grandes niches pour les porcelets. Mais l’implantation des nourrisseurs aurait posé problème". Aujourd’hui, l’ambiance dans les salles est jugée très bonne. Le système de ventilation – poteaux suisses Exatop d’I-Tek avec extraction basse – est bien dimensionné et modulable. "Mais les consignes et les réglages doivent être précis pour garantir son efficacité". L’éleveur souligne également que les cases sont très sales en fin de cycle. « Il me faut cinq heures pour nettoyer vingt cases », détaille-t-il. Autre point à ne pas négliger : la charge sanitaire est plus élevée en sevrage sur place. « Il faut vraiment appliquer un protocole de lavage et de désinfection soigné, du sol au plafond, dessus – dessous les caillebotis », insiste-t-il. Un vide sanitaire de trois semaines est appliqué.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

sécurité
Suivi
Suivre
démarrage
Suivi
Suivre

Un système d’alimentation pour les truies et les porcelets

Côté alimentation, un multiphase alimente avec un même circuit les doseurs des truies et les nourrisseurs des porcelets. « Si le budget le permet, le multiphase est très intéressant. Il permet une alimentation à la carte : je peux envoyer de l’aliment 1er âge dans une case de petits et passer au 2e âge dans celle d’à côté », explique Benjamin. Avant de préciser : « l’idée d’utiliser un nourrisoupe ne me déplairait pas. Il faut cependant rester vigilant sur l’hygiène et le gaspillage ». Les nourrisseurs de 65 cm de large (soit 4,6 cm/porc dans des cases de 14 porcelets), restent « un peu justes » selon lui. Malgré les contraintes techniques et économiques associées, le sevrage sur place l’a séduit par sa simplicité et ses performances. « Concevoir des cases maternité à double usage implique forcément des compromis. Mais il faut rester vigilant sur les conséquences pour le travail quotidien », conclut Benjamin Lefeuvre.

Claire Walbecque, [email protected]

Chambre d’agriculture de Bretagne

Fiche élevage

Ferme de Ker Angel à Guitté (Côtes d'Armor)

300 truies naisseur engraisseur
Conduite en quatre bandes, sevrage à 28 jours
Bâtiment truies sous air filtré
Trois salles de maternité liberté avec sevrage sur place (au lieu d’une maternité et deux post-sevrages).
Alimentation multiphase
Mâles entiers Engraissement sur paille
Génétique Axiom
5 UTH

« Le sevrage sur place, un choix technique qui ne s’improvise pas »

Claire Walbecque, Chambre d’agriculture de Bretagne

"Le sevrage sur place en maternité a de quoi séduire, grâce notamment à de meilleures performances et moins de travail qu’une maternité classique. Mais il nécessite une conception ergonomique et une conduite d’élevage rigoureuse, tout en gardant un œil sur l’équation économique. Le coût des places bien supérieur en maternité freine les investissements. Il semble tout de même opportun de se poser la question quand maternités et post-sevrages sont à reconstruire. Aménager des maternités liberté est déjà un défi : il faut trouver le juste équilibre entre confort de travail, critères de performance, bien-être des truies et sécurité des porcelets. Il faut aussi répondre aux besoins spécifiques des porcelets sevrés. Une étude est en cours à la Chambre d’agriculture de Bretagne pour évaluer l’intérêt et les contraintes technico-économiques associées à cette pratique. Mais si je devais aujourd’hui choisir trois principaux critères à ne pas négliger côté conception, je dirais les conditions de travail (interventions mise bas, soins des porcelets, surveillance quotidienne, suivi des auges, …), la gestion d’une double, voire triple ambiance (truie, porcelets non sevrés, puis sevrés), et un système d’alimentation modulable avec une place à l’auge confortable."

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires