Joli coup, pensait-on... Le 30 novembre 2006, l’Inao donnait un avis favorable au nouveau décret de l’AOC cantal. Quelques jours plus tard, Lactalis lançait sur toutes les grandes chaînes de télévision une campagne de publicité pour son nouveau cantal Président. “Pur hasard !”, rectifie Bruno Clouet, responsable de la filière Auvergne de la division AOC du groupe Lactalis. C’est en fait en avril 2006 que le site de la Société fromagère de Riom-ès-Montagnes a démarré la mise en barquettes du cantal Président au terme d’une démarche lancée il y a déjà quatre ans. Les mois suivants ont été mis à profit pour installer le produit dans les rayons, et ce n’est qu’en décembre que la campagne de promotion a été lancée “car c’est une période traditionnellement favorable pour la vente des fromages”, explique M. Clouet. Quoi qu’il en soit, après le comté en 2002, le cantal est la première AOC fromagère d’Auvergne à accéder à cette prestigieuse marque d’entreprise, et à bénéficier des puissants moyens que met en œu-vre le premier groupe fromager européen pour la promouvoir. Un entre-deux affiné quatre mois
Le “cantal Président” se présente sous la forme d’une portion de 200
grammes emballée dans une barquette rigide destinée aux rayons
libre-service des grandes surfaces. Il s’agit d’un cantal entre-deux
affiné quatre mois (le nouveau décret de l’AOC prévoit trois mois
minimum pour l’entre-deux) et fabriqué au lait pasteurisé (le nouveau
décret permettant des fabrications soit au lait cru, soit au lait
traité thermiquement), avec une DLUO (date limite d’utilisation
optimale) de 40 jours. “Cela fait plus de deux ans que nous menons un
gros travail de recherche-développement pour mettre au point un
emballage spécifique, qui permette de conserver le cantal. Ce qui n’est
pas facile, notamment parce que sa croûte est vivante et doit le
rester”, explique Didier Larroucau, nouveau directeur de la Société
fromagère de Riom-ès-Montagnes, la seule usine du groupe Lactalis à
produire du cantal AOC. Parallèlement, l’entreprise s’est appliquée
pendant de longs mois à définir un produit “qui soit de qualité, et
surtout régulier”. “Si Président s’est intéressé à nous, c’est parce
que nous avons mené un travail qualitatif sur un cantal entre-deux,
dont nous avons développé la production à partir de 1991, alors que le
site de Riom fabriquait surtout du cantal jeune jusque-là”, complète
Bruno Clouet. “Nous nous appuyons sur les résultats du gradage. Sur
cette base, nous réalisons des analyses physico-chimiques et des tests
de dégustation qui permettent de sélectionner les lots qui feront du
cantal Président”, précise Didier Larroucau. Une chaîne spécifique de
découpe et de conditionnement a été installée sur le site de
Riom-ès-Montagnes, qui conditionne aujourd’hui plus de 60 % de ses
produits en frais-emballé ou en barquettes pour le libre-service. Élargir la zone de consommation
“Si nous investissons dans le conditionnement, c’est parce que les
modes de distribution évoluent. Les rayons “coupe” des grandes surfaces
perdent des clients, et ferment carrément parfois, remplacés par des
rayons libre-service. Il faut donc que les AOC d’Auvergne trouvent le
moyen d’être présentes sur ces rayons”, commente Bruno Clouet. “Avec
Président, le but est clairement de sortir le cantal de sa région
d’origine et de le diffuser sur des zones de consommation où il n’était
pas encore présent, y compris à l’étranger”, poursuit-il. Même si, chez
Lactalis, discrétion oblige, on ne donne aucun chiffre sur le nombre de
magasins qui diffusent le produit ou son prix de vente, la valorisation
semble au rendez-vous. Au prix, il est vrai de lourds investissements,
remarque M. Clouet quand on l’interroge sur une possible revalorisation
du prix du lait. “Une chose est sûre, on ne peut pas se satisfaire des
performances économiques actuelles de cette filière AOC cantal”,
répond-il en prenant sa casquette de vice-président du Cif (Comité
interprofessionnel des fromages). “On part de loin et on a un gros
travail à faire pour mettre en œuvre le nouveau décret. Il faut qu’on
arrive à un produit de qualité, régulier, avec une bonne image, et
qu’on sache le distribuer et le promouvoir. Alors, la valorisation
viendra”, parie-t-il. En ce sens, il ne faut pas selon lui opposer les
démarches collectives de promotion que peuvent mener les syndicats
d’AOC et les démarches d’entreprises : “Toutes les initiatives qui
contribuent à renforcer la notoriété du produit et à le tirer vers le
haut sont bonnes à prendre”, estime-t-il, en réaffirmant que le nouveau
décret est une avancée. La Société fromagère de Riom va d’ailleurs
lancer cette année de nouveaux investissements dans ses ateliers pour
se conformer à ce dé-cret (abandon de la technologie “courte” en cantal
jeune, et agrandissement des caves).
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