Le nutritionniste Fabrice Bedel, responsable ruminants chez Mixsciences, la firme service du groupe Avril, analyse l’essai du semencier KWS commandé auprès d’Arvalis pour évaluer la pertinence de sa démarche fourrage.
En tant que nutritionniste, quel regard portez-vous sur l’essai réalisé par Arvalis pour KWS ?
Fabrice Bedel : Il faut d’abord rappeler que les spécialistes du végétal parlent rarement aux spécialistes de la nutrition animale. Habituellement, ils évaluent la performance d’un maïs selon leurs propres références, la tonne de matière sèche et la quantité de grains. De notre côté, nous analysons le fourrage en sortie de silo selon sa digestibilité et la valorisation par l’animal.
C’est rare qu’il y ait des ponts entre la production de maïs au champ et la production de lait. Aussi, la démarche est déjà très intéressante pour nous : analyser une variété en termes nutritionnels, c’est inédit.
Fabrice Bedel : L’essai a été réalisé par Arvalis, un institut très sérieux, avec un protocole très précis et des mesures très fines, sur un long temps. Ça aussi c’est inédit. Ce qui en résulte, c’est une variété qui combine de l’amidon et une forte digestibilité de la fibre, 5 points de plus que le témoin, c’est rare. Quand on parle d’efficience alimentaire, on pense à la fibre. Ils ont mesuré la production de lait et évalué 1kg de lait par vache par jour produit en plus, ce qui est cohérent avec la bonne digestibilité.
L’étude indique une note d’état corporel (NEC) de + 0,25. Qu’est-ce que ça révèle ?
Fabrice Bedel : Quand je vois qu’il y a une production supplémentaire d’1kg de lait par vache par jour, je pourrais me dire qu’on est allé puiser dans l’état corporel de l’animal. Or, la NEC étant supérieur de 0,25, cela prouve que ce n’est pas le cas. Un animal qui fait plus de lait et reprend plus d’état corporel, c’est intéressant en début de lactation, c’est un indicateur favorable à l’amélioration de la reproduction et de l’immunité.
En général, un animal perd un point d’état corporel entre le début et le pic de lactation, cette variété semble limiter cette perte énergique.
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L’énergie de ce fourrage est bien utilisée par l’animal, il la met à la fois dans la production de lait et dans l’état corporel.
KWS a intégré la notion de marge sur coût alimentaire dans son approche, qu’est-ce que cela apporte côté nutrition ?
L’essai révèle une augmentation de 16 cts d’euros par vache et par jour de marge sur coût alimentaire. Cette méthode de calcul est inédite chez un semencier.
Maximiser la marge sur coût alimentaire est l’objectif que nous avons pour chaque éleveur que nous accompagnons. Nous la ramenons même sur la carrière entière de l’animal par année de vie. Ce discours est encore une fois novateur et intéressant puisqu’il ne s’adresse pas qu’à des cultivateurs. Il parle à des éleveurs qui cultivent des fourrages pour nourrir des vaches. Un beau maïs au champ ne garantit pas qu’il soit bon dans le rumen de la vache !
Ces bons chiffres de MCA sont positifs, il s’agit de la base de la ration, le fourrage. Meilleur il est, plus c’est facile et rentable pour l’éleveur.
Avec les aléas climatiques, ces variétés vont peut-être mieux garantir un rapport amidon/digestibilité. Selon moi, ça va être le sujet des années à venir.