Portée par des prix élevés et des charges en recul, 2025 est globalement favorable pour les éleveurs de Haute-Loire. L’analyse économique réalisée par Cerfrance Haute-Loire met en évidence une amélioration des résultats. Mais derrière cette embellie, les équilibres restent fragiles.
Une conjoncture agricole nationale plutôt favorable
Au niveau national, la conjonctureagricole de 2025 présente des signauxcontrastés. La balancecommercialeagricolefrançaise atteint en effet son plusbasniveau, avec un déficit qui se creuse sous l’effet d’une hausse des importations de 8 %, contre seulement 2 % d’augmentation des exportations.
La fermeHaute-Loire affiche un bon état de santé avec un poids des annuitésmoindre, une valeur ajoutée enfortehausse, un revenudisponible et une trésorerienetteaméliorés"
Cette dégradation est toutefois partiellement compensée par un rebond de la valeurajoutéebrute de la productionagricole, en hausse de 6,9 %. Les prix des productionsagricoles – à l’exception des céréales – sont globalement orientés à la hausse, tandis que les chargesreculent. Après les fortes tensions observées dans la période post-Covid, notamment sur l’alimentationanimale et les engrais, les coûts se stabilisent.
Dans ce contexte, l’agriculturefrançaise bénéficie en 2025 d’une conjoncture plutôt porteuse. "Une dynamique dont profite également la fermealtiligérienne" assure AngèleHerbet, conseillère de gestion Cerfrance Haute-Loire.
Les conditionsmétéorologiques ont également contribué à cette améliorationéconomique. En Haute-Loire, l’année 2025 a été marquée par un printemps suffisamment arrosé, favorable à la pousse de l’herbe, et par une bonne qualité de fourrages. Si des épisodes de chaleurextrême ont été observés en juin et juillet, ils n’ont pas remis en cause la productionfourragèreglobale. Dans un département largement orienté vers l’élevageherbager, ces conditions ont constitué un atout important pour les exploitations.
La filière bovinviande connaît en 2025 une situationéconomiqueinédite. Portée par une demande soutenue pour la viande française et par des coursélevés, la production allaitante enregistre une forteamélioration de ses résultats.
La rémunération permise atteint ainsi l’équivalent de 2,3 SMIC par unité de travail humain (UTH), soit 38 880 € par an. "Un niveau jamais observé jusqu’à présent dans cette filière" confie la conseillère. La valeur ajoutée atteint également un seuil symbolique de 28 000 euros par UTH, alors qu’elle était historiquement négative dans de nombreux élevages.
Cette embellie est un signal encourageant pour un secteur qui a longtemps traversé des difficultésstructurelles. Cerfrance 43 souligne néanmoins l’existence de disparitésimportantes entre exploitations.
Si la situation de nombreux élevagess’améliore, certains restent encore fragiles, même si leur nombre diminue par rapport aux années précédentes » précise Angèle Herbet.
Autre point de vigilance : la baisse progressive du cheptelnational. Le recul du disponible consommable pourrait conduire à un déficit d’auto-approvisionnement et accroître la dépendance de la France aux importations de viande.
Mais pour l’instant, les perspectives restent favorables. La contractualisation et le maintien des cours pourraient soutenir les revenus des éleveurs jusqu’en 2026.
Reste une question majeure que soulève Cerfrance : s’agit-il d’une bulleinflationnistetemporaire ou du début d’une améliorationdurable des prix ?
Bovin lait : une amélioration continue mais plus mesurée
Chez les producteurslaitiers, la situation est également positive, même si l’évolution des prix est moins spectaculaire que dans la viandebovine. Depuis trois ans, la filière bénéficie d’une améliorationprogressive de ses résultatséconomiques. Le prix du lait reste bien orienté, autour de 512 €/ 1 000 litres à l’automne 2025, tandis que la collecte progresse, soutenue par une bonnedisponibilitéfourragère.
Plusieurs éléments contribuent également à l’amélioration des marges : la hausse du prix de la viande issue des réformes (6,07 €/kg carc), la forte progression du prix des veaux, liée au manqued’animaux et à la concurrence à l’export, et la baisse des chargesd’exploitation.
Dans ce contexte, l’excédent brut d’exploitation atteint 64 000 €/UTH, avec une valeur ajoutée de 41 600 €/ UTH.
Malgré cette progression, la rémunération reste inférieure à celle observée en bovinviande, avec l’équivalent de 1,8 SMIC, soit environ 30 160 €/ UTH. « La filièrelaitière demeure en effet particulièrement exigeante en capital et en investissements, notamment pour la mécanisation et l’amélioration des conditions de travail » argumente Angèle Herbet.
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Pour 2026, les perspectives apparaissent plus incertaines :
Les projections annoncent une baisse du prix du lait d’environ 50 €/ 1 000 litres ».
Les marchés internationaux sont sous tension et les cotations du beurre et de la poudre maigre sont orientées à la baisse dans l’ensemble de l’Union européenne.
En productionovine, les prix restent à des niveaux historiquement élevés, autour de 11,27 €/ kg carc.
Cette situation résulte d’un déséquilibre persistant entre l’offre et la demande" indique la conseillère.
Dans le Massif central, la situation est cependant contrastée selon les territoires, comme le précise Annabelle Barthélémy-Dubost,chargée d’études et références au sein de Cerfrance Alliance Massif Central. La Haute-Loire a été particulièrement touchée par FCO, contrairement à d’autres départements. Les aides publiques ont permis de compenser les pertes immédiates liées à l’épizootie. En revanche, elles ne couvriront pas les impacts qui se feront sentir sur plusieurs années, notamment en raison des pertes de reproduction.
Malgré ce contextesanitaire difficile, les résultats économiques se maintiennent. L’EBE moyen atteint 37 145 €/ UTH, avec une rémunération permise d’environ 18 455 €, soit 1,1 SMIC.
Des exploitations globalement solides
Au-delà des résultatséconomiques annuels, Cerfrance Haute-Loire a également réalisé un diagnostic de la santé des exploitationsagricoles du département.
Sur l’ensemble de l’échantillon étudié : 55 % des exploitations sont considérées en bonnesanté, 31 % sont à surveiller, 14 % sont fragiles.
Dans la filière bovinviande, la situation s’améliore nettement grâce à la bonneconjoncture. Moins de 5 % des exploitations se trouvent aujourd’hui en situation de fragilitééconomique et financière. En revanche, environ 30 % présentent une dégradationfinancière récente, ce qui justifie une vigilance particulière.
Les élevageslaitiers affichent également une situation globalement solide. 67 % sont en bonnesanté, un niveau stable depuis trois ans. Toutefois, 13 % restent fragiles et 20 % doivent être surveillés, en raison notamment du niveauélevéd’investissements nécessaires dans cette production.
La situation apparaît particulièrement favorable en élevageovinviande. Historiquement habitués à composer avec des marchésinstables et des soutienspublicslimités, les éleveurs ont développé des stratégiesd’investissementprudentes et une gestionfinancièrerigoureuse. Résultat : 91 % des exploitations présentent un bon état de santé, avec seulement 9 % à surveiller.
Les résultatséconomiques de la ferme altiligérienne progressent nettement entre 2019 et 2024, et les trésoreries des exploitations résistent plutôt bien aux aléas. Pour autant, Cerfrance 43 appelle les agriculteurs à maintenir une approche stratégique de leurs investissements. L’objectif : privilégier les projets offrant un réel retouréconomique et contribuant à améliorer la productivité ou les conditions de travail.
Dans un contexte marqué par des marchésvolatils, des risquessanitaires et des incertitudesclimatiques, la capacité à anticiper les risques et saisir les opportunités restera un facteurclé de la solidité des exploitations dans les années à venir" conclut AngèleHerbet.