Après un été marqué par la sécheresse et plusieurs épisodes de fortes chaleurs, les vaches allaitantes arrivent à l’automne avec des niveaux d’état corporel et d’hydratation parfois dégradés. Quelques semaines avant les premiers vêlages, plusieurs points sont à surveiller.
« Cette année, il faut prendre le temps de regarder les vaches et de ne pas attendre le dernier moment », insiste Edwige Bornot, vétérinaire en Côte-d’Or, qui accompagne des groupes d’éleveurs sur la préparation au vêlage. Après un été exceptionnellement sec et chaud, la préparation des vêlages doit être considérée comme un véritable point de pilotage du troupeau. État corporel, hydratation, alimentation et équilibre minéral et vitaminique constituent les principaux points à vérifier dès maintenant. L’objectif n’est pas de tout modifier, mais d’identifier précocement les animaux qui sortent du lot et d’intervenir avant que les difficultés ne s’installent. Car cette année encore plus que les autres, quelques semaines d’anticipation peuvent faire la différence au moment des vêlages… et jusqu’à la mise à la reproduction suivante.
Premier réflexe : faire le point sur l’état corporel
La note d’état corporel (NEC) constitue le premier indicateur à regarder. En élevage allaitant, une NEC autour de 3 au vêlage est généralement recherchée. Les vaches trop maigres doivent être identifiées suffisamment tôt pour pouvoir reprendre de l’état avant la mise bas.
Une NEC insuffisante peut en effet entraîner des conséquences en cascade : reprise plus tardive de l’activité ovarienne après le vêlage, production laitière limitée, veau moins vigoureux… autant de difficultés qui peuvent ensuite se répercuter sur la reproduction et la charge de travail de l’éleveur.
À l’inverse, une vache trop grasse n’est pas non plus dans une situation optimale. Un état corporel excessif peut notamment augmenter le risque de difficultés au vêlage et de troubles métaboliques.
L’enjeu est donc de ne pas attendre le dernier mois pour faire le constat. Un tri et un allotement des animaux permettent d’adapter l’alimentation et de concentrer les efforts sur les vaches qui en ont réellement besoin.
Pour Edwige Bornot, « ce n’est jamais perdu d’investir pour remettre une vache en état avant le vêlage : l’éleveur s’y retrouve toujours. Une vache trop maigre entraînera une surcharge de travail et expose à une perte du jeune veau, ce qui est d’autant plus préjudiciable ».
Une vache doit aussi être… bien hydratée
Après un été particulièrement sec, l’abreuvement constitue un deuxième point de vigilance. Une vache peut avoir accès à l’eau sans pour autant en consommer suffisamment. La distance jusqu’au point d’eau, le débit, la qualité de l’eau ou encore la compétition entre animaux peuvent limiter les consommations. « Ce sont des signes cliniques que l’on ne regarde pas forcément, car souvent il n’y en a pas besoin. Mais cette année, il faudra surveiller », explique la vétérinaire.
Les animaux dominés sont notamment à surveiller. À l’entrée en bâtiment, il faudra vérifier que chaque vache puisse accéder facilement à une eau propre et en quantité suffisante. Multiplier les points d’abreuvement peut être une solution pour limiter la compétition.
L’état d’hydratation peut être évalué simplement par l’observation du pli de peau et de l’état général de l’animal. Un pli de peau qui persiste peut traduire une déshydratation. L’observation du remplissage et de la souplesse du rumen apporte également des indications complémentaires.
Une déshydratation importante peut réduire l’ingestion et perturber le fonctionnement du rumen. Dans une période où les besoins de la vache vont augmenter avec l’approche du vêlage puis la lactation, ce déficit peut rapidement devenir pénalisant.
Minéraux et vitamines : raisonner les apports
La complémentation minérale constitue le troisième point de vigilance. Là encore, la sécheresse invite à être particulièrement attentif, mais complémenter ne signifie pas forcément distribuer davantage. La règle qui prédomine est « ni trop, ni trop peu » Les apports doivent être raisonnés en fonction de la ration, des fourrages distribués et des besoins des animaux.
Le calcium, le phosphore et le magnésium participent au bon fonctionnement de l’organisme et à l’équilibre minéral de la vache. Les oligo-éléments – cuivre, zinc, manganèse, sélénium, cobalt, iode – ainsi que les vitamines A, D et E jouent également un rôle important dans le métabolisme, la reproduction et le développement du veau.
Le sélénium mérite notamment une attention particulière dans les élevages où les apports sont insuffisants faute de pâturage estival. Un déficit peut notamment affecter la vitalité du veau et être associé à des troubles musculaires et cardiaques.
Plusieurs solutions peuvent être utilisées pour compléter la ration : Les seaux à lécher, faciles à mettre à disposition au pâturage. Chers à l’achat, ils sont souvent insuffisants car toutes les vaches n’y ont pas accès. Plusieurs points de distribution sont nécessaires pour limiter la compétition ce qui augmente le coût pour l’éleveur. Les cures d’oligo-éléments et de vitamines permettent de maîtriser les quantités distribuées lorsque la distribution peut être suffisamment individualisée avec la ration. La durée et le niveau d’apport doivent être adaptés au produit utilisé, généralement une cure de 10 jours est positionnée un mois avant vêlage. Les bolus permettent un apport contrôlé sur une période déterminée. Leur utilisation nécessite une contention et le respect des recommandations du fabricant. Les injections assurent une mise à disposition rapide des oligo-éléments (avec ou sans vitamines) qui sont assimilés à 100 % alors que les solutions orales le sont à 30 à 60 %. C’est la seule solution en cas de situation d’urgence.
Dans tous les cas, mieux vaut commencer par faire le bilan des apports existants. La composition des fourrages, des aliments et des compléments déjà distribués doit être prise en compte afin d’éviter les carences comme les excès. Il est donc essentiel de faire analyser les fourrages, y compris les foins 2026, dont les teneurs peuvent être décevantes.
Contrôler la qualité du colostrum
La préparation au vêlage ne s’arrête pas au jour de la mise bas. L’état dans lequel la vache abordera le vêlage puis en sortira aura des conséquences sur la campagne de reproduction suivante.
Une vache ayant fortement mobilisé ses réserves ou dont l’état métabolique est dégradé peut avoir davantage de difficultés à reprendre rapidement son activité ovarienne. Dans le contexte de cette année, le suivi devra donc se poursuivre après le vêlage : état corporel, appétit, état général et retour des chaleurs seront autant d’indicateurs à surveiller.
Le démarrage du veau constitue l’autre priorité. Le colostrum reste le premier aliment et la première protection du nouveau-né. Sa qualité peut être contrôlée à l’aide d’un réfractomètre.
1. État corporel : Identifier les vaches trop maigres ou trop grasses. Remettre en état les vaches trop maigres.
2. Abreuvement : Vérifier systématiquement l’état d’hydratation des vaches maigres. Pour tout le troupeau, vérifier le débit, la qualité de l’eau et son accès pour tous les animaux.
3. Ration : Analyser les fourrages, adapter les apports aux besoins et à la qualité des fourrages disponibles.
4. Minéraux et vitamines : Vérifier les apports réels avec des analyses de fourrages. Privilégier les injections si les vêlages sont proches.
5. Colostrum : Anticiper sa qualité en la testant, surveiller la prise des veaux et constituer si possible une réserve avec des colostrums de bonne qualité.