Lait Du désarroi à la détermination

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David Chauve, éleveur laitier à Ambert, a ouvert son exploitation pour un tête-à-tête à bâtons rompus entre Didier Thuaire et les producteurs de lait. Crédits : © Auvergne Agricole
Les producteurs de lait livrant à la société Fromagère du Livradois ont convoqué le directeur général, Didier Thuaire, à venir s’expliquer sur le prix du lait.

Le 17 juillet à Ambert, par un temps maussade, les représentants des producteurs livrant à la Société Fromagère du Livradois avaient peine à garder leur sang-froid. Les producteurs ont convoqué le PDG(1) Didier Thuaire sur l'exploitation de David Chauve. « Ce n'est pas une visite de courtoisie. Si vous êtes là, c'est pour vous signifier que les producteurs de lait sont incompris et ignorés dans leurs revendications. Aujourd'hui, ils n'ont plus rien à perdre. On peut s'attendre à des dérapages que l'on ne pourra pas maîtriser » annonce sèchement Annie Marret, responsable de la PRA(2) Livradois-Forez. Exploitant laitier en Gaec à trois, David Chauve a exprimé sa perte d'enthousiasme : « On a monté une exploitation en une génération avec des résultats dans la moyenne jusqu'à il y a 3-4 ans. Or, aujourd'hui, avec le départ à la retraite de mon père, la charge de travail s'accroît, les investissements sont encore à couvrir tandis que le niveau du prix du lait nous incite de tirer le frein à main sur la production. Comment, dans ces conditions, trouver un autre associé ou installer un jeune ?». Aussitôt, les témoignages s'enchaînent autour des difficultés liées à une baisse du revenu des éleveurs et de la hausse des coûts de production. Didier Thuaire estime que la crise laitière ne pourra se résoudre qu'à l'échelle de la filière. « Le beurre et la poudre, à cause des excédents, ne sont valorisés qu'à 170 €/1000 L. Mais, à sa mise en place, l'ADL(3) a pu compenser les baisses de prix subies » répond-t-il. « Et pourtant votre production est 100 % fromagère ! » rétorque Jean-Luc Ferret, producteur de lait à Chaumont-le-Bourg. Sébastien Nigon, producteur de lait à Ambert, ajoute que « les dernières attributions laitières sont sans ADL ». Selon le PDG, « tous les acteurs de la transformation avaient misé sur une hausse régulière de la consommation mondiale. Problème : la crise est passée par là et la consommation a diminué de 1,5 % alors qu'on attendait une hausse de 1%». Des variations apparemment faibles mais aux conséquences graves de chute du prix du lait. Il ajoute que « la filière laitière devra se restructurer, avec des regroupements par exemple ».
Grondements dans l'assemblée. David Chauve juge que « les entreprises ont une attitude déplorable, en dehors de la réalité de la conjoncture. Ce ne sont que des rapaces qui ne payent que le montant qu'ils veulent ». Les producteurs s'interrogent comment passer la fin de l'année. Ils deman- dent un meilleur partage de la plus-value pour que producteurs et entreprise puissent passer ensemble ce cap difficile. Patrick Rodary, producteur de lait à Ambert, appelle l'entreprise à «la recherche de moyens, de leviers, pour aider les producteurs ». L'urgence concerne les producteurs ayant récemment investi, notamment par l'intermédiaire des attributions de quotas via les plans de développement laitier, les jeunes mais aussi tous ceux en manque de trésorerie. Le paiement anticipé des DPU au 16 octobre semble être une mesure insuffisante selon les éleveurs. Au-delà, les exploitants ont appelé la laiterie à participer à leurs côtés au combat sur la transparence des marges.

(1) Président Directeur Général
(2) Petite Région Agricole
(3) Aide Directe Laitière

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