Agrumes : en Haute-Corse, la serre Arche sécurise l’avenir de l’agrumiculture
La serre insect-proof implantée sur le site Inrae de San Giuliano en Haute-Corse va protéger l’une des plus grandes collections d’agrumes au monde.
La serre insect-proof implantée sur le site Inrae de San Giuliano en Haute-Corse va protéger l’une des plus grandes collections d’agrumes au monde.
Bonne nouvelle pour la filière agrumicole et pour la recherche : la serre insect-proof Arche a été inaugurée en décembre sur le site Inrae de San Giuliano, en Haute-Corse. Elle accueillera des doubles de la quasi-totalité de la collection d’agrumes du centre de ressources biologiques (CRB) Citrus, l'une des plus grandes au monde. Sur les plus de 1 000 accessions issues de 42 pays protégées par Citrus, environ 850 seront progressivement incluses dans la serre Arche, dont le remplissage commencera au printemps pour deux ou trois ans.
Une sécurité supplémentaire
C’est donc une sécurité en plus, qui complète la cryoconservation et la conservation en pleine terre sur ce site corse qui compte 13 hectares de vergers. Ainsi, si un arbre ou un plant est touché par une maladie ou un aléa climatique, il y aura un équivalent dans la serre. Le virus de la tristeza, la bactérie Xylella fastidiosa et la maladie bactérienne incurable HLB dite « maladie du dragon jaune » font partie des risques sanitaires émergents.
« Cette serre doit aussi permettre de préparer l’avenir de l’agrumiculture, affirme André Torre, président du centre Inrae de Corse. Ce n’est pas seulement une protection patrimoniale, tournée vers le passé. » La diversité génétique préservée aidera les chercheurs à créer de nouvelles espèces adaptées au climat et aux défis futurs.
Une serre low-tech innovante
Cette serre de 1 100 m² est rectangulaire, haute de 7 mètres, dont environ 5,50 mètres au niveau des gouttières. « La charpente est en acier galvanisé et les bâches textiles renforcées (composites) sont prévues pour durer minimum dix ans, tandis qu’au sol le dallage est en béton quartzé », explique Benoit Paitreault, directeur général de Physalid, le bureau d’études qui a conçu la serre.
« On a pensé la serre de manière à gérer le climat le plus simplement possible, et tout est à hauteur d’homme », explique-t-il. Il y a un minimum d’ouvertures, toutes équipées de filets anti-insectes, et pas de ventilation en toiture. « Des toiles fixes avec des ventilations permanentes sur les pignons créent une dynamique de circulation d’air entre les aérations basses et hautes, décrit le dirigeant. La hauteur de la serre évite les surchauffes au niveau du sol. »
Un automate régule les ouvrants et il y a plusieurs couches de sécurité, dont des grilles métalliques (contre les chocs ou cailloux projetés par des engins à l’extérieur…) et une plinthe en béton. Les bâches sont blanches, translucides mais pas transparentes. « Les oiseaux, qui d’habitude peuvent perforer les bâches, ne voient pas à l’intérieur. Et la blancheur assombrit la serre, alors que la Corse souffre de surchauffes en été », précise Benoit Paitreault.
Climat et insularité : deux contraintes prises en compte
Il y avait deux grands enjeux. « D’abord, le climat, eu égard à la proximité de la mer (autour de 3 km, ndlr) avec des vents forts - la serre doit être résistante - et un air chargé en humidité source de contraintes pour le rafraîchissement », indique Benoit Paitreault.
L’autre défi était lié à l’insularité. « Forcément, une île avec une petite population ne peut pas avoir des spécialistes de tous les sujets, rappelle le président du centre Inrae de Corse André Torre. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons souhaité une serre low-tech, facile à entretenir. »
Une maintenance minimaliste a un autre avantage, selon Benoit Paitreault : « Les humains peuvent être vecteurs de maladies, chaque intervention à l’intérieur présente donc un risque. » Rassurons-nous : tout est prévu pour désinfecter les serristes, dans un bâtiment en bois relié à la serre par des sas.
Le centre Citrus
Le centre de ressources biologiques (CRB) Citrus permet l’étude de la diversité et de l’origine génétique, la création variétale d’agrumes et la sélection de porte-greffes, résume l’Inrae. Chaque année, il diffuse du matériel végétal dans une trentaine de pays.