Adapter son élevage et ses prairies suite à la sécheresse
Après un été marqué par une sécheresse et des températures records, les éleveurs doivent composer avec des prairies fortement dégradées et des stocks fourragers parfois insuffisants.
1. Commencer par faire le bilan fourrager
La première étape consiste à établir un bilan fourrager aussi précis que possible, afin d’éviter de découvrir trop tard que les stocks ne permettront pas de tenir jusqu’au retour de la pousse. « Le bilan fourrager va permettre de savoir ce qu’on a à donner à manger aux animaux », rappelle Julien Jurquet, du service productions laitières de l’Institut de l’élevage.
Après cette sécheresse historique qui a grillé la France, l’exercice mérite d’être particulièrement rigoureux. Il faut évaluer les stocks réellement disponibles en comptant les bottes et en cubant les silos. L’analyse des fourrages prend cette année une importance particulière car les plantes ayant subi la sécheresse peuvent présenter des valeurs alimentaires différentes de celles des années précédentes.
Le bilan prend en compte les fourrages de 2026, ceux restant des années précédentes, les éventuels achats et, avec beaucoup de prudence, les repousses espérées à l’automne et au printemps prochain. « Après avoir évalué les fourrages disponibles, il faut compter les convives à table », poursuit Julien Jurquet. Tous les animaux présents sur l’exploitation doivent être pris en compte, avec leurs besoins respectifs.
2. Ne pas se précipiter pour retourner les prairies
« Une prairie jaune n’est pas nécessairement une prairie morte, insiste Soline Schetelat du service fourrages et pastoralisme à l’Institut de l’élevage. Face au manque d’eau, les graminées et les légumineuses mettent en place des stratégies de survie et réduisent leur activité. Avec le retour des pluies, elles peuvent repartir. »
Il faut donc laisser le temps au couvert de reverdir avant de décider d’un sursemis ou d’une rénovation complète. Attention toutefois à ne pas exploiter l’herbe, par le pâturage surtout, dès que les premières feuilles vertes apparaissent. La plante vient alors de mobiliser ses dernières réserves pour redémarrer. La faire pâturer immédiatement risque de la fragiliser et de compromettre sa capacité de repousse. Lorsque c’est possible, mieux vaut attendre que l’herbe atteigne environ 10 cm afin de laisser la prairie reconstituer son potentiel de production.
3. Profiter de l’herbe d’automne mais mollo sur l’azote
« Contrairement aux idées reçues, l’herbe d’automne a une super valeur », souligne Aurélie Madrid, ingénieure agronome au sein du service fourrages et pastoralisme d’Idele. Elle est notamment riche en azote et en sucres. Il faut donc chercher à la valoriser au maximum, en prolongeant le pâturage aussi longtemps que les conditions le permettent, voire en envisageant du pâturage hivernal dans les régions où les conditions s’y prêtent. Une partie de cette repousse peut également être récoltée si le volume disponible et les conditions météorologiques le permettent.
En revanche, inutile de se précipiter sur l’azote. L’eau est le principal facteur limitant après une sécheresse, et non l’azote. Une fois les pluies revenues, la minéralisation naturelle peut déjà fournir une partie de l’azote nécessaire à la reprise. Un apport d’engrais azoté serait donc aussi coûteux que peu efficace.
4. Sursemer, ressemer… et derniers créneaux pour les dérobées
Une prairie qui présente des trous sans être totalement dégradée peut faire l’objet d’un sursemis. Cette technique permet de réintroduire des espèces intéressantes sans détruire complètement le couvert existant. « Mais le sursemis reste une technique aléatoire », prévient Soline Schetelat. Pour maximiser les chances de réussite, il faut choisir des espèces suffisamment agressives pour concurrencer le couvert existant.
Et lorsque la prairie est réellement très dégradée et que l’on note la disparition des espèces intéressantes, le ressemis complet peut devenir nécessaire. Il faut disposer d’une humidité suffisante du sol pour assurer la levée et viser, lorsque les conditions le permettent, une implantation avant la fin septembre. Au-delà, la baisse des températures et de la durée du jour pénalise le développement des jeunes plantes avant l’hiver.
Même logique pour les dérobées, qui peuvent contribuer à reconstituer rapidement les stocks. Les semis réalisés trop tôt dans des sols secs ont toutefois donné des résultats très variables. Pour les chantiers qui restent à réaliser, le retour des pluies peut offrir un dernier créneau, mais il ne faut pas trop attendre : les semis sont à privilégier avant la fin septembre pour permettre aux plantes de suffisamment se développer avant l’hiver.
5. Adapter l’alimentation au fourrage réellement disponible
Une fois le déficit quantifié et les fourrages analysés, reste à ajuster la ration. L’enjeu est double : éviter le gaspillage et réduire, lorsque c’est possible, les besoins du troupeau. « En élevage caprin, la gestion de la pénurie passe d’abord par un contrôle des équilibres de ration puis par un pilotage rigoureux de la distribution quotidienne, explique l’Institut de l’élevage dans son dossier en ligne sur la pénurie de fourrages en citant par exemple la pesée des quantités distribuées. Lorsque les stocks ne suffisent plus, certains déshydratés d’herbe ou de luzerne, à condition de conserver une fibrosité suffisante, peuvent se substituer en partie au fourrage. »
« Quand le manque de fourrage devient important, il faut abandonner l’idée de produire autant de lait que l’année d’avant », estime Julien Jurquet. Mieux vaut alors ajuster les objectifs de production que de mettre en péril l’alimentation de tout le troupeau. Dans les situations les plus tendues, réduire l’effectif de chèvres peut être une option plus pertinente que d’acheter du fourrage à un coût élevé.
Dans tous les cas, plus les décisions sont prises tôt, plus les possibilités sont nombreuses et moins les mesures sont brutales. À l’inverse, attendre que les stocks soient presque épuisés réduit fortement la marge de manœuvre de l’éleveur.
Enfin, il faut regarder toutes les ressources disponibles localement : coproduits de l’industrie agroalimentaire, pâturage des arbres ou des haies ou prairies disponibles chez d’autres éleveurs.
Et si ça recommence ?
Bien que cette année 2026 soit inédite avec une sécheresse marquée et prolongée et des températures records, le changement climatique amènera sûrement à l’avenir d’autres situations de ce type. Pour se préparer à de nouvelles sécheresses, Soline Schetelat et Aurélie Madrid recommandent de maintenir une bonne couverture du sol avant l’été : conserver suffisamment d’herbe sur pied permet de limiter la température au niveau du sol et de préserver l’humidité au pied des plantes. Elles préconisent ainsi de ne pas couper trop ras (8 à 10 cm) les fauches tardives de printemps.
Prévoir plus de stocks
Autre enseignement de 2026 : stocker davantage les années où les récoltes sont bonnes, afin de disposer d’une marge de sécurité lorsque la production chute. « Acheter du fourrage aujourd’hui en pleine période de pénurie, c’est extrêmement cher », rappellent les deux ingénieures. Il faut aussi éviter pareillement de vendre trop rapidement les excédents d’une bonne année, au risque de devoir les racheter quelques mois plus tard à prix fort. Enfin, la résilience passe par une diversification des ressources fourragères, des espèces et des variétés, mais aussi des modes et des périodes de récolte. Luzerne, méteils, sorgho ou d’autres espèces prairiales peuvent permettre de répartir les risques.
Coté web
AléaPluie
AléaPluie est un outil en ligne développé par Météo France et les instituts technique agricole. Il affiche une carte qui montre la probabilité d’atteindre des cumuls de pluie de 10, 15, 20 ou 30 mm à horizon d’une ou deux semaines. Utile pour estimer un créneau favorable de semis.