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Bilan des marchés 2022 : une année de tourments pour la filière des œufs

Après deux années chahutées par la crise Covid, en 2022 la filière œufs a dû résister au cumul de crises sans précédent : grippe aviaire, guerre en Ukraine, flambée des matières premières, crise énergétique, réglementation bio, ovosexage.

Selon l'Itavi, la production d'oeufs devrait progresser au premier semestre 2023 mais restera inférieure au niveau de 2021.
Selon l'Itavi, la production d'oeufs devrait progresser au premier semestre 2023 mais restera inférieure au niveau de 2021.
© P. Le Douarin

L’an dernier, la France a vécu la pire crise de grippe aviaire de son histoire. En nombre de volailles abattues, la filière œufs a été la plus touchée avec 3,5 millions de pondeuses et 1 million de poulettes de mars à juillet.

Au-delà de ces pertes, les restrictions sanitaires ont ralenti les mises en place nationales de poulettes de 1,8 % sur onze mois (- 0,8 million de poulettes) et pénalisé les efforts de reprise.

Selon les estimations de l’Itavi, cette crise aurait pu écrêter l’offre française de 11 %, c’est-à-dire 1,8 milliard d’œufs en moins sur le marché. Pour limiter les pertes d’effectifs, les éleveurs ont prolongé la durée de ponte d’une partie du cheptel. De mars à août, les abattages de poules de réforme ont reculé de 3 millions de poules (-25 %). C’est ce qui a permis à la filière de limiter la baisse à 8 % et d’éviter la pénurie.

 

EVOLUTIONS MENSUELLES DE LA PRODUCTION D'OEUFS DE  2017 A 2023 (PREVISIONS)

En 2022, la production mensuelle d’œufs a reculé de 100 millions entre février et avril puis a lentement rattrapé le niveau du début d’année. Pour 2023, les prévisions favorables ont été perturbées par la grippe aviaire des Pays de Loire puis de Bretagne depuis mi-janvier. Tenant compte les pertes de cheptel accusées sur le 1er trimestre 2023, la production des œufs devrait progresser de seulement 5 % entre janvier et aout 2023 par rapport à 2022, mais ...
En 2022, la production mensuelle d’œufs a reculé de 100 millions entre février et avril puis a lentement rattrapé le niveau du début d’année. Pour 2023, les prévisions favorables ont été perturbées par la grippe aviaire des Pays de Loire puis de Bretagne depuis mi-janvier. Tenant compte les pertes de cheptel accusées sur le 1er trimestre 2023, la production des œufs devrait progresser de seulement 5 % entre janvier et aout 2023 par rapport à 2022, mais elle reste 4,3% inférieur à son niveau de 2021. © Itavi

Une demande solide en GMS

Car dans le même temps la consommation des œufs coquille restait relativement stable. À partir de mars, l’impact de l’IAHP a commencé à se faire sentir en GMS avec la multiplication des ruptures. Le taux de rupture a atteint 8 % en octobre. Les opérateurs ont réorienté en coquille des volumes destinés à l’industrie ; les consommateurs ont acheté du label rouge et du bio, ce qui a contribué à leur maintien. Néanmoins, les achats des ménages (panel IRI) ont reculé de 4 % au deuxième trimestre. Au troisième trimestre, ils repartaient à la hausse (+ 5 % au second semestre), grâce au retour de l’offre et à une demande soutenue. En année pleine, la consommation progresse de 0,7 %.

 

 
En 2022, la transition des achats des ménages vers les oeufs alternatifs s’essouffle, le bio est en retrait pour la première fois
En 2022, la transition des achats des ménages vers les oeufs alternatifs s’essouffle, le bio est en retrait pour la première fois © Itavi

Tension sur les ovoproduits

D’ordinaire, les fabricants d’ovoproduits utilisent des œufs ne trouvant pas leur place dans les linéaires. Cette année, la baisse de l’offre et la forte hausse de la demande d’œufs sol et cage en GMS, ont contraint les fabricants d’ovoproduits à recourir à l’importation d’œufs coquille, mais aussi d’ovoproduits pour maintenir leurs activités.

 

 
Evolution des soldes du commerce extérieur en oeufs coquille et en ovoproduits
Evolution des soldes du commerce extérieur en oeufs coquille et en ovoproduits © Itavi

Cela a eu pour conséquence une hausse de 51 % des importations d’œufs coquille, notamment de la Pologne (+ 422 %) et une baisse de 39 % des exportations d’œufs coquille en 2022. La balance commerciale s’est effondrée.

La grippe aviaire a fait plonger la production et la France a du importer massivement pour combler le manque, d’où le recul de 7 points de son taux d’autoapprovisionnement.
La grippe aviaire a fait plonger la production et la France a du importer massivement pour combler le manque, d’où le recul de 7 points de son taux d’autoapprovisionnement. © Itavi
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Au bilan final, la consommation totale d’œufs et d’ovoproduits devrait baisser de 1,1 % en 2022, avec une dégradation du taux d’autoapprovisionnement qui passe sous les 97 %, son plus bas niveau depuis 2012.

Perspectives de reprise compromises ce premier trimestre

L’inflation a eu son lot de conséquences. Côté demande, les achats d’œufs bio et label rouge, plus chers, ralentissent au profit des œufs plein air, cage et sol. La transition vers l’alternatif montre des signes d’essoufflement. La part des MDD et marques économiques est passée de 58 % des ventes en 2021 à 60 % à la fin 2022, au détriment des marques nationales (- 1,5 points de parts de marché).

La baisse de l’offre et la flambée des coûts de production ont tiré les prix moyens à des niveaux records. En GMS, le prix consommateur a connu une hausse progressive culminant à +11 % en décembre.

 

Évolution des effectifsTrois quarts de la production hors cageLe cheptel moyen de pondeuses en production a connu une baisse de 5 % entre janvier et décembre 2022 et la part des modes d’élevage hors cage évolue de 67 % à 77 %.Le cheptel en cage aménagée est passé de 15,5 millions de poules à 10,3 millions, le sol et plein air progressent respectivement de 2 et 1 millions de poules. Durement touché par l’inflation et la baisse de la demande, le bio a perdu ...

ÉVOLUTION DES EFFECTIFS DE POULES SELON LES MODES D'ELEVAGE

Le cheptel moyen de pondeuses en production a connu une baisse de 5 % entre janvier et décembre 2022 et la part des modes d’élevage hors cage évolue de 67 % à 77 %.

Le cheptel en cage aménagée est passé de 15,5 millions de poules à 10,3 millions, le sol et plein air progressent respectivement de 2 et 1 millions de poules. Durement touché par l’inflation et la baisse de la demande, le bio a perdu plus de 300 000 poules. © Itavi

 

Cette année, les prix au consommateur risquent de prendre 2 à 4 centimes supplémentaires par œuf (+5 à 10 %) à la suite des hausses négociées depuis fin 2022.

Côté offre, l’indice Itavi des matières premières pour l’aliment pondeuse a atteint des records (+ 32 % en annuel par rapport à 2021). Pratiquement tous les autres postes de charge ont augmenté (énergie, entretien, dépenses santés, main-d’œuvre, transport, emballage…). D’après l’Itavi, la hausse des coûts de production en 2022 devrait osciller entre + 20 et + 29 % selon le mode de production. Et malgré le recul prévisionnel du coût de l’aliment (- 7 %) en 2023, ils devraient encore progresser (+ 2 %), notamment à cause de l’énergie et de la mise en place de l’ovosexage.

Cette année, la résurgence de la grippe aviaire dans les principaux bassins de production (Pays de la Loire puis Côtes d’Armor) risque de compromettre les perspectives de reprise. Depuis le début d’année, le nombre de foyers dans les élevages de pondeuses et poulettes est en nette hausse (le nombre de poules et poulettes touchées a dépassé 1,3 million de tetes). Les élevages localisés dans les zones réglementées (rayon de 10 km) représentent plus de 4,2 millions de pondeuses. La perturbation des expéditions d’œufs au départ des zones concernées et l’interdiction des mises en place pèseront sur les disponibilités et les prix dans les prochains mois.

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