Aller au contenu principal

La minute droit
L’usage du mot nature pour l’étiquetage d’un vin s’est-il clarifié ?

Selon Nathalie Tourrette et Matthieu Chirez, avocats, experts du droit vitivinicole chez JP Karsenty & Associés, la question de l’usage des mots « nature » et « naturel » sur les étiquettes n’est toujours pas tranchée juridiquement.

Un certain flou subsiste quant à l'usage des mots "nature" et "naturel" sur les étiquettes de vin, expliquent Nathalie Tourrette et Matthieu Chirez, avocats chez JP Karsenty & Associés, dans notre rubrique La Minute Droit.
© C.Gerbod

La législation a-t-elle défini les termes « nature » et « naturel » ?

Les vins dits « nature » ne sont toujours pas définis juridiquement. Seules le sont la catégorie « vin doux naturel » ou la mention « brut nature ».

Selon une note d’information de la Dreets Nouvelle-Aquitaine d’avril 2021, l’emploi des termes « nature » ou « naturel » en association avec le terme « vin » sur l’étiquetage d’un vin, est interdit. Les Fraudes se fondent sur le fait que la France n’a pas usé de la possibilité laissée par la réglementation européenne d’autoriser l’utilisation du terme « vin » dans un nom composé.

Elles rappellent également que selon la jurisprudence, un vin « nature » ou « naturel » devrait être « un vin ayant subi le minimum de traitement à la vigne comme au chai », mais elles considèrent que « l’emploi de ces termes dans une marque de vin biologique n’est pas non plus possible ». Les Fraudes invoquent cette fois le risque de pratique commerciale trompeuse dès lors que « le mode d’élaboration ne différant pas d’autres vins biologiques produits de manière similaire, une telle distinction est en effet susceptible d’induire en erreur les consommateurs sur les qualités substantielles, la composition, qui seraient de ce fait présentées comme exceptionnelles… alors que ce n’est pas le cas ».

La jurisprudence est-elle abondante sur le sujet ?

Sur cette question précisément et en matière de vin, à notre connaissance, il n’y a eu que l’affaire Uvica (Union des vignerons des coteaux de l’Ardèche) pour l’instant. Le 12 juin 2019, la Direccte (aujourd’hui Dreeets) d’Auvergne-Rhône-Alpes a enjoint à l’Uvica de cesser, dans un délai de six mois, l’utilisation des mentions « Ardèche par nature » sur l’étiquetage de ses vins et sur tous supports de communication. Utilisant la marque « Ardèche par nature » depuis plusieurs années pour désigner un vin s’inscrivant dans une démarche environnementale (vin biologique ou Haute valeur environnementale), l’Uvica a contesté la décision de l’administration.

Cette affaire était donc l’occasion pour les juges de mettre fin au vide juridique quant à l’utilisation du terme « nature » dans une marque commerciale de vin. Mais le 21 juin 2021, le tribunal administratif de Lyon a donné raison à l’Uvica, sur la forme et non sur le fond du litige : les agents des Fraudes n’ont pas justifié d’une habilitation. Ainsi, la question de savoir si l’utilisation du mot « nature » à travers la mention « Ardèche par nature » est licite ou constitue une pratique commerciale trompeuse, demeure non tranchée.

Qu’a fait évoluer la création du label « Vin méthode nature » ?

Le Syndicat de défense des vins naturels a vu le jour en septembre 2019, face au développement du vin dit « nature » et à l’absence de réglementation en la matière. Le label « Vin méthode nature » a été déposé à titre de marque. La revendiquer implique de respecter la charte d’engagement du syndicat. Elle prévoit notamment, que 100 % des raisins doivent d’être issus d’une agriculture biologique engagée et certifiée et que l’élaboration du vin respecte une certaine méthode.

Cette démarche aurait l’assentiment de la DGCCRF (l’administration ne l’a pas confirmé officiellement) qui considère que la mention « méthode naturelle » peut être utilisée pour « qualifier un mode d’élaboration spécifique ou une qualité particulière » et recommande de la réserver pour des vins certifiés bio.

Une marque de vin bio peut-elle employer le mot « nature » sans risque ?

Si l’on suit la DGCCRF, il ne serait pas possible d’utiliser le mot « nature » ou un dérivé de ce terme pour désigner le produit, mais cela serait toléré pour qualifier la méthode de production ou une qualité particulière du vin, à condition de pouvoir en justifier, ce qui implique de la réserver aux vins biologiques, voire aux vins qui répondent à la charte « Vin méthode nature ». Donc, son intégration dans une marque commerciale apposée sur l’étiquette d’un vin biologique peut potentiellement toujours être considérée par les Fraudes comme une pratique commerciale trompeuse. Son usage implique en conséquence d’être bien pesé, d’autant plus que les différentes directions régionales des Fraudes n’ont pas toujours la même analyse des situations.

 

Les plus lus

<em class="placeholder">Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne</em>
En Champagne : « J’ai imaginé une fraise de curetage pour lutter contre les maladies du bois de la vigne »
Le vigneron champenois Thomas Berger-Leslavergne a cocréé une fraise de curetage, l’OB 20, plus maniable et précise que les…
<em class="placeholder">Remorque antigel bricolée.</em>
Astuce de vigneron en Gironde : « J’ai confectionné une remorque antigel pour protéger mes vignes »

Frédéric Lahaye, viticulteur à Val de Virvée, en Gironde, a bricolé une remorque antigel. Voici comment il a opéré.

<em class="placeholder">Aurélien Schlienger, directeur des domaines Baudry Dutour, à Chinon, en Indre-et-Loire</em>
En Indre-et-Loire : « Notre programme de traitement de la vigne à environ 400 euros/ha/an intègre des biocontrôles »

Aurélien Schlienger, directeur des domaines Baudry Dutour, à Chinon, en Indre-et-Loire, intègre du biocontrôle dans ses…

<em class="placeholder">Le programme de protection doit tenir compte de la pression black-rot sur les gamays. </em>
Dans le Rhône, « le soufre réinvestit mon programme de traitement de la vigne »

Certifié Terra Vitis, Benoît Bleton essaie de limiter les produits CMR au maximum, tout en conservant une bonne efficacité.…

<em class="placeholder">Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine &amp; Spirits Business.</em>
Inde : « Il faut que la filière viticole française ait bougé d’ici un ou deux ans maximum car tout le monde lorgne sur ce marché »

Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine & Spirits Business, analyse le…

<em class="placeholder">Vigne aspergée</em>
En Champagne : « Cet épisode de gel de la vigne va certainement rentrer dans le top 3 des plus dévastateurs »

Les gels du mois de mars et de début avril ont été dévastateurs en Champagne et dans le Chablisien, mais beaucoup moins…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole