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Les Rendez-vous experts IFV
Mildiou de la vigne : cinq conseils pour bien employer le cuivre lors de la campagne 2026

Suite à la réévaluation estivale de certains produits cupriques par l’Anses, la campagne 2026 s’annonce compliquée. Voici tout ce qu’il faut savoir avant de démarrer les traitements.

<em class="placeholder">Traitement phytosanitaire de la vigne à Claix en Charente, le 16 mai 2023 avec le pulvérisateur Wulp monté sur tracteur John Deere
Vignobles Lescure</em>
Il reste 17 produits à base de cuivre pour protéger la vigne du mildiou. Mais leurs conditions d'emploi ne cessent de se durcir.
© Clara de Nadaillac

1. Bien choisir son produit

Suite à la mise en place de la nouvelle réglementation européenne en 2019, toutes les firmes ont dû déposer des dossiers de réévaluation de leurs produits cupriques. En 2025, l’Anses a étudié 34 spécialités commerciales. Sur ces 34 produits, seuls deux pourront être employés en 2026 par les viticulteurs professionnels. Il s’agit du Champ Flo Ampli et de l’Héliocuivre. Tous les autres ont été retoqués ou ont été interdits pour un usage viticole.

Parallèlement à cela, 15 dossiers de réévaluation ont été déposés en Italie, où les autorités compétentes n’ont pas encore statué ; elles ont jusqu’au 30 juin 2029 pour le faire. En 2026, ces 15 spécialités restent donc utilisables en France dans les mêmes conditions que précédemment, en dehors de la période de floraison (voir point 2). Au total, il reste donc 17 produits cupriques autorisés pour la campagne 2026.

Chaque produit a des spécifications différentes. De manière globale, plus sa réévaluation est récente, plus les contraintes d’utilisation sont importantes. À cet égard, celles du Champ Flo Ampli et de l’Héliocuivre sont les plus draconiennes. Ces restrictions comportent entre autres une non-autorisation du fractionnement et un délai entre applications de sept jours.

Lire aussi : Cuivre : quelles sont les spécifications des 17 spécialités cupriques autorisées pour la lutte contre le mildiou de la vigne en 2026 ?

Pour gérer ces restrictions, il sera nécessaire d’avoir plusieurs spécialités en stock. En effet, en bio et en conventionnel, si la pluviométrie est importante, on peut être amené à traiter deux fois dans la même semaine. Il faudra donc recourir à deux spécialités distinctes.

Or les concentrations diffèrent souvent entre produits, de 12 % à 75 % selon les spécialités commerciales. Cela peut être source d’erreurs si on ne regarde pas précisément les étiquettes lorsque l’on passe d’un produit à l’autre.

2. Être attentif à la période de floraison

À ces questions de réévaluation s’ajoute la réglementation abeilles, dont de nouvelles dispositions sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026. Celle-ci impose des contraintes supplémentaires, le principe de base étant que toute spécialité disposant d’une interdiction d’application en période de floraison n’est pas utilisable sur cette période. C’est le cas du Champ Flo et de l’Héliocuivre. Les spécialités commerciales qui ont vu leur usage vigne retiré ou qui ont perdu l’ensemble de leurs autorisations de mise sur le marché (AMM), qui restent utilisables jusqu’au 15 janvier 2027, sont également interdites pendant la fleur.

Pour les spécialités dont les dossiers d’AMM sont en cours d’instruction en Italie, leur usage est possible en période de floraison sous réserve que les firmes détentrices aient déposé un dossier présentant des données justifiant une absence d’impact sur les abeilles. En attente d’évaluation de ces dossiers, ces produits restent autorisés.

3. Prendre en compte le nombre d’applications maximal autorisé

Un autre point de vigilance concerne le nombre maximal d’applications autorisé. La plupart des produits sont homologués pour trois, avec de rares spécialités jusqu’à dix passages par an. Sur cet aspect, deux produits n’ont pas de contrainte sur le nombre d’applications (le Yucca et le Nordox 75 WG) : seule une quantité maximale d’utilisation sur l’année est stipulée, ce qui apporte de la souplesse dans leur utilisation. L’Héliocuivre tire également son épingle du jeu puisqu’il est autorisé pour dix traitements. Le recours à l’alternance des spécialités est donc nécessaire pour assurer la protection sur l’ensemble de la campagne de protection.

Pour rappel, la réglementation ne permet pas de dépasser le nombre maximal d’applications sur une année, même en réduisant les doses employées.

4. Penser aux EPI, ZNT et DSPPR

Le port des équipements de protection individuelle (EPI) est une contrainte supplémentaire. Après tout passage de Champ Flo Ampli et d’Héliocuivre, les personnes entrant dans les parcelles jusqu’aux vendanges incluses devront porter des gants en nitrile. D’autres spécialités commerciales réhomologuées précédemment, telles que l’Airone SC ou le Cuproxat SC avaient déjà ces contraintes.

De même, si la plupart des spécialités cupriques n’ont pas de DSPPR (1), ce n’est pas le cas pour le Champ Flo Ampli et l’Héliocuivre. Ces deux produits se voient dotés d’une distance de 10 mètres incompressible.

Les deux spécialités réautorisées ont vu leur zone de non-traitement (ZNT) exploser à 20 et 50 m respectivement pour le Champ Flo AMpli et l’Héliocuivre. De plus, un dispositif végétalisé permanent (DVP) de 20 mètres est requis (mais inclus dans la ZNT).

Le statut des autres spécialités est variable mais souvent plus favorable compte tenu de leur AMM plus ancienne.

5. Combiner les approches de protection

Il n’existe toujours pas de produit miracle de substitution au cuivre, qui soit efficace, robuste (c’est-à-dire qui fonctionne bien quelles que soient les conditions) et pas cher. Les stratégies de diminution de cuivre doivent être couplées avec des actions prophylactiques (suppression des pampres, diminution de la vigueur, étalement de la végétation, aération de la zone des grappes), l’emploi d’outils d’aide à la décision tels que Decitrait pour avoir une vision précise du risque sanitaire et l’adaptation des itinéraires techniques.

Concernant les biocontrôles, les expérimentations menées ont identifié l’intérêt, dans certaines conditions, de les associer à des doses réduites de cuivre tout en maintenant l’efficacité. L’IFV poursuit les expérimentations sur ce point pour optimiser les usages du cuivre. Parmi les produits de biocontrôle les plus efficaces, on retrouve les phosphonates de potassium, mais ils sont interdits en bio. L’huile essentielle d’orange douce est assez employée également, car on dispose de suffisamment de recul dessus pour savoir ce que l’on peut en attendre selon le contexte. Nous manquons de visibilité sur les autres produits plus récents, car le comportement des spécialités varie d’un essai à un autre, voire d’un cépage à l’autre. Ces stratégies systémiques peinent à se déployer sur le terrain car elles sont souvent plus complexes et plus onéreuses à mettre en œuvre.

Tous ces conseils concernent la campagne 2026. Il n’y a aucune visibilité sur 2027, il y a trop d’incertitudes.

(1) Distances de sécurité vis-à-vis des personnes présentes et des riverains

Les 17 produits utilisables en 2026

Champ Flo Ampli, Héliocuivre, l’Airone SC, la bouillie bordelaise Caffaro WG, le Cuprocol duo, le Cuproxat SC, l’Evo tribasic, la Maniflow, le Nordox vitis, le Novicure, la bouillie bordelaise RSR Disperss, la bouillie bordelaise RSR Disperss non colorée, la bouillie bordelaise Manica, la bouillie bordelaise Manica NC (non colorée), le Kentan 40 WG, le Nordox 75 WG et le Yucca.

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