Aller au contenu principal

Des vins issus du raisonné sans résidus

Des analyses montrent que les vins de Bernard Hudelot, viticulteur et ancien maître de conférences en œnologie à l’Université de Bourgogne, ne présentent pas de résidus de produits phytosanitaires alors même qu’il en utilise. Voici sa théorie sur une telle absence.

Magali Grinbaum, responsable technique des analyses de résidus à l'IFV.
Magali Grinbaum, responsable technique des analyses de résidus à l'IFV.
© X. Delbecque

. Vos vins sont référencés dans le guide « Vin et Santé », qui met en avant une sélection de vins pour leurs effets bénéfiques. Pouvez-vous nous parler de l’étude réalisée par ce guide en 2014 ?

Cette étude avait pour but de rechercher 85 molécules résiduelles issues de pesticides, sur 70 cuvées présentes dans le guide « Vin et Santé ». Les analyses, réalisées par le laboratoire Dubernet, ont montré que mes vins ne contenaient pas de résidus. Du moins, par rapport à ce que la technologie nous permet de quantifier. J’ai été très étonné, puisque j’utilise des produits phytosanitaires, d’autant plus que certains vins bios présentent des résidus !

. Comment travaillez-vous vos vignes ?

Même si je n’ai pas de référentiel particulier, on peut dire que je suis en lutte raisonnée. J’ai choisi d’utiliser des produits phytosanitaires de synthèse pour la protection de mon vignoble, afin de traiter moins souvent que si j’étais en bio et d’avoir davantage de certitude sur ma récolte. Néanmoins, j’ai banni les produits pénétrants, je n’utilise que des produits de contact. Pour ce qui est de la conduite des vignes, je suis en vignes larges, à 3 000 pieds par hectare. Je pense que c’est un début d’explication : étant donné que j’ai trois fois moins de densité que mes confrères bourguignons, je diminue ma dose par trois lors des traitements. Moins de produits et pas d’absorption par la plante, il est clair que cela diminue les chances de trouver des résidus dans mes vins.

. D’autres facteurs peuvent-ils expliquer cette absence de résidus ?

Oui, j’ai quelques hypothèses. Tout d’abord, je récolte les raisins entièrement à la main. Cela ne produit quasiment pas de jus, contrairement à la machine, dont le jus peut potentiellement lessiver les feuilles et se charger en pesticides. Il faudrait comparer cela en analysant les différents jus, néanmoins cela me paraît logique. Ensuite, le mode d’élaboration des vins doit jouer un rôle. J’ai opté pour une méthode traditionnelle afin d’élaborer des vins de longue garde. Je réalise deux à trois pigeages par jour, de façon à extraire le maximum de polyphénols. Mes vins ne sont jamais filtrés et sont élevés jusqu’à 48 mois en barrique. D’après moi, les colloïdes en sédimentant entraînent les molécules résiduelles de pesticides. Je compte vérifier cela en faisant une étude des résidus en fonction du temps. J’aimerais également déterminer si le collage joue un rôle. Je souhaite pour cela faire des analyses dès mes prochaines vinifications.

Une explication multifactorielle

Pour moi, cette absence de résidus s’expliquerait plutôt par l’utilisation de produits non pénétrants, même si ce critère n’exclut habituellement pas de retrouver des molécules de produits phytosanitaires dans les vins. Nous savons qu’il y a parmi les produits de contact des molécules très persistantes, comme le dimétomorphe que l’on retrouvera systématiquement, et d’autres comme le mancozèbe ou les triazoles qui ont tendance à s’éliminer facilement. Le positionnement des produits lors de la campagne est aussi déterminant. D’après nos expérimentations, le fait de vendanger à la main ou à la machine n’influence pas la migration des matières actives dans les moûts. De même, je pense que la technique de vinification influe plus que la teneur en polyphénols. Mais cette dernière pourrait être une partie de l’explication qu’il serait intéressant d’étudier. Quoi qu’il en soit, la réponse est sans doute multifactorielle.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Vigne

Les plus lus

Glyphosate : seuls les usages sur le cavaillon et dans les parcelles non-mécanisables seront maintenus en vigne
Après trois ans de suspense, les conditions de restriction du glyphosate sont enfin précisées. Il restera autorisé dans les…
L'élévateur de vendange a remplacé six porteurs.  © Alabeurthe
[VIDEO] Un tapis élévateur pour mécaniser la vendange manuelle
Depuis 2019, Michel Laroche est équipé d’un tapis élévateur sur tracteur enjambeur pour remplacer les porteurs.
Phytos : les modalités de séparation entre la vente et le conseil enfin précisées
Issu de la loi Egalim du 30 octobre 2018, le principe de séparation de la vente et du conseil à l’utilisation des produits…
Cinq questions sur les analyses de résidus de pesticides dans les vins menées par l'association Alerte aux toxiques
La publication le 15 septembre dernier des résultats d’analyse de résidus de pesticides dans 22 vins dont une majorité certifiés…
Les teintures-mères utilisées pour l'isothérapie ont été réalisées à partir d'organes de vignes atteints par le mildiou. © CAB
Homéopathie en vigne, des effets ponctuels
L’homéopathie et l’isothérapie ont été testées dans le Val de Loire. Il en ressort des premières conclusions assez intéressantes…
Dans la mesure du possible, les stations météos doivent être placées à des distances d'au moins deux fois la hauteur de l'obstacle le plus proche. © Sencrop
Comment s’équiper  en stations météorologiques? 
Gel, irrigation, maladies… Les stations météorologiques connectées et les outils d’aide à la décision qui les accompagnent…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole