Vers une IGP cabri de Corse
Symbole des traditions pastorales insulaires, le cabri de Corse pourrait bientôt bénéficier d’une indication géographique protégée qui formaliserait l’élevage extensif de la race corse.
Symbole des traditions pastorales insulaires, le cabri de Corse pourrait bientôt bénéficier d’une indication géographique protégée qui formaliserait l’élevage extensif de la race corse.
Rustique, adaptée aux parcours et aux systèmes extensifs, la chèvre corse est indissociable de l’histoire agropastorale de l’île. Et le cabri corse est une tradition ancestrale, consommé traditionnellement durant les périodes de Noël et de Pâques. Pour protéger la production d’un cabri nourri au pis de la mère de leur naissance jusqu’à l’abattage, les professionnels espèrent finaliser la rédaction d’un cahier des charges d’une indication géographique protégée (IGP) « Cabri de Corse » d’ici la fin de l’année 2026.
De précédents travaux sur le cabri de lait de Corse
La démarche de reconnaissance par IGP n’est pas nouvelle. Un premier cahier des charges d’une IGP cabri de lait de Corse avait été déposé à l’INAO en 2010. Des travaux avaient suivi pour caractériser la spécificité sensorielle et l’aspect socioculturels du produit. Mais le projet a connu un coup d’arrêt au milieu des années 2010, faute de financements et de relais institutionnels. « Il y a eu une vraie cassure pour la filière, et tout ce qui était porté par les associations d’éleveurs s’est retrouvé fragilisé », rappelle Dolly-Laure Guidoni de l’Odarc, l’Office du développement agricole et rural de Corse.
Des cabris corses élevés sous leur mère
La relance s’opère à partir de 2018, avec le plan de relance « Capra corsa, capra viva » et la création d’une association d’éleveurs renouvelée. En 2019, deux chargés de missions sont recrutés par l’Odarc pour accompagner la race corse et, à partir de 2021, le travail reprend sur le cabri. Suivis en abattoir, analyses des carcasses, études nutritionnelles et enquêtes sur les pratiques permettent de caractériser objectivement le produit. « Le but, c’était de voir ce qu’on avait réellement aujourd’hui sur le territoire, pour savoir ce qu’on pouvait mettre concrètement dans un cahier des charges », précise Mathieu Mariani de l’Odarc. Les résultats confirment la forte homogénéité des pratiques : systèmes pastoraux, accès généralisé aux parcours et élevage des cabris sous la mère.
Un produit emblématique lié à la race locale
Aujourd’hui, la perspective d’une IGP « cabri de Corse » s’inscrit dans cette continuité. « L’idée n’est pas d’inventer un modèle, mais de formaliser des pratiques existantes et partagées », résume Mathieu Mariani. Pour les deux chargés de mission, l’enjeu est double : sécuriser l’avenir de la race corse tout en valorisant un produit emblématique, profondément ancré dans les pratiques pastorales de l’île.
Nelly Lazzarini, éleveuse de chèvres en Corse
« Une IGP pour valoriser les cabris corses »
« La chèvre corse est un animal rustique et très adapté à la montagne. Nos chèvres savent se débrouiller, elles sont libres et plus sauvages que d’autres races. C’est aussi ça qui fait leur identité. L’IGP Cabri de Corse donnera une meilleure reconnaissance et permettra aux consommateurs de savoir que c’est vraiment du cabri d’ici. Cela permettra de maintenir les prix et cela peut aussi aider certains bergers qui ont du mal à bien valoriser leur travail et cette race locale. »