Troubles musculosquelettiques (TMS) en agriculture : comment les prévenir par l’activité physique ?
Echauffements, étirements et pratique d’une activité sportive en dehors de l’exploitation agricole : prévenir ou limiter les troubles musculosquelettiques en agriculture passe par l’activité physique. Conseils d’enseignants en activité physique adaptée et d’une kinésithérapeute.
Echauffements, étirements et pratique d’une activité sportive en dehors de l’exploitation agricole : prévenir ou limiter les troubles musculosquelettiques en agriculture passe par l’activité physique. Conseils d’enseignants en activité physique adaptée et d’une kinésithérapeute.
Dos, épaules, mains, coudes, genoux…le métier d’agriculteur met le corps à rude épreuve. En 2024, plus de 80 % des maladies professionnelles déclarées par des agriculteurs et reconnues par la MSA, étaient des troubles musculosquelettiques (TMS) d’après la mutualité sociale agricole. Un chiffre qui ne diminue pas au fil des années. Ces affections touchent les tissus mous, muscles, tendons et nerfs principalement, à la périphérie des articulations. Et se traduisent par des douleurs et une gêne dans les mouvements qui impactent la vie professionnelle comme la vie privée des agriculteurs et viticulteurs. Contrairement aux idées reçues, pratiquer une activité physique peut limiter l’apparition des TMS, favorisés en particulier par les mouvements répétitifs, le port de charges lourdes et les vibrations.
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Des sessions de sport en groupe pour les agriculteurs de Franche-Comté
C’est pour cela que l’Asept et la MSA de Bourgogne-Franche-Comté ont lancé le programme Agrisport en 2019, avec pour objectifs de lutter contre l’isolement des exploitants agricoles dans les zones reculées et de montrer l’importance de l’activité physique. Comment ? En accompagnant des groupes d’agriculteurs dans la pratique d’activités sportives (étirements, renforcement musculaire, pilates, marche) à côté de chez eux, souvent dans une salle communale, une fois par semaine avec un enseignant en Activité Physique Adaptée (APA). Cet encadrement par un professionnel diplômé offre une meilleure prise en compte des douleurs des participants. Car, comme l’explique Morgane Cangero, enseignante en APA du programme Agrisport, « l’objectif de l’APA est de pouvoir pratiquer une activité physique, peu importe sa situation ».
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Le programme est déployé sur le territoire de la Franche-Comté. Ce sont plus de 100 agriculteurs et agricultrices, en majorité des éleveurs laitiers, répartis en groupes d’au moins 10 personnes, qui y ont participé sur l’année 2025-2026. « C’est un projet participatif : un agriculteur qui souhaite mettre en place un groupe proche de chez lui va rassembler les volontaires aux alentours, puis nous [l’Asept], on se charge de contacter un enseignant et de trouver une salle si besoin », décrit Giada Delfino, la responsable du pôle Programmes, Etudes et Développement de l’Asept Bourgogne-Franche-Comté. Lors de la première séance, les néophytes définissent avec leur enseignant les activités qu’ils souhaitent pratiquer et l’horaire qui leur convient.
Les agriculteurs ont tendance à avoir la sangle abdominale assez musclée, alors que la zone lombaire va manquer de force.
« On va travailler le gainage, la stabilité et aussi faire l’équilibre dans le corps, développe Morgane Cangero. Les agriculteurs ont tendance à avoir la sangle abdominale assez musclée, alors que la zone lombaire va manquer de force. » Un bon exercice pour ça : le « superman ». A quatre pattes, il suffit de tendre un bras vers l’avant et la jambe opposée, tenir quelques secondes la position, puis changer de côté. Attention, penser à respirer et à engager la sangle abdominale pour ne pas cambrer.
Crédit : Morgane Cangero
Il s’agit aussi de renforcer les groupes musculaires peu sollicités par le travail, pour ne pas voir apparaître des compensations. Sans oublier d’améliorer la mobilité, pour retrouver de l’amplitude et de l’aisance dans les mouvements. « Si on renforce une carcasse rouillée qui ne bouge pas, on aura beau la renforcer, elle restera rouillée », illustre l’enseignante en APA.
Une pratique sportive régulière peut aider lors des périodes agricoles intenses
Au-delà du renforcement musculaire, pratiquer une activité physique en dehors de l'exploitation permet le maintien de son état physique pendant les périodes plus creuses, comme avant les vendanges, les foins ou les moissons. Et donc de reprendre plus facilement le rythme lorsqu’il s’intensifie. « Après ces périodes où on a eu moins d’activités physiques, on redemande au corps de repartir tout de suite sur une intensité de travail très haute. L’idée de pratiquer une activité physique, c’est d’avoir un corps capable d’accepter ces variations de stress mécanique et d’éviter le trop de contraintes », explique Alexandre Guyot, enseignant en APA pour Agrisport.
La notion de plaisir est très importante
Existe-t-il un sport recommandé pour les exploitants agricoles ? Non, selon l’enseignant, toutes les activités sont bénéfiques tant au niveau physique que mental, pour peu d’être régulier : « Il ne faut pas se forcer, si on sait que l’on ne va pas tenir deux semaines, ça ne sert à rien. La notion de plaisir est très importante dans le changement d’habitude et donc dans le choix d’un activité physique adaptée.» Ce plaisir, ressenti pendant ou après l’activité physique, joue à sa façon un rôle dans la prévention des TMS. Aujourd’hui ces derniers sont indissociables des risques psycho-sociaux liés à l’environnement de travail et à la charge mentale, selon la MSA. Faire du sport ou une activité physique en dehors de l’exploitation réduit le stress par la sécrétion d’hormones et permet de déconnecter du quotidien.
A quel moment est-il bénéfique de s’étirer ?
Mobiliser, stabiliser, renforcer…et s’étirer ? Oui, mais pas n’importe quand ! D’après Anne-Hélène Goualou, dirigeante du réseau de prévention de kinésithérapeutes La minute Pep’s, bouger est la clé mais encore faut-il savoir quand et comment. Varier ses mouvements est bénéfique dès que l’on en ressent le besoin, pour se soulager directement en trouvant les exercices qui « libèrent ». Ce sont souvent ceux inverses aux mouvements aux gestes que l'on répète.
Il faut apprendre à s’écouter et s’autoriser à prendre le temps de le faire
Par exemple, « si le dos tire, on va venir évaluer doucement ce qu’on ressent en se penchant pour toucher ses pieds, illustre Anne-Hélène Goualou. Puis on fait le mouvement inverse : on se penche légèrement en arrière avec les mains sur le bas du dos. Après plusieurs répétitions de ce mouvement, si on sent que cela nous soulage, on sait qu’il est adapté à nous et que l’on peut le faire régulièrement pour se soulager ou même par prévention. » D’où l’importance de se connaître : « il faut apprendre à s’écouter et s’autoriser à prendre le temps de le faire », confirme Alexandre Guyot.
Ces mouvements sont à distinguer des étirements statiques. Ces derniers cherchent à venir étirer les structures sur une durée proche d'une minute. Ils sont à privilégier à des horaires éloignés des périodes de travail physique ou au moins à deux heures de distance des activités physiques. « Etirer une structure va avoir une sorte d’effet analgésique, on l’endort en quelque sorte, et donc on diminue sa vigilance, ce qui peut accentuer le risque de TMS si on s’étire de façon statique prolongée juste avant une prise de poste », explique la kinésithérapeute.
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Une application d’exercices d’échauffements
Les mouvements de prévention sont pratiqués de façon plus systématique que les échauffements, car ils sont une solution directe lors de l’apparition d’une gêne. Pourtant, les échauffements préparent le corps et permettent de prendre conscience de sa condition physique du moment. Quelques minutes suffisent, mais « il est plus dur de mettre en place des habitudes seul, le collectif peut aider à se motiver », insiste Morgane Cangero.
Comment trouver des exercices adaptés à nos pratiques et qui nous conviennent ? Les MSA Alpes Vaucluse, Provence Azur, Languedoc et Ardèche-Drôme-Loire ont développé en 2020 l’application Mouv’sAgri, avec un coach sportif. Elle propose gratuitement des enchainements d’exercices pour s’échauffer ou s’étirer. Sur l’application, il suffit de sélectionner sa filière agricole pour avoir accès à une liste d’exercices adaptés à réaliser, vidéos à l’appui. Il est également possible d’enregistrer son propre enchainement, selon ses besoins et ses préférences. Selon Aurélie Brun, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA Provence Azur, « c’est avant tout un outil qui peut être utilisé comme une amorce pour trouver des exercices et créer une routine avant d’être autonome, une fois la dynamique lancée ». Depuis sa création en 2020, Mouv’sAgri ajoute chaque année de nouveaux exercices selon les secteurs, avec par exemple en 2026, des exercices spécifiques pour les apiculteurs et les travailleurs forestiers.
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