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Trois pistes d’avenir pour la protection phytosanitaire des vignobles

La recherche de solutions contre les maladies cryptogamiques de la vigne est toujours aussi active. La preuve avec ces trois innovations qui pourraient bientôt s’ajouter au rayon des produits phytosanitaires.

<em class="placeholder">expérimentation de produits sur disques foliaires de vigne en laboratoire</em>
Les tests en laboratoire ont validé l'effet des produits, qui sont maintenant essayés sur champ.
© Biotalys

Les anticorps de camélidés de Biotalys

Peut-être aviez-vous déjà entendu parler des nanobodies pour la lutte contre le court-noué en vigne, une piste explorée par l’Inrae. L’entreprise belge Biotalys travaille depuis des années sur ces mêmes protéines, mais dans la lutte contre les maladies cryptogamiques. Elle a mis au point un produit fongicide, Evoca, qui vient d’être approuvé aux États-Unis en décembre et devrait l'être en Europe à la fin de l’année.

« Les nanobodies sont des anticorps très spécifiques, produits par les camélidés, explique Toon Musschoot, responsable communication de la jeune entreprise flamande. Sur le même principe que la vaccination, nous avons administré de l’oïdium ou du botrytis à un lama, dont l’organisme comprend que c’est un corps étranger et crée un anticorps spécifique pour le neutraliser. Nous l’avons récupéré dans son sang puis reproduit en laboratoire. » Le polypeptide obtenu attaque l’intégrité des cellules du pathogène, causant leur mort, et interfère avec la germination des spores et la croissance des hyphes. « Aussi notre produit est un strict préventif, à utiliser en début de cycle, relate Toon Musschoot. Les résultats sur un pathogène déjà bien installé sont peu satisfaisants. »

De nombreux essais au champ ont été réalisés ces cinq dernières années dans divers pays, notamment avec l’IFV. Le responsable communication parle d’efficacité équivalente à un traitement conventionnel, et suggère une utilisation en solo et en alternance avec des produits classiques, afin de gagner des points d’IFT.

Le produit devrait être sur le marché dans trois ans, le temps d’amorcer la production à échelle industrielle. Il devrait être classé biocontrôle mais non bio, à un tarif « concurrentiel avec ce qui existe déjà », espère Toon Musschoot. Un deuxième produit, basé sur la même technologie et visant les mêmes maladies, est en développement, sous nom de code Biofun 6. Les premiers essais laissent entrevoir des effets supérieurs au premier.

Les extraits de pépins de raisin 

Les pépins de raisin ont décidément plus de ressources que l’on ne pensait. L’entreprise Cérience l’a bien compris, puisqu’elle travaille depuis une dizaine d’années sur leurs propriétés phytosanitaires, et a porté le dossier et obtenu le classement des extraits de pépins de raisin en substance de base en Europe.

« Les principes actifs sont des oligomères proanthocyanidines, OPC, molécules de la famille des flavonoïdes », explique Édouard Varaigne, chef marché agronomie et solutions chez Cérience. Des composés qui se fixent à la surface du champignon et dégradent la membrane cellulaire, effectuant une action directe et multisite. Les effets vont du blocage de la germination des zoospores à l’inhibition de croissance du mycélium, en passant par la réduction de la mobilité du pathogène. « Mais nous nous sommes rendu compte qu’il y a une forte variabilité de l’efficacité en fonction des cépages ou des process d’extraction », poursuit le chef marché.

La firme réalise cette année les derniers ajustements, mais annonce d’ores et déjà le lancement d’un produit pour lutter contre le mildiou en 2027, aujourd’hui sous nom de code JDS1. La stratégie est validée : le JDS1 sera à utiliser en solo à 0,5 litre par hectare sur les premiers traitements, ou bien en fin de cycle. « Nous ne préconiserons pas de combiner avec du cuivre, d’une part parce que ça n’est pas nécessaire, et d’autre part parce qu’il y a des risques de précipitation en mélangeant les deux produits », renseigne Édouard Varaigne. Ce dernier assure, dans les essais, avoir remplacé un kilo de cuivre par hectare grâce à l’alternance entre les deux sans qu’il y ait de différence sur la qualité de la protection. Le tarif n’est pas encore fixé, mais la firme espère pouvoir se positionner entre 30 et 40 euros par hectare et par traitement, près de certains cuivres.

Mais sur ce dossier Cérience s’est fait damer le pion par Berkem, qui a lancé en octobre OPSeed75. Le groupe girondin, spécialisé dans l’extraction végétale, a décidé d’exploiter le marché agricole et travaille le sujet en R & D interne depuis quatre ans. Le produit se compose d’extraits de pépins de raisin en poudre, à utiliser en préventif en pré ou post-floraison. « Dans nos essais, OPSeed75 seul montre une efficacité comparable à une référence cuivre, et l’association d’une demi-dose de cuivre et d’extraits de pépins donne les meilleurs résultats », assure Marie Chadan, responsable des affaires publiques du groupe. Pour l’heure, Berkem assure la distribution en direct, afin d’accompagner le client. Le produit est, du fait de son classement en substance de base, utilisable en agriculture biologique et ne nécessite pas de Certiphyto. L’entreprise n’a pas souhaité communiquer le tarif.

Enfin, Célia Rousset, de l’entreprise à mission Pépite raisin, assure également accompagner une entreprise sur cette même thématique. Un projet est lancé pour trois ans, associant cinq domaines (dont Penfolds), dans le but de trouver un protocole et de sortir un produit antimildiou à base de pépins de raisin, mais différent des deux premiers.

Une molécule qui booste les SDP à l’Inrae

Stéphane Bourque, enseignant-chercheur spécialisé dans les défenses des plantes à l’Inrae de Dijon, a découvert une famille de protéines, présente chez les végétaux, qui bride l’intensité de leur réponse immunitaire. Ce sont les histones désacétylases de type-2 (HD2). « À chaque fois que l’on a cherché à réduire l’action de ces protéines chez le tabac, les réponses immunitaires aux biostimulant étaient plus fortes », explique-t-il.

Pourquoi donc ne pas essayer, de la même manière, de désinhiber les défenses de la vigne ? Les premières expérimentations en serre ont montré que l’emploi d’un désinhibiteur seul affiche 50 % d’efficacité sur l’oïdium. Et couplé au Cos-Oga, il montre un effet synergique sur la protection contre le mildiou. Idem avec le produit Belvine, preuve que ce désinhibiteur ne booste pas spécifiquement un unique stimulateur de défense des plantes (SDP), mais plusieurs. Le projet Derebio a ainsi été lancé en 2024, pour faire avancer les connaissances sur ce mécanisme et surtout tester l’utilité au vignoble.

« Les premiers résultats obtenus en 2024 et 2025 sur mildiou dans le vignoble bourguignon montrent que la stratégie semble fonctionner », se réjouit Stéphane Bourque. Un témoin bio à 4 kg de cuivre par hectare a été comparé à trois modalités : le cuivre demi-dose couplé au désinhibiteur seul, au produit Belvine seul ou à une demi-dose de Belvine associé au désinhibiteur. Les observations font état de protections égales ou supérieures à la modalité de cuivre pleine dose.

Un brevet a été déposé à l’échelle mondiale sur la molécule désinhibitrice, à même de bloquer l’activité de la protéine HD2. « C’est un composé abondant et non toxique, compatible avec l’agriculture biologique, précise l’enseignant-chercheur. Un déchet de la chimie verte peu onéreux. » L’industriel Cérience est partenaire du projet Derebio, qui prendra fin en 2027.

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