Stockage de l’eau : « Une irrigation de 2000 m³/ha sur maïs coûte 620 € avec notre réserve de substitution en Dordogne »
Les deux réserves de substitution de l’ASA du Bandiat, entre Charente et Dordogne, ont permis le maintien d’ateliers rémunérateurs sur les exploitations concernées. Mais aujourd’hui leur rentabilité, étroitement liée aux prix de l’énergie et de vente des productions, inquiète les membres de l’ASA.
Pour sécuriser l’irrigation de leurs cultures en été, les membres de l’ASA du Bandiat (association syndicale organisée) ont fait le choix de stocker l’eau. Une solution qui apporte de la sérénité, mais qui s’accompagne aussi d’investissements et de charges importants pour les exploitations. À l’origine, les agriculteurs irriguaient par pompage dans le ruisseau le Bandiat, un sous-affluent du fleuve Charente. Les restrictions de plus en plus précoces les ont poussés à chercher d’autres solutions. « Stocker l’eau nous paraissait une alternative intéressante », explique Patrice Gourinchas, président de l’ASA. « Nous sommes sur des sols argilo-calcaires très superficiels, dans une région où les étés sont chauds et secs, l’eau est indispensable pour sécuriser la production. »
La réflexion, commencée au début des années 2000, a abouti en 2007 avec la création de deux réserves de 125 000 et 150 000 m³, pour sept exploitations. En service depuis 2011, elles sont alimentées par pompage dans le Bandiat du 1er novembre au 30 avril. « Il n’y a pas eu d’opposition sociétale à l’époque, ni depuis d’ailleurs », souligne Patrice Gourinchas.
620 €/ha de charges annuelles pour irriguer du maïs
Le département de la Dordogne a acquis les réserves pour qu’elles bénéficient de subventions, et l’ASA gère la distribution collective. Le coût total pour 275 000 m³ de stockage a atteint 2,3 millions d’euros, dont 900 000 euros pour les conduites souterraines. Patrice Gourinchas précise que le remplissage par pompage multiplie par trois les coûts d’électricité par rapport à une retenue collinaire, et que les frais de bâche sont par ailleurs élevés puisqu’ici, le sol n’est pas perméable. La taille du réseau joue aussi : « Plus il s’étend loin du point de pompage, plus il sera coûteux. »
Les 275 000 m³ correspondent à 135 modules de 2 000 m³. Les charges fixes annuelles s’élèvent à 360 euros par module, et les charges variables (électricité) à 0,13 €/m³ consommé. « Nos réserves nous coûtent cher à cause du prix de l’électricité », explique Yann Gourinchas, fils de Patrice. Ainsi, pour un hectare de maïs grain (2 000 m³/ha/an), la charge totale atteint 620 €/ha. « Ce n’est pas rentable au prix du maïs actuel », estiment père et fils, qui irriguent du maïs grain pour nourrir leurs poulets fermiers, cultiver du soja et des noyers. Les autres membres de l’ASA sont des laitiers en AOP beurre Charentes-Poitou qui arrosent du maïs ensilage. « Le stockage sécurise la production d’aliments pour des ateliers animaux rémunérateurs. Ceux qui font du maïs en sec doivent souvent acheter du fourrage », souligne Yann.
Une réserve de substitution est un engagement financier sur 20 ans
Aujourd’hui, cinq exploitations utilisent les réserves. Patrick Gourinchat insiste sur le fait que la réserve impose un coût fixe au foncier, qu’on irrigue ou non. « C’est un problème pour les propriétaires qui ne trouvent pas d’acheteur ou de fermiers derrière pour reprendre leurs modules. Il faut intégrer, au moment de la réflexion, l’âge des agriculteurs qui s’engagent, car ça peut poser problème. »
Père et fils restent inquiets pour l’avenir : « Le prix de l’électricité augmente, les prix de vente de nos produits fluctuent, et la rentabilité des réserves n’est plus forcément assurée. Nous ne l’avions pas assez anticipé à l’époque, nous nous voyions dans une agriculture d’avenir. » La concession de 20 ans arrive à échéance en 2032, ce qui allégera la charge fixe de 110 euros par module (fin de l’emprunt). Mais malgré tout, certains membres seraient tentés de renoncer à leurs droits pour revenir à leurs forages. Avec des restrictions fin juillet-début août, cette solution ne permettrait toutefois pas de mener à bien des cultures d’été.