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Production de semences : quelles sont les conditions pour se lancer avec succès ?

Produire des semences sur son exploitation reste une activité à forte valeur ajoutée qui permet de diversifier ses revenus. Mais devenir agriculteur multiplicateur nécessite certains prérequis et implique d’être à l’écoute des techniciens.

<em class="placeholder">Parcelle de semences de Trèfle incarnat.</em>
Les légumineuses, comme le trèfle incarnat, sont de plus en plus utilisées pour leur atouts agronomiques, des opportunités sont à saisir en multiplication de semences.
© Fertiberry

Le secteur des semences reste dynamique en termes de production, de chiffre d’affaires généré et d’emplois, souligne Pierre Pagès, président de Semae, l’interprofession des semences et plants. Toutefois la concurrence avec d’autres pays producteurs est rude sur certaines espèces, le nombre d’agriculteurs multiplicateurs diminue et les surfaces s’érodent. Cultures à forte valeur ajoutée, les semences peuvent constituer « une source de diversification intéressante » pour des exploitations de grandes cultures, « dès lors que l’on aime la technique », souligne Thomas Bourgeois, président de la Fnams (Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences).

L’irrigation incontournable en maïs et tournesol

Jean-Marc Bouvier, directeur du pôle végétal et distribution spécialisée chez Vivadour, coopérative basée dans le Gers, explique que pour produire des semences de maïs ou de colza, « il faut d’abord des conditions climatiques qui s’y prêtent : soleil, chaleur, vent et eau ». En maïs et tournesol, l’irrigation est incontournable. Elle l’est moins en colza et encore moins en semences autogames (céréales d’hiver) ou en semences fourragères. « Quatre espèces fourragères sur cinq n’en nécessitent pas », indique Pascal Gaucher, directeur de Fertiberry semences, société du groupe Axéréal basée dans l’Indre et spécialisée dans la production de semences de légumineuses fourragères, lentilles et plantes de service.

Il faut aussi des conditions de sols adaptées. Le colza semence n’aime pas les sols asphyxiés en hiver mais des conditions trop limitantes en eau ne lui sont pas favorables non plus. La luzerne semence a besoin d’un pH minimum de 6,5. Thomas Bourgeois, évoque-lui, « l’obligation d’isolement », à travers l’exemple des semences de betteraves sucrières, qui ne peuvent être produites dans des zones où sont cultivées des betteraves sucrières.

La production de semences nécessite souvent du matériel spécifique. En maïs, il est par exemple nécessaire d’être équipé d’une castreuse, ce qui suppose, vu son coût (environ 80 000 euros), une surface importante pour l’amortir ou un achat en commun. Il faut aussi du matériel de récolte (souvent réalisée par des ETA) et parfois des semoirs particuliers. Ce besoin en matériel est beaucoup moins important en productions de semences autogames ou fourragères, avec des itinéraires techniques proches des cultures de consommation. « Les fermes de grandes cultures ont généralement le matériel suffisant moyennant quelques réglages spécifiques », explique Pascal Gaucher. La gestion d’une main-d’œuvre saisonnière est un autre point important sur certaines espèces. En colza, maïs, tournesol, de nombreux travaux manuels sont à réaliser.

Plus de risques en production de semences mais une meilleure marge

« La production de semences d’hybrides s’adresse à des agriculteurs qui sont réceptifs et à l’écoute des conseils car les itinéraires sont très techniques », explique Jean-Marc Bouvier. Quand un jeune démarre, Vivadour lui propose d’abord un contrat de maïs stériles (pas de castration), puis si tout se passe bien, des maïs fertiles. « On ne refuse jamais quelqu’un qui veut se lancer, même en période de recul des besoins. On le fait démarrer sur 8 à 10 hectares (alors que la moyenne est à 25 à 30 hectares), il est très suivi par l’un de nos six techniciens et on lui trouve des solutions transitoires pour le matériel. Dans neuf cas sur dix, l’essai est couronné de succès et l’agriculteur poursuit dans cette voie », assure-t-il.

Pascal Gaucher explique que Fertiberry propose également un accompagnement et un suivi « intense », surtout pour les nouveaux multiplicateurs : « Les étapes les plus sensibles sont l’implantation et la récolte. Il faut apprendre à travailler l’espèce, et y aller progressivement. »

Des contrats proposés en fourragères

La prise de risque est plus importante en production de semences qu’en production classique avec des rendements très variables et une forte exigence de qualité. Mais la marge est aussi plus élevée et elle est en partie sécurisée par la signature d’un contrat avec un prix garanti. La forte technicité de la production de semences ne doit pas être un frein pour Jean-Marc Bouvier, qui indique que Fertiberry a « des contrats à proposer », notamment en légumineuses. La société projette d’augmenter de 50 % son plan de production de luzerne et souhaite élargir les territoires où sont multipliées ses semences (actuellement en région Centre, mais aussi en Seine-et-Marne, Poitou, Sud-Ouest) pour réduire le risque climatique.

Le président de la Fnams confirme le propos en indiquant que les contrats en fourragères et potagères sont à la hausse pour 2025, alors qu’ils restent assez stables sur les autres espèces.

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