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Pommes de terre : une campagne de commercialisation 2025-2026 qui s’annonce difficile

Avec une production 2025 attendue à 8,5 millions de tonnes, la récolte française de pommes de terre s’annonce record. Mais cette surproduction, portée par l’explosion des surfaces, face à une demande en berne, fait plonger les prix et inquiète les producteurs.

<em class="placeholder">Tas de pommes de terre après arrachage. </em>
Les estimations de production pour la campagne 2025 laissent présager un gros déséquilibre entre offre et demande.
© S. Leitenberger

Annoncée à 8,5 millions de tonnes par l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), la récolte 2025 de pommes de terre de consommation (frais et industrie) atteindra, si ce chiffre se confirme, un niveau inédit depuis 10 ans. Cette progression de 900 000 tonnes en un an résulte d’une forte hausse des surfaces (+ 25 % par rapport à 2023), à 197 000 ha, alors que le rendement moyen est estimé en léger recul par rapport à 2024, à 43 t/ha.

Dans ce contexte, et avec des prévisions de récolte, elles aussi, en forte hausse dans les pays voisins, l’offre est supérieure à la demande et les prix très bas, proches des 15 €/t sur le marché libre. Le marché contractuel offre davantage de sécurité, mais s’avère lui aussi chahuté.

Une surproduction nationale annoncée depuis plus d’un an

Cette explosion des surfaces est la conséquence d’une hausse annoncée de la demande, liée à la création de trois nouvelles usines de transformation à l’horizon 2030 en France. Cette demande, chiffrée en 2022 à un besoin supplémentaire de 40 000 ha de pommes de terre, a été largement anticipée puisque « cette surface a été atteinte en 2025, en 3 ans au lieu de 7 ans », énonce Guillaume Lidon, directeur de l’UNPT. 

Les surfaces de pommes de terre augmentent depuis plusieurs années car la culture est plus rentable que les céréales pour les producteurs, et sur cette campagne en particulier, les industriels ont proposé des volumes très importants. Il y a eu « une surestimation des surfaces par les acteurs industriels », estime le directeur de l’UNPT qui rappelle que la profession avait lancé plusieurs alertes, fin 2023 puis à l’automne 2024, sur le risque de surproduction, en conseillant de ne pas devancer la demande.

Des contrats révisés à la baisse

Les volumes ont été revus finalement à la baisse. La campagne 2025 a ainsi été marquée par des revirements d’engagements contractuels ou commerciaux de la part de certains industriels, notamment ceux de la frite surgelée. Guillaume Lidon explique que le plus gros acheteur de France, Clarebout (Belgique), a revu à la baisse (-10 %) les volumes initialement annoncés dans ses pré-engagements commerciaux, avant même la conclusion des contrats, et ce 10 jours avant les plantations, bien trop tard pour que les planteurs puissent s’adapter. D’autres industriels ont suivi ce mouvement, comme McCain (Pas-de-Calais et Marne) ou Mousline (Somme). 

Certains producteurs ont même été confrontés à des demandes de révision unilatérale de contrats, pourtant signés depuis plusieurs mois, pour la campagne 2025-2026 par certains opérateurs français et belges, « des pratiques inédites », souligne le directeur de l’UNPT.

Un contexte international défavorable

La pomme de terre de transformation française est par ailleurs confrontée à une baisse de la demande sur la scène internationale. Plusieurs facteurs expliquent la situation, selon Guillaume Lidon : un ralentissement de la demande mondiale liée à une parité euro/dollar défavorable, la situation géopolitique au Moyen-Orient (marché des frites surgelées très important), de très grosses productions en Chine et en Inde, qui se sont remis à produire très rapidement et qui concurrencent la frite européenne sur certains marchés (Moyen-Orient, Pakistan, Asie du Sud-Est) et enfin une baisse de la consommation de frites en Europe (gros débouché pour la France) du fait de l’inflation.

De grosses difficultés attendues sur le marché du libre

Les producteurs qui ont des contrats et des prix fixes, ne devraient pas avoir de problème pour valoriser leur marchandise s’ils respectent à la lettre les cahiers des charges. « Cette année, il faudra une marchandise irréprochable, car il n’y aura pas de marge de discussion possible », prévient le directeur. 

Sur le marché libre de l’industrie, les choses s’annoncent beaucoup plus compliquées, notamment pour les nouveaux producteurs qui se sont lancés en 2024-2025, sans outil de stockage, sur de petits volumes contractualisés, et qui risquent de ne pas trouver preneurs pour le plus gros de leurs volumes pour lesquels ils n’ont pas souscrit de contrats. Va donc se poser la question du dégagement chez les producteurs qui ne peuvent stocker.

Des coûts de transports trop élevés pour dégager les pommes de terre vers les régions d’élevage

Du côté du débouché animal, le directeur indique que les coûts de transport sont trop élevés pour envisager des flux de pommes de terre vers les grosses régions d’élevage que sont les Pays de la Loire, ou le Massif central.

Sur le marché du frais, les prix sont également assez bas, même si la crise a moins d’emprise sur la pomme de terre fraîche. « Le marché sera un peu mieux configuré d’ici quelques mois, des opportunités pourront se présenter », estime Guillaume Lidon.

La campagne de commercialisation ne fait que commencer pour la pomme de terre. Elle va s’étaler jusqu’en juin et il est difficile de dire comment les choses vont évoluer dans les prochains mois, conclut le directeur de l’UNPT.

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