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Maïs et mycotoxines : le réchauffement climatique accroît le risque de développement d’aflatoxines produites par Aspergillus

Le dérèglement climatique se traduit de plus en plus par des conditions localement « tropicales » en France. Il favorise des attaques d’un nouveau champignon producteur de d’aflatoxine sur maïs : Aspergillus. Arvalis apporte son expertise.

La présence d’Aspergillus se caractérise par un aspect gris verdâtre poudreux sur les épis de maïs.
La présence d’Aspergillus se caractérise par un aspect gris verdâtre poudreux sur les épis de maïs.
© Arvalis

En plus des mycotoxines dues à des fusarioses sur maïs, il va falloir compter sur les aflatoxines produites par Aspergillus en France. « L’aflatoxine B1 est un cancérigène naturel très puissant et la seule mycotoxine classée par le Circ (1) comme cancérigène avéré pour l’homme, signale Béatrice Orlando, spécialiste qualité sanitaire à Arvalis. Parmi les céréales, le maïs est le plus exposé à ce contaminant. »

Il y a quelques décennies, ces contaminations s’observaient uniquement dans les régions tropicales et subtropicales, avec des mesures de précautions prises sur les importations. « Les Aspergillus de la section flavi produisant l’aflatoxine sont des champignons thermophiles dont la croissance et la germination des spores sont optimales à 33 °C, avec un développement possible au champ comme au stockage », précise Béatrice Orlando.

Jusqu’à récemment, la certification européenne de sécurité des aliments (EFISC-GTP) considérait la France comme indemne de ce contaminant en raison de son climat tempéré. Depuis quelques années, les alertes se multiplient sur la contamination de productions européennes par les aflatoxines dans plusieurs pays : Roumanie, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Croatie, France… « Dans l’Hexagone, sur un total de 797 parcelles suivies de maïs grain, la proportion de parcelles dans lesquelles est dénombré Aspergillus flavi varie : 49 % en 2016, 54 % en 2018, 56 % en 2019, 80 % en 2020 », établit la spécialiste d’Arvalis.

Des dépassements des normes en aflatoxine ponctuellement

Y a-t-il danger pour autant ? La teneur maximale autorisée est de 20 µg pour l’aflatoxine B1 en alimentation animale et 2 µg/kg en nutrition humaine (4 µg/kg pour la somme des aflatoxines). « Entre 2016 et 2020, on observe une quantification d’aflatoxine B1 supérieure à 1 µg/kg dans 0,5 % (2019) à 5,2 % (2020) des parcelles suivies. C’est donc peu fréquent, rassure Béatrice Orlando. Mais il est possible d’observer ponctuellement des dépassements de la réglementation actuellement en vigueur. »

Pour ne pas faire simple, la présence d’Aspergillus flavi ne signifie pas systématiquement celle d’un risque aflatoxine. Les souches de ce champignon diffèrent sur leur potentiel toxinogène. Des études sont en cours pour caractériser plus précisément ces souches, notamment celles responsables d’une production de mycotoxines.

Quels sont les facteurs influant le développement d’Aspergillus ? « La température moyenne sur l’ensemble du cycle du maïs a un impact significatif sur le dénombrement du pathogène retrouvé dans les grains. Des séquences chaudes au printemps (mars-avril) vont favoriser le développement du champignon au sol. Il en est de même des températures élevées en post-floraison (août) sur la progression et l’installation du pathogène dans la plante contaminée », précise l’experte d’Arvalis.

Le pathogène favorisé par le réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est en cours et l’hypothèse la plus probable pour les années à venir est celle du scénario dit RCP4.5 (Giec) avec une augmentation estimée de la température de 0,8 °C sur la période mars à octobre à l’horizon 2040. « Cette évolution climatique apportera des conditions plus favorables au pathogène, nécessitant d’intégrer ce risque sanitaire dans les pratiques culturales à mettre en œuvre », souligne Béatrice Orlando. Selon les travaux européens conduits par une équipe italienne, lors d’années propices à Aspergillus, le risque aflatoxine pourrait atteindre dans certaines régions de France un niveau "moyen" alors qu’il était "négligeable à faible" il y a 10 ans.

Des pratiques agricoles peuvent freiner le développement de ce champignon, qui sont en partie les mêmes que celles pour lutter contre les fusarioses. Certaines conditions sont favorables au développement d’aflatoxines : la présence d’insectes foreurs (pyrales, sésamies), des semis et/ou des récoltes tardives, la mauvaise gestion des résidus du précédent cultural ainsi que le préstockage humide.

Les parcelles bien arrosées sont peu vulnérables à Aspergillus

Aspergillus a besoin de conditions de sécheresse pour se développer, en plus de chaleur. En cela, ses exigences se rapprochent de celles de Fusarium verticillioides (producteur de fumonisines) mais pas de Fusarium graminearum (déoxynivalenol, zéaralénone) qui a besoin de douceur et d’humidité. « Une parcelle de maïs sans stress hydrique grâce à des pluies et/ou une irrigation régulière ne sera pas vulnérable à Aspergillus, remarque Béatrice Orlando. Les années sèches, l’irrigation est le nerf de la guerre. »

L’ingénieure d’Arvalis souligne l’importance de ne pas récolter trop tardivement. « Il faut être vigilant dans ce type de situation. La production d’aflatoxines n’a lieu qu’en fin de cycle lorsque l’humidité du grain est inférieure à 32 %. Plus on allonge cette période jusqu’au séchage du grain et plus le risque aflatoxines est élevé. » En deçà de 17,5 % d’humidité, la production d’aflatoxine s’arrête.

(1) Centre international de recherche sur le cancer.

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