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En Champagne : « J’ai imaginé une fraise de curetage pour lutter contre les maladies du bois de la vigne »

Le vigneron champenois Thomas Berger-Leslavergne a cocréé une fraise de curetage, l’OB 20, plus maniable et précise que les petites tronçonneuses habituellement dévolues à cette tâche. Nous l’avons testée.

<em class="placeholder">Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne</em>
Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne, a imaginé une fraise de curetage.
© C. de Nadaillac

Aux yeux du vulgum pecus, il ne semble pas y avoir grand-chose de commun entre la viticulture et la chirurgie dentaire. Et pourtant ! Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne, s’est inspiré des instruments bucaux pour concevoir une fraise de curetage, l’OB 20. « J’ai imaginé le premier prototype en 2016, après une formation à la taille douce, où nous avions abordé le curetage », se remémore-t-il. La tronçonneuse employée par la formatrice ne l’avait en effet pas convaincu. Dangereuse, peu maniable, peu précise, avec une impossibilité de toucher la terre, il estime alors qu’elle est loin de cocher toutes les cases. Or il possède trois parcelles fortement touchées par les maladies du bois, où il souhaite bien pratiquer la technique fraîchement acquise.

« C’est alors que j’ai fait le parallèle avec la fraise du dentiste », sourit-il. Il se tourne vers un ami en poste chez Ocalest, du groupe Crea-tools, qui lui confectionne son premier prototype. Depuis, deux versions de lames cohabitent. Toutes deux sont en acier HSS, avec 8 % de cobalt. Elles mesurent une vingtaine de centimètres de long, pour un diamètre de 2 cm.

<em class="placeholder">Fraise de curetage</em>
Deux fraises sont au catalogue. La première est munie d’un gros diamètre d’attaque et de dents fines, à raison de 13 ou 14 rangées. La seconde a des dents plus grosses, disposées sur 12 ou 13 rangées, mais un diamètre d’attaque plus faible. © C. de Nadaillac
La première est munie d’un gros diamètre d’attaque et de dents fines, à raison de 13 ou 14 rangées. La seconde a des dents plus grosses, disposées sur 12 ou 13 rangées, mais un diamètre d’attaque plus faible.

Des embouts qui se fixent sur les perceuses du marché

Toutes deux disposent d’un embout de type foret et se clipsent sur toutes les perceuses sans fil du marché. « Il faut tout de même une bonne perceuse et non un modèle à 20 euros, précise Thomas Berger-Leslavergne, car il ne faut pas qu’elle chauffe : on prend appui sur le bois. L’outil peut prendre des chocs, sauter. Une bonne qualité est importante. » Il a pour sa part opté pour un modèle Milwaukee, équipé de quatre batteries en lithium de 5 ampères. « Cela me permet de tenir 2 heures, ce qui est suffisant, car j’en ai alors assez », observe-t-il. Une visseuse électrique n’est pas suffisante non plus, car trop légère.

Un curetage en deux temps, sécateur puis fraise

Au fil des années, le viticulteur a peaufiné son mode opératoire. Lors de la taille, il attaque les pieds pourvus d’esca au sécateur électrique et ôte le plus gros de l’amadou. « C’est plus simple et plus rapide au sécateur, témoigne-t-il, car on enlève d’un coup de gros morceaux. Cette étape prend 30 à 60 secondes par pied selon le stade de développement de l’esca» Puis il entoure un sarment d’un petit fanion. Le lendemain matin, il repasse avec sa fraise cureter tous les pieds ainsi marqués, afin de finaliser le travail. « Je fais ce qui ne peut pas l’être au sécateur », précise-t-il. Il estime passer entre 30 secondes et 2 minutes par pied. S’il préfère procéder ainsi en deux temps avec sécateur puis fraise, il indique qu’il est possible de réaliser tout le curetage avec la fraise qui attaque le plus, également recommandée pour s’initier avec le matériel. Une fois que l’aisance est là, il est possible de passer à la seconde fraise.

Découvrez cette fraise en action en vidéo : Vidéo : la fraise de curetage de la vigne OB 20 au travail 

Un outil innofensif pour l’homme

Thomas Berger-Leslavergne souligne l’aspect sécuritaire de son innovation, geste à l’appui : même en rotation sur la main, la fraise ne blesse pas l’utilisateur. Si elle attaque les pieds, c’est grâce à l’appui sur l’embout, comme nous avons pu l’expérimenter. Il est en effet indispensable de bien poser l’embout de la fraise sur le bois avant d’appuyer sur la gâchette de la perceuse, puis de peser dessus, pour éliminer l’amadou. Le viticulteur recommande de tenir la batterie de la main non utilisée afin de disposer de plus de puissance et de poids. Il suggère en outre de régler la perceuse sur le mode percussion et de travailler à la vitesse maximale. Moyennant le bon respect de ces conseils, l’outil est maniable, efficace et précis. Il permet d’accéder aisément et efficacement aux différents recoins atteints par la maladie. Le tout, pour « seulement » 350 euros HT. Mission accomplie !

Ces fraises sont disponibles sous environ une semaine (elles nécessitent 3 heures d’usinage), en passant commande auprès de Thomas Berger-Leslavergne, au 06 38 83 32 98 ou champagnegasmar@orange.fr.

De nombreuses autres innovations à son actif

Thomas Berger-Leslavergne n’en est pas à sa première innovation. Au fil des années, il a ainsi développé une caisse à vendange, un écarteur, un tendeur et un protège plant.

<em class="placeholder">Caisse à vendange</em>
La caisse à vendange de Thomas Berger-Leslavergne se base sur un modèle de l’ancienne marque Stamp, avec retour sur les côtés pour glisser les doigts. © C. de Nadaillac
La première, développée avec Acolyance, se base sur un modèle de l’ancienne marque Stamp, avec retour sur le bord supérieur, pour glisser les doigts. Le fond de la caisse dispose de 4 points d’injection et non plus d’un, pour limiter les risques de cassures. Le dessous de la poignée est rond, pour une meilleure répartition de la charge et un porté plus agréable. Enfin, les quatre angles sont dotés d’encoches toujours pour pouvoir y glisser les doigts, en l’occurrence les pouces.

Les caisses à vendange sont bien sûr gerbables sur les autres modèles du commerce et trouées dans leurs fonds et côtés. Depuis 2019, une version naturelle (non colorée) a vu le jour. « Des essais du CIVC ont montré que les raisins laissés au soleil font 5 °C de moins que dans une caisse colorée », se réjouit le vigneron. Cerise sur le gâteau, cette version non colorée est plus écologique et moins chère d’un euro ; le prix du colorant…

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