Loiret : « En formant le personnel de la serre, nous optimisons la protection biologique intégrée »
Adrien Quaak et son neveu Kévin Duval, producteurs de poivrons sous serre dans le Loiret, ont formé l’ensemble du personnel à la détection des bioagresseurs. À la clé, une optimisation maximale de la PBI et une bataille remportée contre la punaise.
Adrien Quaak et son neveu Kévin Duval, producteurs de poivrons sous serre dans le Loiret, ont formé l’ensemble du personnel à la détection des bioagresseurs. À la clé, une optimisation maximale de la PBI et une bataille remportée contre la punaise.
Associés dans Les Serres modernes du Val de Loire, Adrien Quaak et son neveu Kévin Duval ont ajouté le poivron à leur production de concombres en 2018. Implantés à Bonnée, dans le Loiret, ils lui consacrent aujourd’hui 9 hectares de serres et en sont parmi les plus gros producteurs en France avec 2 200 tonnes annuelles. Désireux d’éviter l’usage des pesticides, ils se sont organisés pour pousser l’efficacité de la protection biologique intégrée (PBI) à son maximum.
Penser autrement la gestion de la PBI est apparu comme une nécessité en 2019 et 2020. « On s’est fait dépasser par les punaises. Nous avons perdu une grande partie de notre production. Nous nous sommes dit qu’il fallait l’organiser autrement pour ne pas devoir l’arrêter à la moitié de la saison. On est allé jusqu’à devoir écraser 2 000 punaises par rang », retrace Kévin Duval.
Le traitement chimique contre les punaises a engendré ensuite un envahissement de pucerons dont les prédateurs avaient été décimés. Adrien Quaak et Kévin Duval ont alors décidé de mettre en place un véritable système d’information interne et formé l’ensemble du personnel des serres à la reconnaissance des agresseurs principaux : punaises, pucerons et acariens (détection des symptômes sur feuille).
Une nouvelle mission pour les équipes
Concrètement, tout au long de la saison, les membres des équipes sont chargés de signaler les insectes indésirables. Ils saisissent les observations sur un smartphone via un module de l’appli de gestion des travaux Hoogendoorn. Chaque équipe dispose d’un smartphone (ou sous équipe selon la taille de l’équipe). Tous les membres sont préenregistrés et se loguent avec leur badge pour saisir ce qu’ils ont identifié. En principe, l’appli s’adapte à leur langue mais s’ils ont des difficultés à remplir, le chef d’équipe le fait. Ils indiquent le numéro de rang, de poteau, le côté concerné et un degré d’importance. Une photo peut aussi être ajoutée.
Détecter les insectes fait désormais partie de leur travail. « Ce sont nos yeux, résume Kévin Duval. On a complètement revu les fiches de poste. » Une tâche qu’ils ont acceptée. « Ils ont compris que si personne ne signale la présence d’un insecte, quinze jours après, sa présence va exploser et la PBI ne suffira alors pas et donc qu’il faudra utiliser des traitements », détaille-t-il.
Former et reformer sans relâche le personnel
La formation des équipes est l’une des missions de la responsable PBI, Adeline. « Je suis sur le terrain pour faire de la pédagogie et aller auprès de chacun pour montrer ce qu’il faut reconnaître et remonter comme information. Pas de meilleure formation que le réel », témoigne-t-elle. En consultant les observations compilées sur l’ordinateur, elle peut alerter sur des actions à mener et suivre ensuite l’effet des solutions mises en place.
Les équipes se renouvelant en partie régulièrement, il faut sans relâche former et faire aussi des piqûres de rappel en début de saison. « Si quelqu’un n’est pas capable de repérer ou ne fait pas l’effort pour, il ne reste pas », indique Kévin Duval. Au total, sur l’atelier poivron, 15 salariés et 25 saisonniers sont à former ou reformer.
Le poste de responsable PBI a été pourvu en interne. « Adeline se montrait très intéressée par la PBI alors nous l’avons fait évoluer et nous avons créé le poste », confie Kévin Duval.
Autre personne clé du dispositif PBI, une salariée ayant spécifiquement pour mission de surveiller la population de punaises. Elle regarde sur l’ordinateur les signalements qui ont été réalisés et visite les rangs concernés pour vérifier et écraser les punaises qui ne l’ont pas été. Si l’auxiliaire Trissolcus basalis fonctionne contre la punaise Nezara viridula, il ne peut pas suffire. « Ce parasitoïde ne peut pas survivre s’il n’y a pas de ravageur. On ne peut pas l’utiliser en préventif. Il faut tolérer des punaises sans que ça déborde pour qu’il se maintienne. C’est une réflexion quotidienne sur ce qu’on ajoute comme PBI par rapport à ce qu’on écrase », admet le producteur.
Un gain décisif en réactivité face aux bioagresseurs
Le dispositif mis en place représente un investissement important en temps et en budget mais avec à la clé beaucoup plus de réactivité et des coûts évités. « C’est grâce à ce que les équipes signalent qu’on peut être réactifs et intervenir de façon localisée », souligne Kévin Duval. Une source d’économie très importante vu le budget des solutions de PBI si elles doivent être déployées sur l’ensemble de la surface des serres. Un moyen également d’éviter le recours à la chimie. Il cite l’exemple d’un traitement mis en place contre le puceron. « Nous avons traité uniquement dans deux compartiments sur douze avec Beauveria bassiana et Trichoderma et rétabli l’équilibre dans cette zone. Si nous avions attendu, nous aurions dû passer à de la chimie pure, illustre-t-il. Et si nous mettons de la chimie, nous tuons les pucerons mais aussi tout ce qui aura été apporté en PBI depuis le début de saison. »
Une montée en compétences sur la PBI
À force d’observations, d’expérimentations, de lectures, d’échanges avec des professionnels, Kévin Duval, sa responsable PBI et son adjoint de production sont montés en compétences. Ils ont acquis une meilleure connaissance des insectes eux-mêmes, des moments pour positionner tel ou tel prédateur en fonction de la saison et de la météo ou encore des dosages. Ils se nourrissent aussi du dialogue avec le prestataire de conseils en PBI qui vient tous les 15 jours et avec le conseiller en culture.
« Aujourd’hui nous avons atteint un haut niveau de protection avec la PBI alors que quand je suis arrivé dans le métier, on en utilisait entre deux traitements », se réjouit Kévin Duval. « C’est une fierté pour nous de travailler dans un environnement sain », conclut Adrien Quaak.
Encourager et entretenir les prédateurs
Préserver et encourager la population de prédateurs des nuisibles est un autre levier actionné depuis quelques années par Kévin Duval et Adeline, sa responsable PBI. Après plusieurs emplacements testés, c’est désormais au bout des gouttières, dans le substrat, qu’ils positionnent des pieds de calendula, de lobularia ou encore d’orge pour attirer et nourrir les Aphidius colemani ou ervi et autres aphidoletes. Ils projettent de mettre en place ces plantes hôtes plus tôt pour entretenir une population d’insectes prédateurs en serre afin qu’elle soit là avant l’arrivée des nuisibles.
Un budget important consacré à la PBI
Le coût des produits de PBI utilisés en poivron dépasse aujourd’hui 1,30 euro par mètre carré contre 0,35 euro il y a huit ans. Mais la PBI a pris beaucoup plus d’ampleur. La culture du concombre en demande un tiers de moins. « Éviter le curatif est crucial en poivron car de la fleur au fruit récolté, il se passe huit semaines contre quinze jours en concombre », expose Kévin Duval. L’équipe PBI a travaillé sur l’optimisation des conditionnements pour qu’ils soient adaptés aux besoins. Mieux les dimensionner a permis de négocier des tarifs avec les fournisseurs.
repères
Les Serres modernes du Val de Loire
Surface de serres 9 ha en poivron, 4 ha en concombre.
Production 2 200 t de poivrons, 70 % rouge, 20 % vert, 10 % jaune.
Effectifs globaux 25 salariés et 70 saisonniers.
Démarche Demain la Terre.
Commercialisation Kultive.