Loi d’urgence agricole : « Je suis effaré par les niveaux d’excès atteints dans les débats », regrette Daniel Sauvaitre, président d’Interfel
Quatre questions à Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, après l’adoption de la loi d’urgence agricole le 21 juillet.
Quatre questions à Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, après l’adoption de la loi d’urgence agricole le 21 juillet.
Finalement adoptée le 21 juillet mais controversée, la loi d'urgence agricole contient des mesures attendues par de nombreux maraîchers et arboriculteurs français comme le doublement des volumes de stockage d'eau pour les usages agricoles d’ici à 2035 ou la porte ouverte à l’autorisation à titre dérogatoire de l’acétamipride en noisette et du flupyradifurone en pomme et cerise. Le point de vue de Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, sur ce que va changer ce texte.
Que changera cette loi pour les maraîchers et arboriculteurs ?
Daniel Sauvaitre : Ce qui marque les esprits des producteurs à ce stade, c'est évidemment la perspective de pouvoir mieux stocker l'eau l'hiver, quand elle est abondante, pour en avoir l'été. Par la suite, il faudra regarder les modalités pratiques puisque le texte ne révolutionne pas la réglementation actuelle, il donne des facilités. L'environnement administratif devrait ainsi être plus à l'écoute et cela pourrait être plus simple de créer des réserves y compris là où cela était devenu impossible. Deuxième point essentiel : le soulagement lié à la possibilité d’autoriser, à titre dérogatoire, l’acétamipride en noisette et le flupyradifurone en pomme et cerise. Le signal est clair : c’est à l’Anses de décider, pas au Parlement ou au café du commerce.
Le Conseil constitutionnel risque-t-il d’invalider le texte, ou les décrets d’application pourraient-ils tarder ?
D.S. : J'espère que le Conseil constitutionnel validera parfaitement cette loi. Le travail a été bien fait, et sur l’acétamipride toutes les précautions ont été prises pour tenir compte de la décision de rejet de l’an dernier, avec le niveau de précision adapté pour que cela soit acceptable. Sauf à y mettre un grain de sel politique, ce que je n’imagine pas dans mon pays. Quant aux décrets, j’ai discuté avec la ministre de l’Agriculture et toutes les précautions ont été prises, ici aussi, pour que cette loi d’urgence s’applique le plus rapidement possible.
Quelles mesures manquent dans la loi d’urgence agricole ?
D.S. : Sur l’eau, il reste un travail de fond à conduire pour que le stockage reprenne un leadership et devienne une cause nationale, avec une réglementation qui donne principalement la main à l'État. La Provence vit du stockage avec le barrage de Serre-Ponçon. En Charente, où je suis installé, les lacs de Lavaud et Mas Chaban créés en 1989 et 2000 soutiennent l'étiage du fleuve : si les niveaux sont meilleurs l’été, c’est parce que cette eau est mise en réserve l’hiver. Donc ce type de volontarisme, on l'on a connu jusqu’à il y a une trentaine d’années, et il va devoir réapparaître. La politique, c'est rendre possible ce qui est nécessaire, et le stockage le sera.
Beaucoup reprochent à cette loi d’échouer à concilier agriculture, écologie et santé. Pourquoi ne partagez-vous pas cette opinion ?
D.S. : La loi d’urgence agricole échoue aux yeux de ceux qui ne s’intéressent pas à la réalité de ce qui est écrit dans le texte. Je suis effaré par les niveaux d’excès atteints dans les débats, strictement passionnels, en dehors du terrain de la raison. Cela a au moins eu le mérite de révéler les irresponsables. Derrière cette bronca, il y a un combat : il faudrait, selon certains, changer de modèle agricole, sortir du productivisme. Et la fin justifiant les moyens, on aurait le droit de mentir, de dire n’importe quoi.
Cyrielle Chazal