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Le «bale grazing» testé en hiver et en été en Aveyron

La technique du «bale grazing» est mise en œuvre sur l’exploitation du lycée agricole La Roque de Rodez depuis un an. Témoignage sur cette première expérience dans les plaines et les plateaux du sud du Massif central d’une pratique d’affouragement d’un lot d’animaux laissé au pâturage en hiver et en été.

Pour Sam Sharples, directeur de l’exploitation du lycée agricole de Rodez La Roque, en Aveyron, ce premier test du bale grazing hivernal est plutôt prometteur. Durant les mois de décembre 2024 et janvier 2025, un lot de vaches aubracs gestantes (28 UGB) a été le support d’un essai bale grazing. Des paddocks de pâture ont été constitués pour sept jours de pâture, avec une surface quotidienne allouée de 15 ares : le fil avant était avancé chaque jour et le fil arrière une fois par semaine, pour limiter le surpâturage et le piétinement du sol. Chaque jour, une botte de foin (env. 300 kg) était déroulée pour assurer l’affouragement des bovins. L’apport de foin devait couvrir 90% des besoins théoriques des vaches, la pâture assurant les 10% restants.

Lors de l’opération quotidienne d’affouragement des animaux, des observations visuelles étaient renseignées sur Smartphone. « Les animaux ont bien réagi à cet essai », constate Sam Sharples. « Je n’ai pas noté de dégradation de la note d’état corporel, de problématiques de santé animale ni d’incidence lors de la période de vêlage, qui s’est déroulée peu de temps après l’essai. » Au niveau du fourrage distribué, il y a eu peu de gaspillage. « Nous n’avons pas été contraints d’évacuer des tas de foin non consommés.»

Résultats prometteurs du bale grazing hivernal

Le directeur de l’exploitation est donc enthousiaste et il perçoit des avantages liés au bale grazing : « la relation homme-animal est renforcée du fait de notre présence physique quotidienne dans le paddock et sur le plan économique le gain est énorme. » Une vache allaitante hivernée en bâtiment coûte 3,70 euros par jour au lycée. Avec la technique du bale grazing, ce chiffre tombe à 1,25 euro par jour. Les principaux postes d’économie se font sur la distribution de la ration, le paillage, le curage de la litière et l’épandage du fumier qui sont évités en bale grazing.

Lire aussi : « J’enrubanne le maïs plante entière pour faciliter sa distribution »

En toute objectivité, Sam Sharples souligne également quelques bémols liés au bale grazing : « le travail manuel de distribution du foin dans la parcelle peut être dur physiquement, surtout quand il se réalise dans le froid et sous la pluie. Pour cette première année d’essai, nous avons bénéficié de conditions météo clémentes. Avec un hiver plus humide et plus rigoureux, la technique du bale grazing peut présenter certaines limites. »

Un bilan plus contrasté pour le bale grazing en été

De mi-juillet à début septembre 2025, un essai de bale grazing a été réalisé avec un lot de génisses âgées de 20 mois, dans une parcelle de prairie multiespèce à forte dominance de légumineuses. Comme pour l’essai hivernal, des paddocks ont été constitués, avec une surface quotidienne de pâture de 12 ares. En plus de l’herbe pâturée, les animaux ont été complémentés avec du foin de bonne qualité distribué journellement.

Pour le directeur de l’exploitation du lycée La Roque, les résultats de cet essai sont plus nuancés. « Le foin a été bien consommé et aucun problème sanitaire à déplorer sur les animaux. Comme pour l’essai réalisé en période hivernale, la sociabilité des bovins est accrue. Dernier avantage, une bonne répartition des déjections sur la parcelle de prairie, contrairement à un affouragement classique où l’on observe toujours une accumulation de bouses autour du râtelier. »

En revanche, les performances zootechniques sont un peu décevantes, avec une perte de 0,5 point de note d’état corporel et un GMQ assez faible qui plafonne à 250 grammes par jour. « Les génisses ont souffert du stress thermique du fait de zones ombragées insuffisantes. »

Le lycée agricole La Roque de Rodez poursuit ses tests dans le cadre du projet « baleOpré », dont il est l’un des partenaires, afin d'appréhender les conditions de réussite du bale grazing dans les plaines et les plateaux du sud Massif central.

Fiche élevage

La ferme du lycée agricole La Roque de Rodez 

185 ha de SAU dont 145 ha de SFP (avec 40 ha de prairies permanentes en zones dites « protégées »), 75 mères de race aubrac en sélection pour la production de broutards repoussés, de génisses et de vaches engraissées, petit cheptel ovin viande (race lacaune) engagé en filière de qualité label rouge agneaux fermier des pays d’Oc.

Carole Bes, enseignante au lycée agricole La Roque de Rodez : « Le bale grazing est un levier intéressant sur le plan agronomique »

 

 
<em class="placeholder">Carole Bes, référente du projet « baleOpré »</em>
Carole Bes, référente du projet « baleOpré » © S.Luminet

« L’essai conduit durant la période hivernale a été riche d’enseignements. Une pluviométrie assez faible a permis de maintenir une bonne portance du sol, avec des dégâts liés au piétinement des bovins peu significatifs sur le couvert végétal en place. Le pâturage hivernal a nettement favorisé les légumineuses qui sont des plantes appréciant la lumière (trèfle blanc, lotier, luzerne) et donc orienté favorablement l’évolution de la flore de la parcelle de prairie. S’agissant de la production fourragère en 2025, elle a été satisfaisante avec une exploitation en foin (rendement 3 t/ha) et deux cycles de pâturage. Le seul bémol à noter est le développement abondant du pissenlit sur la parcelle d’essai qu’il va falloir gérer.

Concernant l’essai bale grazing réalisé en période estivale, on note un léger phénomène de surpâturage (hauteur d’herbe mesurée inférieure à 5 cm en sortie de parcelle), mais qui n’a pas été préjudiciable pour la pousse d’herbe en automne, car la prairie s’est bien regarnie après l’essai, permettant de faire pâturer des brebis.

La technique du bale grazing est encore méconnue et mérite d’être étudiée dans le cadre du projet « baleOpré ». Cette technique d’affouragement fait partie des solutions novatrices pouvant être mises en œuvre pour s’adapter aux évolutions agroclimatiques et notamment aux variations de cycle de pousse de l’herbe sur l’année. »

Une technique originaire du continent américain

Cette technique permet d’affourager les animaux à la pâture lorsque la pousse de l’herbe devient insuffisante (été ou hiver). Pour ce faire, les animaux sont conduits en pâturage tournant dynamique, avec un chargement instantané très élevé. Ils changent de paddock régulièrement et ont accès quotidiennement à de nouvelles balles de fourrage qui sont déroulées ou consommées sur pied (bale ring). Cette rotation des paddocks limite les problématiques de piétinement excessif et de compaction du sol.

« baleOpré » un projet expérimental sur cinq ans

« baleOpré » est un programme Casdar porté et animé par l’Institut de l’élevage et le réseau des chambres d’agriculture des Pays de la Loire, avec la contribution de nombreux partenaires dont les principaux résultats sont attendus pour 2028. Il comprend des essais en ferme expérimentale et lycées agricoles, un recensement des pratiques en élevage, et une analyse technique, économique, sociale et environnementale.

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