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« Je calcule l’efficacité alimentaire du troupeau chaque matin »

Au Gaec des Rivières en Mayenne, les associés misent avant tout sur la qualité des fourrages, l’homogénéité de la ration et la régularité de la distribution.

Nous cherchons à valoriser au maximum chaque hectare de SFP, pour en tirer le meilleur parti pour nos 65 vaches hautes productrices à 9 900 kg de lait, avance Damien Serais, l’un des trois associés du Gaec des Rivières à Saint-Julien-du-Terroux, en Mayenne. Et pour libérer le plus de surface possible pour la vente de céréales dont la marge atteint généralement 1 000 €/ha. » Le Gaec produit plus de 12 000 l/ha de SFP. Ici, peu de prairies sont accessibles aux laitières (7 ha) sur la vingtaine que compte l’exploitation. Le pâturage se pratique au fil jusqu’à la mi-juillet en année normale, et plutôt mi-juin les années sèches. Le maïs occupe près de 40 ha (dont 5 ha récoltés en maïs épi) (1) et les céréales à paille 45 ha, avec des rendements moyens de 14 tMS/ha et 85 qx/ha.

La recherche de la rentabilité est le maître-mot sur l’exploitation. Damien, éleveur méticuleux, connaît ses chiffres, et participe, depuis deux ans, à un groupe cultures et un groupe lait. « La notion d’efficacité alimentaire me plaît pour piloter le troupeau, précise le jeune éleveur. Mais pour en retirer vraiment quelque chose et pouvoir ajuster la ration si l’on voit que ça dérape, il faut la mesurer au quotidien. Pas une fois par an ! » Le calcul de l’efficacité alimentaire fait partie d’une routine sur l’élevage. Chaque matin depuis septembre 2014, Damien relève la jauge du tank et fait la relation avec les quantités distribuées aux vaches en production. Depuis six mois, il dispose de cette information grâce à une mélangeuse à double-vis verticale (16 m3), mais auparavant, il utilisait un simple dispositif de pesée monté sur la désileuse.

L’intérêt est de suivre ce critère en dynamique

« Je rentre la production journalière convertie en kilos dans la feuille de calcul Excel que j’ai conçue. » Y figurent aussi les quantités distribuées en brut, ainsi que le taux de matière sèche et le coût réel de chaque fourrage et aliment ramené au kilo de matière sèche. « Ce calcul de l’efficacité n’est pas corrigé des taux, ni du stade de lactation ; il ne tient pas compte non plus des refus, mais il donne déjà une bonne idée de la situation », estime Emmanuel Lepage, nutritionniste au Clasel. « Nous vérifions approximativement le volume de refus repris au godet pour les génisses. L’objectif est de ne pas dépasser 0,5 kg de refus par vache. Mais surtout, nous vérifions s’il n’y a pas de tri. Les refus doivent être homogènes », indique Damien.

Selon les périodes de l’année, l’efficacité alimentaire évolue entre 1,3 et 1,5, sachant que le stade de lactation moyen est de 5,2 et que les vêlages sont étalés. « L’objectif est de tendre vers 1,5, mais plus que la valeur exacte, ce qui nous intéresse c’est de se servir de ce critère comme d’une alerte. Nous avons nos repères maintenant ; si nous perdons 0,1 point d’efficacité, quelque chose ne tourne pas rond et il faut creuser pour voir d’où ça vient. »

Une ration avec des fourrages diversifiés et de qualité

En période hivernale, le Gaec distribue une ration semi-complète mélangée à base de 12,5 kg MS d’ensilage de maïs, 3,1 kg MS d’ensilage d’herbe, 2,1 kg MS de maïs épis, 500 g de paille, 4,3 kg de correcteur (70 % soja, 30 % colza), 420 g d’un CMV formulé à la carte enrichi en biotine et zinc (pour la qualité de la corne) et des levures. À la gamelle chaque matin, les primipares et les vaches à plus de 35 kg sont complémentées avec 1 à 2 kg de VL 4 litres et avec 3 à 4 kg entre 40 et 45 kg de lait. « Nous arrêtons la VL quand les vaches sont échographiées pleines à 90 jours. »

Pour l’éleveur, la clé de l’efficacité alimentaire repose d’abord sur des fourrages de qualité. « Nous voulons une ration diversifiée dans laquelle le maïs ensilage n’excède pas 14-15 kg MS. Au-delà, le rumen perd en efficience. » L’ensilage d’herbe préfané, issu de première coupe des prairies pâturées ou du RGI en dérobé avant maïs, est fauché tôt. Sa teneur en matière sèche est proche de 40 %, il affiche 0,91 UFL/kg MS et 18,5 % de MAT. Le maïs épi (58 % MS, 1,1 UFL) est préféré au blé car son amidon plus lent sécurise davantage le rumen. Un peu de paille intègre le régime car celui-ci est déficitaire en cellulose. « De la paille, mais pas n’importe laquelle !, précise Damien en souriant. Elle est ensilée en brin de 2-3 cm, avec une coupe franche pour gratter les papilles ruminales et éviter le tri par les animaux. »

Constituer des silos tampons pour bénéficier de fourrages stabilisés

Pour le maïs ensilage, les éleveurs visent 33 % de matière sèche à la récolte et obtiennent régulièrement des ensilages à 0,95 UFL/kg MS. « En tout, nous recourons à dix variétés de maïs différentes : la moitié des rangs est semée avec des variétés de maïs grain plus riches en amidon. »

Hors de question pour Damien d’ouvrir un silo non stabilisé qui viendrait pénaliser la digestibilité des fourrages. « Nous avons constitué des stocks d’avance sous forme de silos tampons pour chaque fourrage (un mois pour l’ensilage d’herbe, un mois et demi pour le maïs épi). Pour le maïs ensilage, ce stock tampon représente trois mois de consommation. En général, les silos récoltés à l’automne ne sont pas ouverts avant janvier. Cela représente un coût non négligeable mais nous avons beaucoup moins de soucis métaboliques par la suite. » « Recourir à un fourrage stabilisé a deux avantages. D’une part, cela évite les à-coups alimentaires liés à l’introduction de fourrages trop jeunes et d’autre part, la digestibilité se voit améliorée (+ 0,5 à 1 point de dMo gagné après 120 jours de conservation), poursuit Emmanuel Lepage. Tout l’enjeu est de réduire au maximum les variations alimentaires d’un millésime de fourrage à l’autre. »

Les fourrages sont analysés toutes les six semaines en hiver

Sur les mois d’automne-hiver, le Gaec fait analyser ses fourrages toutes les six semaines (30 €/analyse). « Nous observons des écarts importants de taux de matière sèche : de 3 à 4 points pour l’ensilage de maïs et jusqu’à 5 points pour l’ensilage d’herbe. » Le silo de maïs du Gaec est orienté nord. « Un bon point pour limiter l’eau sur le front d’attaque en hiver et l’échauffement l’été, considère le nutritionniste. D’une journée sur l’autre, les conditions météo peuvent entraîner des erreurs de chargements. Deux points de matière sèche en moins dans les fourrages de la ration représentent deux litres d’eau chargée par vache. D’où la nécessité de complémenter avec 300 g de tourteau de soja supplémentaire par vache et par jour pour viser la même concentration nutritionnelle. L’usage de sondes mesurant en instantané la température et l’humidité des fourrages (NDLR : autour de 200  €) pourrait se révéler utile. »

Autre point essentiel pour garantir une bonne efficacité : la distribution de la ration. « Ici, la mélangeuse sert à mélanger, pas à défibrer », insiste l’éleveur. Le temps de mélange et l’ordre de chargement sont précis. « C’est 6 à 7 minutes, pas plus. Juste le temps de charger, détaille-t-il. Et on stoppe si on reçoit un coup de fil. » « Nous chargeons d’abord les concentrés, la paille, puis l’ensilage d’herbe, le maïs épi et le maïs ensilage à la fin pour ne pas le déstructurer. » « On conseille de charger les ingrédients du plus sec au plus humide », commente Emmanuel Lepage. Pour bien faire, il faudrait aussi tarer la mélangeuse tous les trois mois. »

(1) Il y a aussi 90 génisses élevées et 40 taurillons.

Toujours l’œil sur le coût alimentaire

Sur son tableur, Damien Serais suit l’évolution de l’efficacité alimentaire mais garde toujours aussi un œil sur le coût alimentaire. « Je mets toujours en parallèle ces deux critères. Ils ne marchent pas l’un sans l’autre. Rien ne sert de viser une bonne efficacité si le coût de la ration explose ! », avance l’éleveur. Sur les trois mois de printemps (avril-mai-juin), le coût alimentaire vaches laitières, calculé à partir du coût réel des surfaces fourragères (récolte incluse), s’est élevé à 66 €/1 000 l avec une rotation de 20 jours sur 7 ha de prairies.

Sur les mois d’hiver, avec un stade de lactation moyen de 4,4 et 52 % de primipares, l’efficacité alimentaire était de 1,48. Le coût alimentaire hivernal des laitières a été de 90 €/1 000 l. « Un coût plutôt bien placé par rapport à la moyenne annuelle du coût alimentaire vaches laitières sur la zone Clasel (105 l/1 000 l) pour la campagne 2015-2016 sur 430 élevages Prim’Holstein à plus de 9 500 l/VL/an », observe Emmanuel Lepage.

Passer des contrats à livraison différée pour le correcteur azoté

Pour les achats d’aliments et correcteurs, le Gaec passe des contrats de 30 tonnes à livraison différée. « Je regarde quotidiennement les cours tant que nous ne sommes pas couverts. Mon tableur m’aide aussi pour savoir à partir de quel prix nous pouvons nous positionner. En modifiant le prix des concentrés sur le fichier, je simule un coût de ration. » Le Gaec est couvert en correcteur azoté jusqu’en juin 2017. « Nous avons acheté 120 t en deux contrats de 6 d’août 2016 et 6 de novembre 2016, à 306 € de moyenne en livraison 5 t, soit 60 €/t de moins que le correcteur utilisé cet hiver. » Pour réduire encore le coût de la ration, les éleveurs viennent d’arrêter l’emploi des levures (4 €/1 000 l). « Plus on parvient à maîtriser les facteurs alimentaires et les paramètres environnementaux, moins on a besoin de facteurs d’assurances, estime t-il. C’est valable pour les levures, le propylen-glycol. Nous continuons le bicarbonate mais uniquement l’été, pour limiter le stress thermique. »

« L’efficacité alimentaire impacte l’assolement »

« L’amélioration de l’efficacité alimentaire passe avant tout par une bonne valorisation des fourrages. Elle résulte également d’un ensemble de bonnes pratiques et de détails à caler au niveau du pilotage de la ration mais aussi de sa distribution. Pour saisir l’enjeu de ce critère, j’encourage les éleveurs à raisonner en termes de valorisation à l’hectare. Qui dit meilleure efficacité alimentaire, dit réduction possible des surfaces en maïs fourrage. Et potentiellement augmentation des surfaces dédiées aux cultures de vente, avec à la clé des gains de marges supplémentaires. Dans le cas d’un élevage produisant 400 000 litres de lait avec 60 % d’ensilage de maïs dans la ration et un rendement maïs de 13 tMS/ha, passer de 1,1 à 1,5 d’efficacité alimentaire permet de réduire la sole de maïs de 19 à 13 ha. La réduction de surfaces est encore plus importante si les rendements maïs sont moins élevés. »

Emmanuel Lepage, nutritionniste au Clasel

Une appli mobile sur l’efficacité alimentaire

Le groupe Seenergi Nutrition lance une nouvelle appli permettant de travailler sur l’efficacité alimentaire et protéique, le coût alimentaire instantané d’une ration et le calcul des quantités à charger dans une mélangeuse en fonction du nombre de vaches. « L’appli est disponible en libre accès aux adhérents, uniquement sur Android pour le moment. »
• L’appli calcule l’objectif d’efficacité alimentaire à atteindre en fonction des champs renseignés par l’éleveur : lait par vache, TB, poids moyen, stade de lactation, pourcentage de primipares et quantité brute de concentrés par vache. Cet objectif est ensuite comparé à l’efficacité mesurée, calculée à partir des quantités ingérées. Le TP et la note d’état ne sont pas pris en compte.
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