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Des sorghos fourragers pour différents usages

Monocoupes ou multicoupes, avec du grain ou pas, avec caractère BMR ou pas... Arvalis rappelle les différences entre les sorghos fourragers.

" Il existe une grande diversité génétique de sorghos, qui n'ont pas les mêmes caractéristiques et donc pas les mêmes usages. Il est difficile de les classer et de s'y retrouver ", affirme Hugues Chauveau, d'Arvalis.

1 Les multicoupes se gèrent comme de l'herbe

Quel usage ? Ces sorghos se gèrent comme une espèce prairiale. Ils peuvent être pâturés, affouragés en vert, enrubannés, ensilé. Ils peuvent également être utilisés en interculture courte. Ces sorghos sont très productifs mais de valeur alimentaire moyenne, proche d'une fétuque élevée en termes d'énergie, d'azote et d'encombrement. Ces sorghos ne contiennent pas d'amidon. Sous forme conservée (enrubannage, ensilage, foin), ces sorghos remplacent d'autres fibres. Ils sont utilisés comme roue de secours face à une sécheresse ou pour alimenter des animaux à plus faibles besoins. Au pâturage, la valeur alimentaire est meilleure.

Avantages : Ils produisent rapidement du fourrage en grande quantité. Ils peuvent se semer en dérobée l'été, et dès 40 jours après, être pâturés. Ils se prêtent bien au pâturage d'été-automne.

Inconvénients : Il faut attendre 40 à 50 cm de hauteur avant de pâturer un sorgho de type Sudangrass. Et 50 à 60 cm pour un hybride. Pas avant, pour réduire le risque de toxicité lié à la durrhine, qui en se dégradant dans le rumen libère de l'acide cyanhydrique. Les hybrides sont plus fréquemment utilisés car leur potentiel de rendement est plus élevé. Si l'on n'est pas sûr de la hauteur, il faut éviter le pâturage en journée car vers midi, quand la photosynthèse est intense, le risque de toxicité est plus élevé. On peut aussi préfaner un jour avant pour réduire le risque. Le pâturage est mené au fil avant et le front d'avancement doit être rapide, pour suivre la croissance forte de la plante et éviter les refus.

2 Une grande variabilité dans les monocoupes sucriers

Cette famille présente une grande variabilité génétique. Et chaque type de sorgho peut répondre à un besoin de l'éleveur. Pour s'y retrouver, un premier niveau de classement est la classification du CTPS basée sur le niveau de valeur énergétique de l'ensilage des sorghos en vert : Ensilage (E), Double usage (DU) et à usage Principalement industriel (PI). Les variétés Ensilage répondent à la recherche d'un fourrage de haute valeur alimentaire. Une variété Double usage est un compromis entre valeur alimentaire et rendement. Les PI produisent beaucoup de biomasse mais sont très peu digestibles ; ils s'utilisent en méthanisation par exemple.

Dans les classes E et DU, on peut encore distinguer les sorghos selon que les variétés sont pourvues de grains ou non (mâle stérile - MS - et photopériodique sensible - PPS), ou bien selont que les variétés présentent le caractère BMR ou non.

Le sucrier commun fait plus de rendement mais présente de moins bonnes valeurs alimentaires que les autres. La caractéristique commune des sucriers est d'avoir des feuilles et surtout des tiges riches en sucres solubles, donc en énergie rapidement fermentescible. Cependant, une quantité importante de glucides solubles est consommée au cours du processus de conservation par ensilage. Il n'en reste de 4 à 5 % dans l'ensilage.

Les BMR mâles stériles (MS) et photopériodes sensibles (PPS) sont les plus faciles à utiliser dans une ration par les éleveurs car leur incorporation n'est pas limitée par leur teneur en amidon. L'incorporation d'un BMR PPS dans la ration des vaches hautes productrices est plus limitée qu'un sorgho BMR MS du fait de sa valeur alimentaire inférieure. L'autre point de vigilance est le bon stade de récolte. " La précocité est encore limite sur la moitié nord de la France. Il faut atteindre au moins 27 % MS pour ensiler afin d'éviter les pertes par les jus. Si, lorsque l'on tord la tige du sorgho, du jus s'écoule, il faut attendre ", rappelle Hugues Chauveau.

Les BMR grain ont un profil proche d'un maïs ensilage. Les éleveurs les utilisent pour substituer une partie de leur maïs ensilage ; on ne dilue pas la teneur en amidon de la ration avec ces variétés. L'inconvénient de ces BMR est qu'ils versent plus facilement à cause du poids de leur panicule. " Nous avons encore peu de données d'essais sur ces variétés. Elles semblent très intéressantes en valeur alimentaire sur le papier, mais on connaît mal leur comportement au champ ", nuance Hugues Chauveau.

3 Les monocoupes grains pour substituer un maïs

Quel usage ? " On se tourne vers des variétés à grains (sorgho nain grain ou sucrier grain) quand on a besoin de substituer un maïs par un sorgho ", indique Hugues Chauveau. Il doit être récolté au stade laiteux-pâteux au milieu de la panicule, soit environ 30 % MS plante entière. Au-delà de 35 % MS, les grains sont plus difficiles à éclater, avec un risque de baisse de la digestibilité.

Avantage : Plus ingestibles qu'un maïs car moins encombrants qu'un ensilage de maïs. La production laitière est maintenue.

Inconvénient : Attention au taux d'amidon de la ration ; le niveau d'incorporation peut être limité de ce fait. Il faut le hâcher finement. Le grain de sorgho s'éclate moins bien que celui de maïs. Il faut serrer les rouleaux pour bien éclater.

Le saviez-vous ?

Les BMR. Les variétés présentant le caractère Brown Mid Rib (BMR) possèdent un ou plusieurs gènes qui réduisent la lignification de la plante. Elles se reconnaissent à la nervure brune de leurs feuilles. L'intérêt est une meilleure digestibilité des tiges et feuilles, et donc une meilleure valeur alimentaire. En revanche, ces variétés sont plus sensibles à la verse. On trouve des BMR dans les multicoupes et les monocoupes sucriers.

Les mâles stériles (MS) présentent des panicules à fleur mâle stérile, donc ils ne produisent pas de grains quand ils sont cultivés seuls. Quand un sorgho a le gène BMR, on cherche à alléger la panicule pour limiter le risque de verse.

Les variétés photopériodiques sensibles (PPS) sont sensibles à la photopériode. Ils n'épient pas sous nos latitudes et sont donc sans panicule, ce qui réduit le risque de verse.

De bonnes performances zootechniques avec les sorghos BMR 

Une expérimentation réalisée sur la ferme des Trinottières (2008 à 2011) avait montré que l'association de 50 % de sorgho BMR de bonne valeur alimentaire et de 50 % de maïs en ensilage dans une ration vache laitière permettait de ne pas baisser significativement la production laitière, malgré une baisse de l'ingestion par rapport à un témoin 100 % ensilage de maïs. L'efficacité alimentaire a donc été améliorée avec le sorgho. Le TB et le lait corrigé à 4 % de MG ont significativement augmenté. Au delà de 50 % d'incorporation de sorgho, l'amélioration du TB ne permet pas de compenser la baisse de production laitière. " Ces conclusions rejoignent celles d'autres essais ", ajoute Hugues Chauveau, d'Arvalis. Si on associe un sorgho sucrier classique au maïs (50-50), la baisse de production laitière est plus marquée alors que l'ingestion augmente, donc l'efficacité laitière est diminuée (essai Institut de l'élevage de 2008). L'amélioration du TB ne permet pas non plus de compenser la baisse de lait brut. L'intérêt des sorghos BMR est net.

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