Tournesol : dans quelles situations est-il rentable de l'irriguer ?
Dans ses bassins traditionnels de production, le tournesol reste peu irrigué. Pourtant, sur sols superficiels, un ou deux tours d’eau bien positionnés permettent un gain de rendement non négligeable en année sèche.
Dans ses bassins traditionnels de production, le tournesol reste peu irrigué. Pourtant, sur sols superficiels, un ou deux tours d’eau bien positionnés permettent un gain de rendement non négligeable en année sèche.
Seuls 9 % des tournesols ont été irrigués en France en 2025, alors que 17 % étaient positionnés sur des parcelles irrigables. Cependant, la culture valorise très efficacement de faibles apports d’eau bien positionnés, notamment sur des sols superficiels en conditions séchantes. Cette capacité peut sembler paradoxale pour une espèce réputée tolérante au stress hydrique.
Le tournesol combine en réalité robustesse et efficacité hydrique. « En couvrant seulement 70 % de ses besoins en eau, il peut réaliser son potentiel de rendement », explique Hélène Tribouillois, chargée d’étude en écophysiologie végétale chez Terres Inovia. Grâce à son enracinement profond et à sa plasticité physiologique, il peut supporter un stress hydrique modéré en début de cycle, ce qui le rend plus résistant à un déficit ultérieur.
Cette résistance du tournesol explique aussi le faible recours à l’irrigation. Les agriculteurs réservent souvent les meilleures terres et les parcelles irrigables aux cultures à plus forte valeur ajoutée, comme le maïs ou les semences, rappelle Ghislain Perdrieux, conseiller à la chambre d’agriculture du Tarn. « Il est difficile d’irriguer des cultures spécialisées et du tournesol en plus. Ainsi, les surfaces irriguées en tournesol évoluent peu chez nous, bien que les agriculteurs connaissent les avantages de l’irrigation sur cette culture, car nous en parlons depuis longtemps. »
Un gain de rendement dès le premier apport d’eau
Dans des sols superficiels (50 à 60 mm de RU), où le rendement d’un tournesol en sec varie entre 15 et 20 quintaux par hectare (q/ha), un tour d’eau de 40 mm peut rapporter 5 q/ha, et deux tours (80 mm) jusqu’à 10 q/ha. La canicule de fin juin 2025 l’a confirmé : « Dans la Drôme, les agriculteurs ayant irrigué leur tournesol pendant le coup de chaud (qui est arrivé à début floraison) ont gagné entre 5 et 10 q/ha », souligne Alexandra Denoyelle, référente oléagineux pour les régions Aura et Paca chez Terres Inovia.
Sur le plan économique, l’opération peut donc s’avérer intéressante en sol superficiel et année sèche : avec un prix moyen du tournesol de 460 €/t (moyenne 2019-2024), l’institut technique a calculé un gain de marge moyen de 180 €/ha avec un seul passage, malgré une hypothèse de coût de l’eau élevée. Ce constat reste toutefois dépendant des conditions climatiques et des régions. Un tour d’eau permet de gagner 5 q/ha huit années sur dix à Toulouse, mais seulement cinq années sur dix à Dijon, en raison d’une pluviométrie différente. « Dans le Lauragais, on peut passer de 20 à 35 q/ha assez facilement en amenant un tour d’eau bien ciblé, indique Ghislain Perdrieux. À deux tours d’eau, on ne gagne pas assez de quintaux par rapport au coût de l’irrigation. »
Soigner le positionnement de l’irrigation
Pour être profitables, les apports d’eau n’ont pas besoin d’être nombreux. « Nous recommandons entre un et trois tours d’eau, de 30 à 40 mm chacun, indique Hélène Tribouillois. Ils seront plus profitables que de nombreux petits apports. » « L’optimal dans le Lauragais, sur nos coteaux argilo-calcaires peu profonds, est un passage de 35 à 40 mm », ajoute Ghislain Perdrieux. Si cela peut s’avérer également intéressant en sol intermédiaire, ce n’est en revanche pas nécessaire en sol profond, car le tournesol a une forte capacité à utiliser la réserve en eau du sol.
Si un seul tour d’eau est réalisé, il doit être positionné au tout début de la floraison, qui correspond à la période de sensibilité maximale de la culture. « Le stade est facile à repérer : il s’agit du stade appelé F1, quand le bouton s’ouvre, et que les fleurs ligulées commencent à se détacher », précise Hélène Tribouillois. L’irrigation est à raisonner en fonction du climat de l’année. Elle est déconseillée à floraison si le climat est déjà humide et pluvieux (risque de sclérotinia). Et en cas de forte pluie (orage), Terres Inovia invite à décaler l’arrosage d’un jour par tranche de 5 mm de pluie.
Avant floraison, l’irrigation n’a d’intérêt qu’en situation extrême de sécheresse sur sol superficiel, pour un tournesol chétif. « Dans ce cas, on mettra un tour d’eau au stade bouton », précise l’écophysiologiste. En dehors de ces situations, un apport précoce est déconseillé. Il favorise un développement végétatif excessif que la plante ne sera pas en capacité de maintenir par la suite : ses besoins en eau augmentent et elle entre plus rapidement en sénescence.
Irriguer davantage si la ressource le permet
Hélène Tribouillois n’exclut pas la réalisation de deux ou trois irrigations lorsque la disponibilité en eau le permet : « On fera un second passage 10 jours après le premier, et éventuellement un troisième, encore 10 jours après, pour maintenir le feuillage vert le plus longtemps possible, garantir la photosynthèse et le rendement derrière. Cela contribue à améliorer notamment le remplissage des graines et la teneur en huile. »
Au-delà du gain de rendement immédiat, l’irrigation du tournesol pourrait devenir un levier stratégique face au changement climatique. Dans un département comme le Tarn, Ghislain Perdrieux y voit « un levier porteur d’optimisme » et explique : « comparé au maïs et au soja, qui ont besoin de beaucoup d’eau et tardivement, l’irrigation du tournesol est précoce et peu importante. Demain, il ne sera peut-être plus possible d’irriguer après la fin juillet, et donc de faire du maïs irrigué dans le Sud-Ouest. Si le marché est porteur, à 500 ou 600 euros par tonne, cela vaudra le coup d’irriguer du tournesol. »