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Prix record en colza : vers les 600 euros/tonne ?

Les prix du colza ont été propulsés à un niveau encore jamais atteint. Demande dynamique en huile, offre en graines réduite, tension sur le soja et achats de la Chine sont les ingrédients de cette recette explosive. La poursuite de la hausse ne peut pas être exclue.

Les cours du colza ont atteint 528 €/t rendu Rouen le 8 mars, établissant un nouveau record. Qui pourrait bien être battu dans les semaines qui viennent... © G. Omnès
Les cours du colza ont atteint 528 €/t rendu Rouen le 8 mars, établissant un nouveau record. Qui pourrait bien être battu dans les semaines qui viennent...
© G. Omnès

Record Battu ! Le 9 mars dernier, le prix du colza sur Euronext décrochait un record absolu en avoisinant 529 €/t en cours de séance, dépassant les 526 €/t touchés en juillet 2012, et les 521 €/t de 2008 et 2011. Même scénario sur le marché physique : le rendu Rouen s’affichait à 528 €/t le 8 mars, soit 12 €/t de plus que le record de 2012.

L’emballement des cours a été spectaculaire, puisque les prix ont progressé de 100 €/t en deux mois. Mais il n’a rien d’irrationnel : le complexe oléagineux mondial cumule les éléments haussiers. Tour d’horizon des raisons de cette flambée… qui pourrait durer.

 

© Réussir/La Dépêche Petit meunier

 

1) le prix des huiles tire la hausse et entraîne les graines

Ce sont les huiles, et non les tourteaux, qui sont actuellement le principal moteur haussier du complexe mondial des oléagineux. L’étincelle : la mauvaise récolte de tournesol en mer Noire, qui a généré de faibles disponibilités en huile de tournesol. La crise sanitaire est venue aggraver la situation, car le confinement de la main d’œuvre en Asie a provoqué l’effondrement de la production d’huile de palme, déjà pénalisée par les pluies excessives de la Niña. De quoi projeter le cours à Kuala Lumpur au plus haut depuis dix ans.

2) une demande en colza dynamique en France et en Europe

En France et en Europe, les disponibilités en graines de colza ont été amputées par la petite récolte. La production tricolore de colza est estimée à 3,2 millions de tonnes (Mt) en 2020, contre 4,6 à 5,3 Mt entre 2015 et 2018. Mais la demande, elle, est bien présente. « Que ce soit pour le débouché de la trituration, de l’estérification ou de l’export, la demande est là en Europe, explique Sébastien Poncelet, du cabinet d'analyse Agritel. Compte tenu du prix de l’huile, les marges de trituration, qui étaient exceptionnelles il y a quelques mois, restent bonnes malgré la hausse du prix des graines. Et les marges de l’estérification se tiennent également. » Résultat : les industriels utilisent au maximum le colza disponible. La graine va donc voir ses stocks chuter en Europe et notamment en France.

3) Les achats chinois attisent la flambée des prix

« Le marché chinois des huiles est en feu et tire, car la Chine racle les fonds de tiroir pour trouver des substituts à l’huile de soja, insuffisamment disponible dans le pays », souligne Alexandre Marie, responsable de l’analyse de marché chez Vivescia. La Chine achète donc tous azimuts. Elle a notamment sollicité fortement l’origine canadienne pour ses importations d’huile et de graines de canola. Les stocks de graines de canola dans les Prairies vont ainsi fondre au niveau le plus bas depuis 2014. Encore plus surprenant, « depuis quelques semaines, la Chine a acheté pour près de 300 000 tonnes d’huile de colza européenne, contre moins de 100 000 tonnes par an habituellement », rapporte Alexandre Marie. De quoi tendre un peu plus la situation dans l’UE.

4) Marché potentiellement explosif en soja

Le marché du soja apporte également son écot haussier. Malgré une production de soja 2020 record au Brésil et correcte aux Etats-Unis, ces deux pays vont finir avec des stocks à l’étiage en raison de l’insatiable demande chinoise en graines. Le contexte « bullish » est renforcé conjoncturellement par une récolte brésilienne fortement ralentie par la pluie, alors que le soja brésilien est attendu impatiemment par le marché, notamment par la Chine. En Argentine, c’est le temps sec qui fait craindre pour les rendements à venir.

5) Vers un colza à 600 €/t ?

« Le marché risque de rester très nerveux dans les prochaines semaines car tous les feux sont au vert, prévient Alexandre Marie. Pour donner un coup de frein, il faudrait tuer la demande. Mais s’il n’y a pas de retournement du prix des huiles, verra-t-on le colza grimper à 600 €/t ? » En ce qui concerne la prochaine récolte, la production européenne de colza n’est pas partie pour faire des étincelles, ce qui impliquera de nouveau un gros programme d’importation pour l'UE. « Les années précédentes, ces importations étaient notamment alimentées avec du canola canadien qui disposait de gros stocks. Or il n'y aura plus de tels stocks l'an prochain », avertit Sébastien Poncelet. Les farmers canadiens vont certainement augmenter les surfaces, mais ils seront limités par les contraintes d'assolement. Et le temps sec qui prévaut actuellement impose un retour rapide des pluies au printemps pour sécuriser les rendements.

Les surfaces de soja aux Etats-Unis et au Brésil sont, elles, prévues en forte hausse, ce qui pourrait apporter un peu d’oxygène à un marché asphyxié. Mais encore faut-il que cela se concrétise au champ et que la météo soit favorable aux cultures, ou la situation demeurera explosive. La plus grosse inconnue reste le comportement de la Chine : quand le pays va-t-il cesser d’aspirer les disponibilités mondiales en céréales et en oléagineux ?

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