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Jachère : « J’ai décidé d’augmenter ma surface non cultivée sur mon exploitation agricole dans la Meuse, compte tenu de la hausse des charges et des prix en berne »

La surface de jachère a atteint son plus haut niveau de la décennie en 2025, à plus de 500 000 hectares. Des agriculteurs expliquent les raisons qui les incitent à ne pas mettre en culture une partie de leurs terres cultivables.

<em class="placeholder">Adrien Tabary, agriculteur dans la Meuse</em>
Adrien Tabary, inquiet pour la campagne 2026, a décidé de mettre moins de surfaces en cultures qu'à l'accoutumée.
© A. Tabary

« Plus de contraintes, moins de solutions et une rémunération qui ne suit pas ». Adrien Tabary, agriculteur dans la Meuse, sur une exploitation de grandes cultures de 180 hectares, ne cache pas sa lassitude. Face aux difficultés, il a décidé d’augmenter sa surface en jachères pour 2026. Déjà en 2025, au niveau national, la surface laissée en jachère s’est élevée à plus de 500 000 ha (source Agreste), soit le plus haut niveau depuis 10 ans. Pourquoi les agriculteurs sont-ils de plus en plus nombreux à prendre cette décision difficile ?

Des prix qui ne couvrent pas le coût de production

« En général, je laisse un minimum de terres en jachère, mais cette année, j’ai décidé d’augmenter ma surface, compte tenu de la hausse des charges et des prix en berne », explique Adrien Tabary. Il fait face à un manque de rentabilité malgré les efforts menés sur les charges. 

« Je pratique l’agriculture de conservation des sols et le semis direct depuis 10 ans, et je fais du partage de matériel avec une autre exploitation pour la moissonneuse-batteuse et le semoir, mais les prix actuels des céréales ne permettent pas de couvrir les coûts de production. »

20 ha de terres laissées en jachère

L’agriculteur compte laisser une vingtaine d’hectares en jachère malgré un potentiel de sols correct. « Normalement, cet automne, je devais implanter 30 ha de blé derrière un maïs, mais je me laisse le temps de la réflexion jusqu’au printemps », précise-t-il. Il prévoit de délaisser des parcelles éloignées, peu pratiques à travailler (contraintes de forme ou de taille) ou encore celles aux abords des habitations. 

« Sur une partie des terres que je ne mettrais pas en culture, je vais sans doute implanter des légumineuses, de la luzerne si je trouve un débouché avec un éleveur, ou des pois ou féverole, au pire ça me fera un couvert, au mieux, je récolterais. »

Même son de cloche chez Étienne (1), dans le Gers, qui exploite 350 ha de grandes cultures sur des terres au potentiel limité, voire faible pour une partie d’entre elles. Lui aussi a travaillé sur ses charges de mécanisation et affirme ne pas avoir de marge de manœuvre sur la partie intrants.

« Il me manque 300 € de chiffre d’affaires à l’hectare »

« Nos rendements sont en baisse cette année et stagnent depuis plusieurs années, la prise de risque est trop importante compte tenu du prix des engrais, semences, GNR, pièces d’usure, réparation du matériel, pour prendre le risque de remettre en culture, décrit-il, Cette année par le manque de protéines sur le blé et les rendements catastrophiques de nos cultures de printemps, il manque minimum 300 € par hectare de chiffre d’affaires. »

Après deux années difficiles, il estime que la prochaine campagne sera à haut risque. « Je ne peux pas me permettre une mauvaise année de plus. » C’est pourquoi il a décidé de jouer la carte de la sécurité en augmentant sa surface en jachère sur ses plus mauvaises terres, pour atteindre une cinquantaine d’hectares en 2026. « Je fais aussi 150 ha de tournesol sur mon exploitation, si le prix passe en dessous des 500 € par hectare, je ne vais en implanter que 60 ha et le reste avec une légumineuse », ajoute Étienne.

Un sentiment de manque de reconnaissance

En Haute-Garonne, Jacques (1), 55 ans, va aussi au-delà du minimum de jachère, qui était obligatoire jusqu'en 2024, sur son exploitation de grandes cultures d’environ 400 ha. « On observe une augmentation de toutes les charges, intrants, fermage… S’ajoutent à cela les aléas climatiques qui surviennent désormais tous les ans, avance-t-il. Et les revenus ne suivent pas. » L’agriculteur considère que dans son secteur, à moyen terme, les terres de plaine vont continuer à être exploitées mais il craint un délaissement progressif des terres de coteaux, plus difficile à travailler.

Pour ces agriculteurs, le calcul est économique mais pas seulement, ils expriment aussi un ras-le-bol face « à un manque de reconnaissance » de la part des pouvoirs publics, de la société et des médias. « Je vais me simplifier la vie et consacrer mon temps à mon atelier de brasserie artisanale, lâche Adrien Tabary. On ne peut pas travailler pour la gloire. »

(1) Les prénoms ont été modifiés

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