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Monter en puissance pour les approvisionnements de son méthaniseur

Pierrick, Jérôme et Freddy Surault ont troqué la production de melons contre un projet de méthanisation 100 % végétal, alimenté par des Cive.

Jérôme et Pierrick Surault."Nous prévoyons des Cive de maïs, sorgho et seigle, et nous regardons de près les résultats techniques des différents mélanges."
© H. Claude

Pas encore de méthaniseur chez les frères Surault mais le terrassement pour l’installation a débuté mi-février 2019. Pierrick, Jérôme et Freddy Surault exploitent avec deux cousins près de 950 hectares à Villiers dans la Vienne, avec une organisation en cinq exploitations individuelles de taille équivalente. Ils se lancent dans la production de biométhane avec un début d’injection prévu pour mars 2020. En première phase, 140 Nm3 seront injectés. Le méthaniseur sera principalement alimenté avec des Cive.

À l’heure actuelle, les cinq associés produisent des grandes cultures, du maïs semence et du tabac pour l’export. La production de melons, qui a représenté jusqu’à 200 hectares, a été arrêtée fin 2018. « Nous les commercialisions nous-même avec la grande distribution, raconte Pierrick Surault. Suite aux rapprochements dans ce secteur, la commercialisation est devenue compliquée. Avec Vienne Agri Métha, j’ai découvert la méthanisation. Nous avons regardé si un projet d’injection de gaz était possible. Et après des échanges concluants avec GRDF, nous avons décidé de concrétiser notre projet. »

La réflexion a démarré début 2016, à l’heure où les projets 100 % végétal étaient encore peu nombreux. Deux visites chez des agriculteurs méthaniseurs avec des projets similaires ont permis aux trois frères de valider l’idée. Les deux cousins, plus âgés, ne font pas directement partie du projet méthanisation. Fin 2016, un contrat a été signé avec GRDF pour injecter du biogaz pour Poitiers, à vingt kilomètres. En parallèle, la production de melons avait été catastrophique en 2017, et c’était sa fin en 2018 après trente ans de culture.

Des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) irriguées

En février 2017, les trois frères ont signé un contrat avec l’aide d’Artaim, cabinet de conseil dans l’Aube. Le choix du constructeur s’est porté sur Hitachi (HZI), « car ils s’occupent aussi de l’épuration du gaz », justifie l’un des frères. En juillet 2020, un dossier ICPE sera déposé, et après les douze mois d’enquête publique, les exploitants prévoient d’injecter 250 Nm3 en juin 2021. « Entre-temps, on doit augmenter le stock de matières premières, pour avoir entre 9 et 12 mois d’avance. Faire en deux phases nous permet d’étaler la mise en route sur plusieurs années de cultures », explique Pierrick Surault.

Pour le digesteur, la ration a été prévue avec des Cive, qui seront peut-être par la suite complétées par du lisier de canard, à hauteur de 4 000 m3/an. « Nous avons déjà prévu d’installer un module de traitement des liquides », explique Pierrick Surault. À terme, d’autres gisements exogènes sont envisagés. L’exploitation est à 80 % irrigable. C’est un atout de poids pour sécuriser la production, ce qui sera le cas pour les Cive d’été, implantées en juillet. « C’est l’occasion de revoir l’agronomie de l’exploitation », fait part l’agriculteur. Il envisage du seigle, du maïs et du sorgho pour ses Cive.

Trois cultures en moins de deux ans

Comme rotation il pourra semer du seigle à l’automne récolté en tant que Cive en avril, suivi d’une orge moissonnée en juin avant à nouveau un semis de Cive avec le maïs, ensilé en octobre à destination du méthaniseur. L’utilisation du seigle nécessite quelques précautions. « Quand il y en a beaucoup dans le méthaniseur, cela impacte la viscosité, développe Pierrick Surault. Le mélange se durcit et se brasse difficilement. C’est compliqué de gérer le digestat derrière. Après, il existe des solutions avec des enzymes et cette céréale reste intéressante en mélange. »

L’agriculteur évoque une possible combinaison entre Cive et SIE (surface d’intérêt écologique), en semant en juillet, derrière une céréale, un couvert SIE de seigle et vesce, présent jusqu’en septembre avant d’être broyé et laissé au sol. « Le cycle du seigle fait qu’il ne monte pas à graine l’été. Une fois au sol après avoir été broyé, il va remonter à graine à l’automne, engendrant une nouvelle culture pour le printemps. Cela évite d’avoir à ressemer. Il ne restera plus qu’à le récolter au printemps », explique le producteur, qui voit aussi dans les Cive un bon moyen de baisser ses IFT.

Pierrick Surault a beaucoup échangé en amont pour faire accepter son projet par les riverains. Et cela a orienté certaines pratiques, comme la gestion du digestat par exemple. Le liquide arrivera directement dans les parcelles via un réseau enterré. Il sera injecté avec une pompe à moteur électrique, relayée tous les deux kilomètres par des pompes mobiles avec tracteurs. « On va pouvoir déporter 8 000 à 10 000 m3 à six kilomètres », chiffre Pierrick Surault. Ce dispositif « zéro transport » a aidé à l’acceptabilité du projet.

Photovoltaïque et bioGNV pour la suite

Les frères Surault réfléchissent à d’autres projets énergétiques. « Nous pensons mettre des panneaux photovoltaïques, au sol ou avec des trackers solaires (qui suivent le soleil), pour apporter de l’autonomie pour la phase d’épuration du biogaz notamment. Celle-ci consomme beaucoup d’énergie, autour de 1,8 Mwatt d’électricité par an. » À cet effet, un hectare a été mis de côté, et les jalons sont déjà posés. Une station de bioGNV (biogaz carburant) est aussi dans les tuyaux.

EN CHIFFRES

Un assolement tourné vers la méthanisation

- Près de 6 millions d’euros d’investissement au total, avec deux digesteurs et un post-digesteur
- 65 000 euros par an de location pour le poste d’injection au réseau de GRDF
- Assolement avec méthaniseur : 250 ha de Cive seigle suivi de maïs grain, 200 ha d’orge suivie de Cive maïs ou sorgho, 25 ha de tabac blond, 200 de blé tendre, 250 de blé dur
- 1 salarié à mi-temps pour le méthaniseur

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